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13 novembre 2008 4 13 /11 /novembre /2008 16:26
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Retour aux Canaries (suite)

 

 

































    

        

El Hierro


De toutes les îles Canaries, El Hierro est la plus au sud, donc facile à atteindre avec les vents dominants de nord mais aussi difficile à quitter si l’on retourne vers le nord parce qu’il faut alors remonter contre le vent. Pour cette raison elle est délaissée par les plaisanciers, même par ceux qui descendent vers les îles du Cap Vert car elle n’est pas équipée pour réaliser un grand avitaillement et faire le plein de gasoil.

Après La Graciosa, Lanzarote, Fuerteventura, Gran Canaria, Tenerife, La Gomera et La Palma, il n’y a plus qu’El Hierro que nous ne connaissons pas. La visite s’impose. Nous partons le vendredi 7 novembre 2008 de Valle del Gran Rey sur la Gomera vers El Hierro pour une navigation de 35 milles sans histoires et sans vent, au moteur, avec une houle de 2m. Elle nous amène à Puerto de La Estaca qu’on peut appeler aussi port de l’arnaque : pas de pontons, un quai alvéolé en béton nécessitant de sortir tous les pare battage pour ne pas frotter la coque du bateau contre le béton, pas d’électricité, pas d’eau, pas d’échelles en nombre suffisant pour monter sur le quai et le tout à 20€ par jour. Cela mérite d’être dit et colporté. D’ailleurs je ne me prive pas de le faire savoir à l’employé de la Policia locale qui est aussi chargé d’encaisser mon droit de passage. Mais ce n’est pas lui le décideur. Je peux simplement espérer qu’il le répète à son tour à ses chefs. Si vous venez un jour à El Hierro, ne passez pas par Puerto de La Estaca même si ce port est le plus important de l’île et le plus proche de la capitale Valverde.
Peu de plaisanciers passent par Puerto de La Estaca. Nous ne sommes que 4 bateaux le long du quai. Au bout de ce quai on trouve les bureaux des lignes de ferries et un bar. C’est tout. Le patron du bar, un petit bonhomme grassouillet, n’est même pas souriant avec les clients. Quand je lui commande 3 cerveza per favor, j’ai l’impression de le déranger dans la discussion qu’il a avec quelques autres autochtones, probablement les piliers de son bar. L’absence de sourire dans les magasins et dans les cafés est un phénomène fréquent aux Canaries. Les Espagnols sont peut être trop fiers pour daigner sourire aux étrangers ! Heureusement il y a des exceptions.


Il n’y a pas d’autres commerces et peu d’habitations à Puerto de La Estaca. Cet endroit sert seulement de port de débarquement pour les ferries et d’abri pour quelques barques de pêche. Nous rentrons vite au bateau pour déguster les petits poissons péchés la veille et le bon pain frais fabriqué par Edith. Ils réconfortent nos cœurs et nos estomacs.


 
















 

 

 

 





Dès le lendemain de notre arrivée nous partons pour La Restinga, un petit port à une dizaine de milles au sud de Puerto de La Estaca. Le trajet se fait par vent faible, au portant, en longeant la côte d’El Hierro. La Restinga est équipé de pontons mais sans eau ni électricité. Il y a peu de voiliers de passage. Plusieurs écoles de plongée sont installées dans le bourg. Les fonds sous marins sont réputés et la zone côtière est classée en site protégé.


Une petite ballade de reconnaissance autour de La Restinga nous permet de découvrir à nouveau d’immenses champs de lave qui se sont jetés dans la mer en créant des grottes et des arches de pierre grandioses.

 


 













































































Nos rencontrons les équipages de deux bateaux français et convenons avec eux de louer un véhicule ensemble. Il n’y a pas de loueur à La Restinga. Il faut se rendre à Valverde la capitale de Hierro et le trajet en bus dure 45mn. Ils se chargent d’aller chercher le véhicule et l’utiliseront le premier jour, nous, le second. Cela leur évitera de la ramener à Valverde le premier soir et à nous d’aller le chercher le lendemain matin.

Charles le contrevenant et la raie manta

Le jour suivant notre arrivée, Charles se lève de bonne heure. Pris par la passion de la pêche, il s’équipe et plonge dans le port avec mon fusil harpon à la recherche des gros poissons qu’il a aperçus. Il ne tarde pas à ramener un gros sar et un poisson perroquet.

Il retourne ensuite vers le milieu du port. La scène suivante se passe au moment où encore à moitié endormi, je passe la tête en dehors de la cabine. Je le vois tirer sur une raie manta d’au moins un mètre d’envergure. C’est un poisson magnifique qui donne l’impression de voler dans l’eau avec ses grandes ailes. Je n’aurais jamais osé tirer sur une telle bête. Je vois Charles se débattre avec elle. Les nageoires de la raie apparaissent parfois hors de l’eau. Charles semble avoir des soucis à maîtriser la raie qui se débat. Il demande de l’aide. J’enfile ma combinaison et plonge dans l’eau en allant à sa rencontre pour voir ce qui se passe. Charles est en surface le fusil à la main mais le fil qui le relie au harpon a cédé sous la force de traction de la raie manta. Elle est au fond de l’eau, six mètres plus bas, avec la flèche plantée dans son dos. Elle est à l’envers, montrant son ventre blanc et sa bouche. Elle fait des tours sur elle-même pour tenter de se libérer du harpon dont le fil cassé traîne au fond. Je plonge pour attraper l’extrémité du fil et l’enrouler autour de ma main. Je remonte ensuite vers la surface en tirant sur le fil, entraînant le harpon et la raie manta derrière. Elle résiste. Je palme fort vers la surface et le harpon finit par se décrocher de la bête qui se trouve libérée. Tant mieux. Je la vois se poser sur le fond. J’espère qu’elle va survivre.

Avec Charles nous regagnons Harmonie et remontons par l’arrière. Une autre surprise nous attend. Un fonctionnaire espagnol en uniforme, chargé de la protection du site de La Restinga, se tient près du bateau et commence à nous houspiller dans sa langue. Nous ne comprenons pas grand-chose de ce qu’il nous dit. Visiblement il n’est pas content du tout et semble même méchant. Je comprends que la pêche au fusil est interdite dans le port (mais autorisée avec une canne) Le gros bonhomme en colère, suant et soufflant veut saisir le fusil et prendre nos passeports. Heureusement il n’a pas vu les deux poissons péchés ni assisté à l’épisode de la raie Mata. Je lui dis qu’il n’est pas question de lui donner le fusil ni de nous dessaisir des passeports. Il n’ose cependant pas monter à bord pour nous forcer et parle d’appeler la police. J’essaie de parler en anglais avec lui pour le calmer mais il ne comprend rien ou fait semblant de ne pas me comprendre. Charles tente de s’excuser en utilisant un petit peu de vocabulaire espagnol et en disant qu’il ne savait pas que la chasse sous marine était interdite dans le port et qu’il n’y a aucun panneau d’interdiction visible. Il ne se calme pas et répond que c’est une loi qui s’applique dans tous les ports. Un autre fonctionnaire arrive à la rescousse. Ce dernier semble plus placide que le premier et tient un appareil photo à la main. Nous acceptons qu’il prenne une photo du fusil et qu’il note le numéro de la carte d’identité de Charles. Les deux fonctionnaires finissent par partir en demandant à Charles de passer à leur bureau. Je crains qu’ils ne lui collent une amende.

Les immigrants


Le lendemain, pendant que nous nous préparons les sacs pour faire le tour de l’île en voiture, nous voyons une agitation inhabituelle se produire dans le port. Des personnels de la Croix Rouge espagnols et des policiers arrivent sur la jetée pendant que le canot de sauvetage sort en mer. Il ne tarde pas à rentrer en tirant une immense barque chargée de dizaines d’immigrants africains. Les médecins de la Croix Rouge prennent en charge immédiatement les immigrants les plus mal en point en les soignant sur le quai près des ambulances. Edith constate que plusieurs immigrants sont mis directement dans des sacs à fermeture éclair. Cela signifie qu’ils sont morts. Le calme qui règne est impressionnant. Les immigrants restent très pacifiques et attendent patiemment dans la barque que les personnels de la Croix Rouge les sortent les uns après les autres. Ce sont de jeunes hommes et des adolescents. Les badauds regardent la scène en parlant entre eux à mi voix.

Un bateau de plongée emmenant ses clients en excursion pour visiter les fonds sous marins passe devant la grande barque africaine. Le contraste est saisissant entre les jeunes africains qui viennent à la recherche d’un nouveau destin et les jeunes plongeurs européens en vacances.


























































































































































Nous apprendrons le lendemain par le journal local que les immigrants étaient 123 sur la barque longue de 28m et large de 4m, qu’ils venaient de Guinée Conakry, qu’ils avaient navigué 20 jours. Deux d’entre eux étaient morts en cours de route, une vingtaine étaient mal en point à la suite de déshydratation et d’hypothermie, le pronostic vital était réservé pour trois d’entre eux. La barque a été complètement désorientée en haute mer pendant plus d’une semaine et il est miraculeux que les immigrants aient aperçu les côtes d’ El Hierro avant qu’une tragédie majeure ne se produise à bord. Les immigrants les plus mal en point ont été transportés par hélicoptère jusqu’à l’hôpital de Tenerife. Je ne sais pas ce que sont devenus les autres.

Le tour de l’île en voiture

Après cet épisode qui nous remue et nous donne matière à réflexion, nous entreprenons la visite de l’île. El Hierro offre des paysages magnifiques, des forêts de pins et quelques genévriers – on les appelle ici des sabines - aux formes extraordinaires, complètement tordues sous l’effet du vent. Le feuillage est penché sur le coté et touche le sol pour ne pas donner de prise au vent et éviter à l’arbre d’être déraciné.

Nous longeons la côte sud sur une belle route récente, mais sans parapet, étroite, en lacet et vertigineuse. La vue est constituée de cratères dans un univers sans âme de lave noire et déchiquetée. Nous visitons le centre archéologique d’ El Juan avant de prendre une piste qui nous mène jusqu’au mirador de Bascos qui nous offre un panorama superbe sur la région d’El Golfo, environ mille mètres plus bas.

 

 

 

 

 

















































Il est presque 13h et nous nous mettons à la recherche d’un restaurant. Ils sont rares dans cette région. Une pancarte à l’entrée de Frontera nous indique la présence d’une auberge, le Joya Belgara, au bout d’un petit chemin en contre bas. Nous empruntons le chemin et nous retrouvons devant une bâtisse fermée avec une très belle vue sur la mer en contrebas. Au moment de remonter dans la voiture, une porte du restaurant s’ouvre par laquelle un grand bonhomme d’une cinquantaine d’années me demande si je suis anglais, français ou allemand. Français réponds-je !

Il s’adresse alors à nous dans un français très correct et nous indique que son établissement ouvre à 13h donc dans 10mn.

Nous attendons et à l’heure dite il nous fait entrer dans sa gargote. Nous sommes les seuls clients. La décoration est à base de plantes vertes luxuriantes, d’instruments de cuisine, de tableaux et de diverses babioles. Elle est sympathique et kitsch. Elle masque des murs dont la peinture est à rafraîchir. Le patron nous conseille sa paella qu’il cuisine à la mode catalane. Nous suivons ses conseils. L’entrée de tomates aillées sur du pain est succulente, La paella est bonne sans être extraordinaire, le désert au flan caramélisé est savoureux. Et le vin ? Très bien aussi ! Un vin d’Espagne corsé ! Nous en dégustons deux bouteilles.

 

















Après ce bon moment où nous avons piqué quelques fous rires en nous moquant de la serveuse très gentille qui semble être la femme du patron, nous reprenons notre chemin vers les miradors du centre de l’île où la montagne culmine à 1500m environ.



















Nous grimpons allégrement la route en lacets, encore sous l’influence du bon repas que nous venons de prendre, sans craindre la maréchaussée qui ici est n’est pas planquée à l’affût dans les fourrés, pour verbaliser les conducteurs à propos de leur taux d’alcoolémie ou de leur vitesse supposée excessive.

Après les 2 bouteilles de vin d’Espagne que nous avons bu à trois, j’ai sûrement un taux d’alcoolémie répréhensible, mais je roule sans excès de vitesse, avec une grande attention pour les lacets de la route et pour mes passagers. Tous mes sens sont en éveil. Je ne conduis pas dangereusement. Et merde pour la police française si elle me lit !!!! Pendant que je suis aux Canaries, je reconstitue sans risques les quatre ou cinq points du permis de conduire qu’elle m’a ôtés les uns après les autres sous des prétextes fallacieux, dans le but unique de remplir les caisses de l’Etat français.

 

Nous nous arrêtons pour admirer les points de vue offerts par les miradors. Nous passons par San Andrés, El Mocanal, repassons par le bord de mer et remontons à Valverde que nous visitons rapidement. Seule l’église et sa place sont intéressants. Nous laissons la voiture de location près de la station de bus, les portes non verrouillées et les clés sur le pare soleil. Les locations de voiture ici sont « full option » pour 33€ par jour donc assurance comprise et il n’y a pas d’expertise au départ ni à l’arrivée. Le loueur se débrouille pour venir rechercher son automobile là où on lui a dit qu’on la laissait, en accord avec lui tout de même !



















Nous rentrons à La Restinga en autocar avec un chauffeur prudent dont j’admire la conduite sur les routes sinueuses. Il s’arrête de temps en temps en pleine campagne pour faire monter des paysans qui rentrent chez eux.

A notre retour au port il ne reste pratiquement rien du passage des immigrants. Seule la grande barque de 28m a été sortie de l’eau et déposée sur le quai.

 

Les équipages français nous avaient prévenus avant leur départ qu’un coup de vent était annoncé pour dans deux jours. Nous décidons de partir le soir même et de naviguer de nuit jusqu’à Tenerife. Nous prenons une dernière météo sur Internet dans notre restaurant favori, La Vieja Pandorga de La Restinga, en buvant une nouvelle bouteille de vin, d’Hierro cette fois ci. Le patron est toujours aussi sympathique, surtout vis-à-vis d’Edith.

Nous largons les amarres à 21h. C’est la première navigation de nuit pour Charles. En quittant le ponton il crie « Adios » à l’attention des fonctionnaires chargés de la protection du site qu’il n’a pas revus. A cette heure ci ceux-ci ne sont pas là pour répondre à son salut.

Nous l’astreignons à une veille d’une heure pour toute la nuit. Il s’en tire bien et peut dormir tranquillement le reste du temps. Avec Edith nous veillons la route et manoeuvrons le bateau. La lune est presque pleine et éclaire la mer. Edith s’amuse à identifier les étoiles. Le vent est pile dans le nez comme prévu. Nous tirons des bords pendant une à deux heures puis poursuivons au moteur en route directe vers Las Galletas que nous atteignons à 10h30 du matin contre un vent faible et une houle raisonnable. Après le déjeuner, sans encore avoir mis le pied à terre, nous optons pour une petite sieste mais nous ne nous réveillons qu’à la nuit tombée. Nous avons du sommeil en retard. Ce n’est que le lendemain que nous reprenons nos esprits et entamons les corvées de lavage du bateau, de nos habits et de nos personnes après 7 jours passés sans ravitaillement en eau et électricité. J’ai seulement utilisé le groupe électrogène pendant une heure au mouillage de  Valle Gran Rey pour recharger les batteries et permettre à Edith de faire du pain avec le four électrique 220v.

 

De Las Galletas à Mogan

Nous accueillons le samedi 15 novembre 2008 Nathalie, la sœur d’Edith et son compagnon Stéphane qui viennent passer une semaine avec nous.

Dès le lendemain nous filons tous les cinq vers Mogan sur l’île de Gran Canaria pour y passer la semaine. La traversée d’une cinquantaine de milles est un petit peu houleuse et ventée au départ.

Mes deux nouveaux équipiers vont rapidement s’étendre sur les couchettes pour échapper au mal de mer. La fin du trajet se fait au moteur et tout le monde retrouve la forme en même temps que le joli port de Mogan.

 

 

 

L’orchestre que nous avons tant aimé avec Edith est reparti et le kiosque à musique reste vide tous les soirs. Nous profitons cependant des bons petits restaurant de Mogan. Nathalie et Stéphane louent une chambre d’hôtel, plus confortable et plus intime que la cabine arrière du bateau.

 

 

En milieu de semaine nous faisons avec Harmonie une virée à Puerto Rico, distant de quelques milles de Mogan. Nous mouillons quelques heures devant l’entrée du port, en face de l’habitation d’un ermite qui a construit un cabanon à l’entrée d’une grotte en pleine falaise. Il vit là, nu.

Nous profitons du beau temps de la journée pour faire de la chasse sous marine et de la baignade avant de rentrer à Mogan en fin de soirée. La mer est plate sous le vent de l’île et la navigation est agréable.

 

 

 

 

 

 

Stéphane loue une voiture et nous refaisons le tour de Gran Canaria en passant par la route montagneuse de l’ouest qui offre les plus beaux paysages côtiers de l’île. Stéphane est au volant et se prend pour le champion du monde de Rallye Sébastien Loeb. Nous sommes bien ballottés dans les virages.

 

 

Nous nous arrêtons pour admirer les couleurs vertes, roses et orangées de la montagne. Nous dégustons des fruits locaux et un gâteau à la mangue dans une petite échoppe perdue au milieu de nulle part avant de reprendre la route vers le centre de l’île. Nous atteignons Cruz de Tejada où nous déjeunons chez Yolanda puis escaladons le Roque Nublo avant de retourner à Mogan.

 

 

A la fin de la semaine nous décidons de retourner à Tenerife. Avec Harmonie nous  avançons tranquillement sous le vent de l’île de Gran Canaria puis, arrivé dans le canal séparant les deux îles, nous filons franchement sur l’eau, à 8 nœuds, avec un bon vent de nord est. Mais peu à peu ce vent vire au nord à cause d’un gros nuage noir qui traverse notre zone. Nous nous retrouvons vent de face ce qui nous oblige à finir le trajet au moteur pour arriver à une heure décente. Nous tentons de nous amarrer dans le petit port de Radazul mais il n’y a plus de place. Nous repartons vers Santa Cruz situé cinq milles plus au nord et atteignons cette marina de nuit.

Le lendemain Nathalie et Stéphane reprennent l’avion vers la France où le froid les attend. Nous n’allons pas tarder à faire de même dès que j’aurai trouvé un endroit pour hiverner Harmonie quelques mois.

Nous retraversons à nouveau le canal entre Tenerife et Gran Canaria le dimanche 23 novembre pour nous rendre à Las Palmas. Il devrait y avoir de la place dans ce port après le départ des bateaux de l’ARC. Cette association regroupe plus d’une centaine de voiliers qui traversent l’Atlantique ensemble jusqu’à Sainte Lucie.
Nous arrivons quelques heures après le départ des bateaux et nous nous amarrons devant la capitainerie. Le maître de port nous installe le lendemain au ponton 9 sur pendilles.

Une grande semaine de nettoyage et d’hivernage d’Harmonie commence avant de prendre l’avion le premier décembre vers CDG via Madrid avec Europa pour 152€ la place.


La suite du voyage après quelques mois passés en France est racontée sur  :
 
http://sites.google.com/site/voyageharmonie/home

 

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8 novembre 2008 6 08 /11 /novembre /2008 20:19

Les tours de l’île en voiture se suivent et ne se ressemblent pas

Avec Charles et Edith nous refaisons le tour de l’île en voiture de location mais les nuages, la pluie, le froid nous empêchent d’admirer les paysages de Los Muchachos. De la neige est même tombée sur le sommet. Le changement de climat en quelques jours est spectaculaire.














Nous redescendons vite vers le sud de l’île où nous retrouvons le soleil. Nous longeons la côte ouest et visitons Tijarafe, une jolie petite bourgade avec sa place de l’église plantée de vieux dragonniers. Une maison musée nous fait découvrir l’habitat typique de La Palma : cette maison est organisée autour d’une cour centrale protégée des regards extérieurs et qui apporte la lumière dans toutes les pièces qui la bordent. La conservatrice de ce musée nous explique le fonctionnement ingénieux du système de récupération de l’eau de pluie et de sa filtration au travers d’une pierre de lave.

 

 

 




































Nous reprenons ensuite la route pour atteindre Tazacorte où nous déjeunons copieusement. Quelques kilomètres plus loin nous rapinons des figues de barbarie bien rouges mais malgré toutes les précautions prises nos doigts et nos bras sont piquetés par les épines microscopiques qui couvrent la peau de ces fruits. Charles trouve un moyen pour les déguster sans trop se piquer. Il gratte la peau des figues avec un couteau pour faire partir les épines avant de peler le fruit pour le manger. C’est un fruit délicieux quand il est mûr.

















La route suit ensuite les contreforts de la Cumbre Nueva et de la Cumbre Vieja d’où la vue sur la côte ouest et la mer est magnifique. En fin d’après midi nous grimpons sur le volcan de Teneguia dans un paysage désertique aux couleurs noire et rouge. La dernière éruption de ce cratère date de 1971 et nous suivons les traces de la coulée de lave qui s’est jetée dans la mer.

 

 
































La nuit tombant nous rentrons à Santa Cruz pour retrouver Harmonie et la houle du port qui nous remue. Nous avions après cette bonne journée plutôt envie de retrouver un havre calme. C’est raté. La Palma est à la fois l’île la plus jolie des Canaries, elle est surnommée « Isla Bonita » (l’île jolie) et celle qui nous offre le séjour au port le plus désagréable.

 

Pour fuir cette marina d’enfer nous décidons de retourner à La Gomera malgré une houle de 3m annoncée pour la journée. Nous faisons le trajet retour moitié à la voile et moitié au moteur dans un roulis et un tangage qui nous secouent bien. Charles est étonnant, il arrive à lire tranquillement dans le capharnaüm des vagues et de la houle qui passent sous le bateau et le soulèvent.

 

Retour à La Gomera

Nous retrouvons à San Sebastian tous les amis que nous avions laissés quelques jours auparavant et aussi la plupart des bateaux qui comme nous ont profité d’une fenêtre météo pour quitter la Palma et son port houleux.

Nous restons à nouveau quelques jours à San Sebastian et voyons un beau matin tous nos amis partir vers les îles du Cap Vert en profitant d’une météo favorable. Après les îles du Cap Vert, ils vont pointer vers des destinations lointaines : Sénégal, Brésil, Antilles. Nous sommes nostalgiques de ne pouvoir les suivre vers ces contrées. Notre programme est de renter en France en décembre et de laisser à nouveau Harmonie aux Canaries pour quelques mois. Pour ne pas rester cafardeux il nous faut naviguer nous aussi. Nous partons comme eux vers le sud mais seulement pour contourner la partie sud de la Gomera et mouiller à Valle Gran Rey. Le trajet est effectué rapidement, moitié à la voile moitié au moteur sur une mer plate protégée de la houle habituelle par la côte. A l’arrivée un travail de réparation de voile nous attend. Le taquet coinceur qui servait à bloquer le nerf de chute de la trinquette au niveau du ris, avant que je ne fasse installer cette trinquette sur enrouleur, est décousu. Il n’est plus retenu que par le nerf de chute. Il ne sert plus à rien aujourd’hui. Le voilier de Madère qui a fait le travail de transformation de la trinquette aurait du le retirer. Je décide de l’ôter moi-même plutôt que de le laisser pendre dans le vide. Pour cela il faut retirer le nerf de chute de sa gaine en utilisant un messager qui servira à le remettre en place. Une fois le taquet libéré, nous tentons de rentrer le nerf de chute dans sa gaine en tirant sur le messager. Comme cela arrive parfois, le messager casse et il faut patiemment repasser un autre messager dans la gaine, en la décousant en plusieurs endroits. Cela prend des heures. La soirée ne suffit pas. Nous abandonnons le travail à la tombée de la nuit pour le reprendre le lendemain. Merci à Charles et à Edith qui ont été patients et efficaces dans ce travail fastidieux.



































































Carnage à Valle Gran Rey

Harmonie est mouillé à une cinquantaine de mètres d’une grande falaise près de 4 ou 5 autres bateaux, tous français. La côte est rocheuse et de beaux poissons doivent certainement vivre dans ces parages. Charles que j’ai initié à la pêche au fusil à San Sebastian est impatient de capturer de vrais poissons mangeables. A San Sebastian il a pris un poisson que je n’ai pas pu identifier et qui vit fixé sur les rochers, donc pas compliqué à tirer. Au toucher ce poisson donne l’impression d’être en plastique, donc pas mangeable. Nous l’avons rejeté à la mer.

L’annexe est mise à l’eau, les combinaisons de plongée sont enfilées rapidement et nous partons en chasse. Nous mouillons l’ancre de l’annexe à une dizaine de mètre du bord. L’ancre est constituée d’un plomb de plongée d’un kilo que nous attachons sur un bout de 10m. Nous sautons à l’eau et apercevons aussitôt de nombreux poissons perroquet de bonne taille qui broutent à quelques mètres sous nous. Il suffit de quelques apnées de moins d’une minute pour les prendre assez facilement. Ils ne doivent pas avoir l’habitude d’être chassés. Les poissons commencent à s’accumuler dans le seau. Charles ramène 3 perroquets, ce qui est une belle réussite pour un débutant. J’attrape 7 perroquets près des rochers où ils vivent. C’est en faisant mon va et vient régulier entre les rochers et l’annexe que j’aperçois une sériole en pleine eau. Elle doit faire dans les 400g. Un morceau de choix. Je m’approche doucement en lui disant : « ma belle reste là, ne t’en va pas trop vite, tient toi devant moi en me présentant tout ton flanc argenté et rayé d’une belle bande jaune, comme si c’était pour une photo » Elle m’écoute mais à la place du flash, elle reçoit ma flèche qui la transperce. Sous le coup de l’émotion elle rejette trois petits poissons qu’elle venait d’avaler et qui font aussitôt le bonheur d’une bande de girelles. Elle a beau tourner comme une toupie autour de l’axe de ma flèche pendant que je la ramène à l’annexe, c’est fini pour elle, elle atterrit dans le seau avec les perroquets.

Je sens que si nous continuons à cette allure là, nous allons vider la côte de Valle GranRey de ses poissons. Il faut être raisonnable et ne prélever que ce que l’on peut manger. J’interromps la partie de chasse pour éviter le gâchis. 3 à 4 kilos de poissons suffisent pour faire le bonheur des jours à venir.

 

 

 






































10 perroquets et une sériole
               
      
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28 octobre 2008 2 28 /10 /octobre /2008 20:31

 
 

L’île de la Gomera

 

 

San Sebastian de La Gomera

Nous mettons le cap sur la Gomera le lundi 24 octobre 2008. Il n’y a que 23 milles entre Las Galletas et San Sebastian de la Gomera. Nous sortons de la marina en même temps que d’autres bateaux français en milieu de matinée. Eole est absent sous le vent de l’île de Tenerife et nous parcourons les premiers milles au moteur. Puis le vent arrive et forcit. Il monte à 23-24 nœuds. Nous naviguons au près. Le bateau gîte fortement. Edith se demande si c’est bien normal. Je remplace le solent par la trinquette et prends un ris. Harmonie se redresse. C’est un bateau performant sous cette allure et nous arrivons rapidement à La Gomera, sur un seul bord de près serré, en avançant à 7 – 8 nœuds de moyenne. Les autres bateaux français, plus petits, restent au moteur et peinent contre le vent qu’ils reçoivent dans le nez.

San Sebastian est une jolie petite ville, calme et coquette avec des maisons anciennes et une place entourée de grands arbres centenaires. Nous apercevons de nombreux randonneurs qui rentrent en ville après avoir arpenté l’île à pied mais nous décidons, pour la visiter, de louer une voiture, un Fiat Punto pour 29 €. 

 

Nous partons par des routes qui mènent rapidement au centre montagneux de l’île, le parc national de Garajonay. Il est très vert, couvert d’une forêt de pins et de lauriers. La raison est simple. Les nuages stagnent au dessus des montagnes qui culminent à 1500m et arrosent tout le parc.

Les Gomériens sont fiers de leur forêt parce qu’elle est unique dans les Canaries. Nous faisons la montée en pente douce du pico de Garajonay à 1487m d’altitude sous le crachin et dans le brouillard. Nous ne voyons rien du panorama qui doit être magnifique par temps clair. Pourtant la ballade et bien venue après l’excellent repas pris dans un restaurant de la ville de Gran Rey située en bord de mer au bout d’un immense ravin. Ce restaurant où je me souviens être passé en 2001, le Chico del Conde, nous a servi du poulpe grillé et des calamars sauce roquefort accompagnés de morceaux d’ananas et de pêche. Ce fut nouveau un délice arrosé d’un petit vin blanc sympathique de la Gomera.



































Avant de rentrer a San Sebastian nous prenons la route en lacets qui mène au sud de l’île, à Playa Santiago, où une grande digue vient d’être construite. Elle protège quelques barques de pêche et le môle de départ d’un ferry. Le paysage du sud de l’île est aride, montagneux et grandiose.

 

L’île de La Palma

Après 4 jours passés à La Gomera nous décidons de mettre le cap sur la Palma. C’est une île que je ne connais pas. Il y a bien longtemps que je n’ai pas mis les pieds sur une île nouvelle pour moi. La dernière fois remonte à la découverte de Malte et de Corfou il y a 3 ou 4 ans avec mon ami Pierre Yves.

Je prépare le bateau en vue de la traversée. Mon étai de trinquette n’est pas très tendu et je le raidis ce qui m’oblige à monter au mât pour régler le chapeau multitop de l’enrouleur. Edith me hisse avec la drisse de grand voile qu’elle enroule sur le winch électrique. Un jeu d’enfant.




































La traversée vers La Palma

Nous quittons San Sebastian avec un vent de force 4 à 5 et une houle de 2 à 3 mètres le vendredi 24 octobre 2008.

 

J’ai gardé un ris dans la grand-voile et j’envoie la trinquette. Je remarque que son guindant fait une poche au niveau de l’entrée du guide de ralingue. Le temps d’arriver à l’avant du bateau pour tenter de remettre les choses en ordre et je vois tout le guindant de trinquette sortir de la gaine de l’enrouleur sous la force du vent. La voile n’est plus tenue que par l’émerillon en haut de l’étai et par la manille du tambour de l’enrouleur. Elle bat dangereusement dans le vide. Il faut vite l’affaler. Edith vient à l’avant me donner un coup de main pour la saisir et la descendre. Le pont est balayé par les vagues et nous sommes copieusement mouillés et salés. Le vent tire toujours sur la voile et l’émerillon descend le long de la gaine d’enrouleur en la cintrant. Je prie pour qu’elle résiste. Heureusement le matériel est solide. La trinquette est enfin maîtrisée et ficelée sur le pont. J’envoie à sa place le solent en gardant des tours. Son rendement n’est pas si bon que celui de la trinquette. Il a tendance à faseyer.






















Il nous faut tirer des bords pour contourner la Gomera et il n’est pas certain que nous pourrons ensuite atteindre La Palma sur un seul bord. Les 53 milles de distance en route directe risquent d’être multipliés par 2. Je demande à Edith si elle veut rentrer au port de La Gomera ou continuer. Dans mon esprit, je suis prêt à rentrer. Elle me dit qu’elle se sent bien sur le bateau même quand la mer n’est pas très sympa. Nous continuons.

Après avoir dépassé La Gomera le vent passe du nord au nordet et nous pouvons caper sur le port de Santa Cruz de La Palma en route directe de près serré. Harmonie escalade la houle et tape dans les vagues de temps à autre. L’ancre fixée sur la delphinière reçoit des coups de boutoir qui font résonner tout le bateau.

Nous sommes gîtés, à la limite de prendre un deuxième ris. Harmonie avance au près à la moyenne de 7- 8 nœuds et dépasse parfois 9 nœuds pendant plusieurs minutes. A cette allure l’arrivée à Santa Cruz de La Palma aura lieu plus tôt que prévue.

Edith me surprend beaucoup, elle est complètement à l’aise sur un bateau alors que ce n’est pas toujours évident pour une débutante ni même pour un vieux loup de mer comme moi qui a le mal de mer de temps en temps quand la houle et les vagues sont trop fortes. C’est le cas aujourd’hui. Edith n’a pas le mal de mer et aime la vie en bateau. Je la surnomme la fille de la mer !

La vitesse diminue ensuite à 6 nœuds à l’approche de la côte de La Palma. Nous arrivons à 18h. La navigation a duré 8 heures.

Les pontons de la marina de Santa Cruz sont récents et les équipements ne sont pas terminés. Un seul tuyau d’eau et un seul fil électrique alimentent tout le ponton, mais le plus embêtant, c’est la houle qui entre dans le port et secoue les bateaux. Les équipages de Xara et d’Austral qui sont là depuis plusieurs jours nous expliquent que la nuit précédente a été une nuit blanche pour eux. Les pontons gondolaient sous l’effet de la houle et les bateaux rompaient leurs amarres.

Nous constatons nous aussi que notre bateau bouge beaucoup. Nous l’attachons sur tribord et su bâbord pour éviter qu’il ne vienne taper sur son catway en permanence. De ce fait il est soumis à des coups de rappel qui tendent les cordages et rendent la vie et les déplacements à bord très pénibles. C’est dommage. J’ai l’impression que les marinas récentes des Canaries et de Madère ont été construites sans tenir compte de l’impact de la houle et des tempêtes. Le résultat est que la vie à bord des bateaux est pénible dans ces marinas par temps normal et qu’elles sont dangereuses en cas de mauvais temps.

Par contre le club nautique de La Palma auquel les plaisanciers ont accès est magnifique : piscine extérieure et piscine couverte avec sauna, restaurant de grande classe, salon Internet, salon de musculation, etc. Je n’ai jamais vu cela avant. Il faut cependant mettre un bémol. Plusieurs prestations offertes comme la piscine intérieure et le sauna sont payantes et par ailleurs certains membres permanents du club semblent désapprouver la présence des plaisanciers dans leurs installations.

Santa Cruz de La Palma


La petite ville de Santa Cruz est très jolie avec ses maisons anciennes. Elles sont ornées de balcons de bois, de fenêtres à guillotine et de grandes portes travaillées. Quand une porte ouverte nous permet d’apercevoir l’intérieur d’une belle maison, nous découvrons de grands patios, de beaux escaliers de bois qui mènent vers des pièces agréables, hautes de plafond et bien décorées. Ce sont des maisons très aristocratiques.
Santa Cruz est une ville où il est agréable de flâner dans les ruelles situées en arrière de l’avenue maritime et de déguster une bière dans un des nombreux bars animés.































































































Le tour de l’île en voiture

Le tour de l’île en voiture confirme notre bonne impression de l’île de La Palma. C’est la plus belle île des Canaries. Elle ressemble à Madère avec ses montagnes et sa végétation étagée : culture et bananeraies en bas, forêts de pins des Canaries à mi hauteur et paysage plus désertique sur les sommets. Les routes de montagne que nous empruntons au nord de La Palma (LP 111 et LP 113) nous font passer par des sites superbes d’où nous apercevons la mer. L’île est très verte.

Nous nous restaurons dans une petite auberge de la place de Santo Domingo avant de grimper vers l’observatoire international d’astrophysique et de continuer jusqu’au Roque de Los Muchachos, le sommet le plus haut de La Palma à 2426m. Il borde un cratère dont les parois sont vertigineuses. Nous sortons de la voiture pour une petite marche. Nous nous retrouvons au dessus des nuages qui ne tardent pas à arriver sur nous. Ils surgissent par l’est en remontant le flanc de la montagne et débouchent sur la crête où nous sommes. Il fait froid et les anoraks sont bien venus pour cheminer le long de cette crête qui mène à un groupe de rochers d’où la vue sur la côte ouest de La Palma est grandiose.

Nous poursuivons notre route vers le petit port de Tazacorte en nous arrêtant au mirador « El time » pour avaler un « cafe con leche » et admirer la vallée d’Aridane avec ses immenses bananeraies qui s’étendent à perte de vue.

Nous rentrons ensuite à Santa Cruz en passant par le centre de l’île heureux de notre journée. Nous retrouvons hélas la houle qui entre dans le port et secoue Harmonie.

Le lendemain est jour de tempête et nous restons sur Harmonie à lire, écrire, faire la sieste et boire l‘apéro avec l’équipage de Xara.

Le jour suivant Charles, le fils d’Edith, arrive par avion après un périple Paris-Madrid-Tenerife-La Palma.





Published by Denis STIRE - dans voyageharmonie2
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26 octobre 2008 7 26 /10 /octobre /2008 20:45

 

Le voyage de retour

Je prends le TGV à Lorient le 10 septembre 2008 en fin d’après midi. Edith me conduit à la gare. Je me retrouve quelques heures plus tard dans l’aérogare d’Orly Ouest où je passe la nuit en attendant mon avion pour Madrid qui doit partir à 6H50 du matin.

L’aérogare est vide, rien n’est ouvert. Je passe la nuit sur un banc près de la zone wifi, j’écris quelques lignes sur mon ordinateur avant de m’endormir.

Le lendemain, le départ de l’avion pour Madrid  est retardé, l’équipage qui doit le piloter n’est pas arrivé. Nous apprenons que les pilotes, les hôtesses de l’air et les stewards se sont rendus à Roissy au lieu d’Orly !!! Nous les voyons apparaître tout penauds.

L’avion décolle avec une heure de retard mais j’ai de la marge pour prendre ma correspondance pour Lanzarote. J’arrive à l’aéroport d’Arrecife en début d’après midi. Un taxi m’amène à Puerto Calero. Les retrouvailles avec Harmonie sont tristounettes. Il représente tant de rêves de grands voyages brisés ! Heureusement, je sais qu’Edith va me rejoindre dans deux jours. Ses SMS et ses appels téléphoniques me soutiennent.

 

L’île de Lanzarote

Puerto Calero


Harmonie est couvert d’une couche de saleté noire amenée par les vents du Sahara. Je passe l’après midi et la soirée à le nettoyer. Le lendemain il est sorti de l’eau au chantier Varadero pour refaire la peinture anti salissures. Le chargeur de batteries et l’isolateur que j’ai ramenés de Lorient sont réinstallés par les allemands de la société Waterline. Tout fonctionne à nouveau normalement sauf l’anémomètre qui n’indique plus la force du vent. Je fais appel à Jean Michel Alliot, le français de Puerto Calero qui est capable de réparer tout ce qui tombe en panne sur un bateau.

Mais il ne monte pas aux mâts pour cause de vertige. C’est donc moi qui suis chargé de démonter puis de réinstaller la girouette anémomètre en tête de mât.

Edith débarque comme prévu le samedi. Son voyage en avion a été encore plus galère que le mien : retard énorme au départ pour cause de panne d’avion, attente d’un avion de remplacement, correspondance à Madrid prise en catastrophe et bagages qui n’ont pas suivi. Après tous ces désagréments nos sommes heureux de nous retrouver.

Le chantier Varadero ne travaillant pas le WE ni les jours fériés, nous devons attendre le mardi 16 septembre pour remettre Harmonie à l’eau. Nous profitons de ces journées d’inactivité pour nous rendre à la plage de Puerto Calero et à celle de Puerto Del Carmen. Nous faisons la jolie promenade à pied qui borde la mer entre les deux villes.

Isla de Los Lobos et retour à Lanzarote 

Harmonie est remis à l’eau comme prévu le 16 septembre, jour de la sainte Edith et le lendemain nous faisons une petite croisière jusqu’à l’île de Los Lobos.
A l’aller le vent est parfait, entre 6 et 10 nœuds, la mer est plate ; les conditions sont réunies pour permettre à Edith de trouver très vite ses marques sur le bateau. Elle débute comme équipière chargée de manipuler les défenses et les aussières, de m’assister dans l’envoi des voiles et dans le maniement des écoutes au moment des virements de bord. Elle s’en tire très bien.




































Nous séjournons quelques heures, devant Los Lobos amarrés sur une des bouées réservées aux vedettes de promenade. Le fond de l’eau à 10 m de profondeur est jonché de tubas perdus par les touristes qui viennent faire trempette dans l’eau turquoise de l’île. Je plonge pour en ramener un que j’ajoute à ma collection.
 Au retour le vent est tombé et nous rentrons au moteur pour arriver avant la nuit.

 

Jean Michel trouve rapidement la panne de l’anémomètre. Le fil qui relie la girouette en tête de mât à l’écran d’affichage est abîmé. Il est entamé à l’endroit où sa gaine de protection a été découpée, au niveau de la boîte de connexion du pont. L’entame est certainement due à un geste précipité d’un électricien du chantier Alliage au moment du montage.

 

Le lendemain je loue une voiture de location pour faire visiter Lanzarote à Edith qui découvre les paysages volcaniques du parc national de Timanfaya, la route des volcans, les chameaux grotesques de l’echadero de los Camellos, le restaurant Acatife à Teguise, la maison musée de César Manrique à Tahiche, le Miradouro del Rio sur la pointe nord face à Graciosa et le béton des programmes immobiliers décevants de Playa Blanca et de Costa Teguise.




































L’île de Graciosa

Une navigation délicieuse

Cela fait maintenant longtemps qu’Harmonie séjourne à Lanzarote et il est temps de voguer vers d’autres îles.  Nous partons le samedi 20 septembre 2008 en direction de La Graciosa pour y passer quelques jours. La météo est favorable : petit temps, mer belle. Le bateau glisse bien avec sa peinture sous marine toute neuve. La navigation est un délice. Edith est enchantée. J’ai machinalement laissé traîner une mitraillette à maquereaux derrière Harmonie et une belle bonite vient ‘y prendre. Elle a la taille de deux repas pour deux personnes. Elle finira dans la poêle après un passage de 10 mn de dans une marinade d’huile d’olive parfumée aux herbes de Provence.
























Nous mouillons en fin d’après midi dans la baie del Salado à la sortie du petit port de Graciosa.

Palmes, masques, tubas nous permettent de constater que les fonds ne sont pas bien intéressants à cet endroit.

La visite de Graciosa ne dure pas plus d’une matinée et après deux jours au mouillage devant l’île nous reprenons la direction de Los Lobos en longeant la côte nord de Lanzarote. La mitraillette à maquereaux nous apporte deux nouvelles bonites. Nous la retirons de l’eau pour ne pas prendre plus de poissons que nous ne pouvons en manger.

A nouveau Los Lobos

Après une journée de navigation nous arrivons devant l’île de Los Lobos où nous étions venus quelques jours auparavant. Nous mouillons l’ancre. Le plan d’eau est un petit peu agité par la houle mais la nuit reste paisible jusqu’à ce que l’alarme de dérive du mouillage sonne au milieu de la nuit. Je me lève et vérifie que l’ancre n’a pas décroché. C’est simplement le vent qui a tourné et orienté Harmonie à 90° de sa position d’origine.

L’île de Fuerteventura

Un séjour peu onéreux

Nous partons le lendemain en direction de Gran Tarrajal sur la côte sud de Fuerteventura. La navigation est paisible. Nous laissons défiler la côte basse du nord de Fuerteventura puis la capitale Rosario et les falaises du sud de l’île avant d’atteindre Gran Tarrajal vers 17 h. Nous sommes le mardi 23 septembre 2008. Depuis mon précédent séjour en 2001 la protection du port a été renforcée et des pontons ont été installés. Il y a beaucoup de place et peu de bateaux de passage. Le capitaine du port est en vacances et le séjour s’en trouve gratuit.
Je rencontre un couple de plaisanciers français sur leur bateau Xara of Humble, un prototype de 50 pieds original. Nous sommes invités à visiter Xara.  Le lendemain, comme mon bateau est aussi un prototype original, nous faisons visiter Harmonie. Mais je crois que toutes ces visites ne sont que des prétextes pour boire l’apéro.

Nous restons 3 jours à Gran Tarrajal. Avec Edith nous apprécions un restaurant italien installé en bord de plage. Nous nous y rendons à plusieurs reprises. Il cuisine des pizzas excellentes. Cela nous change des bonites. Nous donnons une de nos deux  bonites à l’équipage de Xara.

Nous passons nos journées à visiter la ville, faire des courses, correspondre par Internet dans un cybercafé.


 Un après midi j’emmène Edith en annexe pour « snorkeler » près des rochers au sud du port. Nous nous équipons PMT et combinaison de plongée. L’eau est claire et plusieurs espèces de poissons vivent paisiblement à cet endroit. Mais mon arrivée change la tranquillité du site. Je sors mon fusil de chasse sous marine et commence à flinguer les bancs qui passent. Je ramène 3 perroquets et 2 saupes. Ils finiront eux aussi dans la poêle. Edith me dira qu’ils avaient le goût de la sole.























Navigation de nuit vers Gran Canaria

A la demande d’Edith, nous entreprenons une navigation de nuit pour rejoindre Las Palmas sur Gran Canaria. C’est une première pour elle et elle veut connaître les joies des quarts de veille quand on est seul sur le pont pendant que l’autre dort.
Le départ de Gran tarrajal le soir du vendredi 26 septembre 2008 se fait au moteur puis le vent s’établit et Harmonie fonce dans la nuit, au près, à une vitesse entre 7 et 8 nœuds. Il marche bien, gîte un peu,  Edith me demande si c’est normal. Je la rassure. Je pars dormir dans le carré, enroulé dans ma toile anti roulis pendant qu’Edith savoure les bonheurs des navigations de nuit. Le premier bonheur c’est la lutte contre le sommeil quand la tête tombe régulièrement en avant, ensuite viennent les bruits bizarres qu’on entend autour du bateau sans rien voir de ce qui se passe : Est-ce une baleine qui souffle par son évent ou une vaguelette qui déferle ?

Il y a aussi la nuit noire sans lune qui ne permet pas de distinguer l’horizon : Est-ce une armada de voiliers qui barre le passage ou bien les grues de Las Palmas qui se dressent devant l’étrave ?

Là encore Edith s’en tire très bien, elle gère le croisement de notre route avec celle d’un paquebot tout illuminé dont les feux de route sont difficiles à distinguer.

Nous avons de la chance, le vent reste établi toute la nuit et nous faisons presque tout le trajet à la voile. Les 78 milles sont avalés à une moyenne de 5,6 nœuds. Nous arrivons en milieu de matinée à Las Palmas.








































L’île de Gran Canaria


Le marinero moustachu de la capitainerie


En entrant dans la marina, je n’aperçois pas sur la gauche le ponton d’attente destiné aux nouveaux arrivants et je m’amarre directement au ponton des  visiteurs à droite du chenal d’entrée. L’amarrage se fait sur pendilles à l’avant et sur amarres au ponton. Après une bonne demi heure passée à régler les aussières je vois apparaître un marinero à petite moustache qui m’explique en Français que les places ne sont attribuées qu’après passage à la capitainerie, que je ne suis pas passé à la capitainerie et qu’il faut donc que je passe à la capitainerie AVEC MON BATEAU pour attribution d’une place. Je lui explique qu’après une nuit passée en mer et une demi heure passée à amarrer le bateau, je n’ai pas envie de déplacer mon bateau. Il me répond qu’on est en Espagne et pas dans un pays sous développé, qu’il y a des règlements et qu’il est chargé de les appliquer et que je n’ai plus qu’à venir le retrouver et à garer mon bateau sur le ponton d’attente en face de sa capitainerie.

Devant tant d’autorité je décide d’obéir. Je vais le retrouver dans sa capitainerie qui est de l’autre coté du chenal, avec mon bateau comme il me l’a demandé, mais pas avec Harmonie que je laisse au ponton visiteur, avec l’annexe.

J’emmène Edith qui est plus diplomate que moi et possède aussi d’autres moyens de conviction.

Quand il s’aperçoit que je suis venu en annexe, il a un petit sourire en coin qui veut dire en parlant de moi: « ce mec se fout de ma gueule ». Je crains le pire. Il nous refait la leçon sur l’application des lois et des règlements mais Edith sauve la situation en demandant si la place où on est amarré est libre ou occupée. Il est bien obligé de reconnaître qu’elle est libre. A partir de là il n’y a plus qu’à remplir les papiers. Edith le remercie de sa mansuétude. Il s’amadoue. A la fin de l’entretien il devient même tout gentil, il nous donne tous les renseignements sur le fonctionnement de la marina et nous offre un plan de la ville.

 


















Le soir nous voyons Xara arriver et s’amarrer à proximité d’Harmonie. Il a quitté Gran Tarrajal le matin mais a fait la traversée au moteur, contre le vent.

Las Palmas de Gran Canaria


Il faut beaucoup marcher pour sortir de la marina. La ville de Las Palmas que nous découvrons est plutôt moche sauf le quartier sud près de la cathédrale où on trouve de vieilles maisons ornées de balcons, de belles portes et de belles fenêtres en bois.

C’est dans une d’entre elles aujourd’hui transformée en musée que Christophe Colomb a séjourné lors de ses passages à Las Palmas.























Après plusieurs heures de promenade nous nous arrêtons dans un bar britannique pour boire une Guinness. Il est situé sur une grande rue piétonne parallèle à la mer, la calle Triana. Depuis la terrasse du bar nous observons la vie de la rue. Les bancs installés de chaque coté de la voie sont occupés par des personnes âgées qui papotent. Elles sont attendrissantes et nous les prenons en photo sans qu’elles s’en aperçoivent.


 







































Le soir nous décidons de louer une voiture pour le lendemain avec Christian et Martine, l’équipage de Xara, afin de visiter l’île.

Le tour de Gran Canaria en voiture

Un français, le skipper de Jomandy, que nous rencontrons sur le ponton visiteur nous donne un bon plan pour louer une voiture à bon marché. Il parle espagnol et obtient au téléphone la réservation d’une Mégane Renault. Son plan est en effet bon marché. Nous obtenons une Mégane en bon état avec la climatisation pour 25€ la journée, assurances comprises. Mais il faut monter toute une expédition pour aller la chercher et pour la rendre le soir ou le lendemain : 30mn de marche depuis la marina jusqu’à la station des bus, puis 25mn de bus jusqu’à l’aéroport, et enfin 5mn de taxi (remboursées par le loueur) pour atteindre l’entreprise « Record go ». Une fois là tout se passe bien, les gens de l’alquiler de coches sont sympathiques.

 


















Nous nous dirigeons dès le matin le matin vers le centre montagneux de l’île. Les routes sont sinueuses et les paysages magnifiques. Nous visitons Vega de San Mateo avec sa jolie place, ses maisons typiques et son église dont les statues des saintes sont habillées de vêtements richement ornés. Le soin apporté à donner une image réelle à ces statues va jusqu’à couvrir leur tête d’une perruque. Ensuite nous atteignons Cruz de Tejeda où nous  déjeunons dans le restaurant Yolanda en face du Parador qui n’est pas accessible. Le repas est exceptionnel : agneau cuit au four dans une sauce sucrée au miel accompagné d’un vin excellent de Gran Canaria. Le service est impeccable et la serveuse très accueillante. Elle essaie de nous parler en français et se signe à chaque fois qu’elle fait une faute en disant « Santa Maria ! »

Nous roulons ensuite jusqu’au pico de las Nieves avant d’arriver au roque Nublo – le rocher des nuages – un monolithe basaltique qui est le plus haut du monde, dit-on. Pour faciliter la digestion nous faisons la promenade à pied vers le roque Nublo. La ballade un peu sportive me permet de distancer certaines fumeuses. Christian de Xara abandonne l’ascension en cours de montée et attend tranquillement notre retour près de la voiture. Avec sa femme Martine et Edith, nous mitraillons le monolithe et les paysages environnant avec nos appareils photos.























Après le centre de l’île nous atteignons le sud, visitons Puerto Mogan, un petit port de pêche et de plaisance très coquet avec ses maisons blanches aux arrêtes peintes de couleurs vives.

Je me renseigne à la capitainerie sur les tarifs de séjour. Il y a de la place. Mogan sera probablement la prochaine étape d’Harmonie.

Nous reprenons la voiture et longeons le bord de mer sur la côte ouest en passant par San Nicolas de Talentino qui se trouve au fond d’une cuvette volcanique dont les pentes sont couvertes d’hectares de serres en plastique. On y cultive la tomate intensivement.

La nuit tombe mais nous décidons cependant de poursuivre vers la côte nord. Le parcours est grandiose, la route sinueuse surplombe des falaises vertigineuses. Christian décide de vaincre son vertige et de conduire. Il a encore plus peur de laisser le volant à un autre. Nous roulons à 30 Km/h et laissons tous les véhicules nous doubler. Il sue à grosses gouttes mais nous conduit à bon port, c’est l’essentiel. Nous passons par Agaete et Galdar sans nous arrêter avant d’atteindre l’autoroute qui nous ramène à Las Palmas. Ce tour de l’île a été un enchantement bien que nous soyons partis trop tard. Quelques heures de plus nous auraient fait mieux profiter des beautés de la côte ouest et de la côte nord que nous avons traversées de nuit sans nous arrêter.

Nous restons en tout une semaine à Las Palmas avant de reprendre la mer vers Puerto Mogan au sud de Gran Canaria.

Puerto Mogan


Quarante cinq milles environ séparent Las Palmas de Puerto Mogan. Il s’agit de contourner la moitié de l’île qui est ronde en partant du nord-est de Gran Canaria pour aller vers le sud-ouest. Nous saluons nos amis Martine et Christian avant de quitter le ponton des visiteurs le samedi 4 octobre 2008. Nous y étions amarrés depuis une semaine. Nous sommes heureux de reprendre la mer. On fini par s’encroûter en restant trop longtemps au même endroit !

Un bon vent force 4 nous pousse vers le sud. Harmonie avance bien en escaladant une houle de un à deux mètres qui arrive par le travers. Edith installe la toile anti roulis du carré pour s’allonger et contrer un début de mal de mer. La côte que nous avons empruntée en voiture et en bus défile sous nos yeux : la partie sud de Las Palmas, les caps de Melenara et Gando, l’aéroport. Je ne me lasse pas de regarder les avions qui décollent et qui atterrissent. En arrivant dans la zone des plages du sud, le vent passe à force 6. Je maintien la grand voile haute et prend quelques tours dans le solent. Harmonie avance alors à 9 – 10 nœuds. L’allure de vent arrière semble paisible mais je prends la barre par précaution pour éviter un empannage intempestif qui ne manquerait pas de faire des dégâts à cette allure. Je me résout enfin à prendre un ris puis un deuxième ris pour avancer plus tranquillement. Peu de temps après nous dépassons la pointe de Maspalonas qui est la plus au sud de l’île pour entamer la remontée de la côte ouest de l’île. C’est à ce moment là que le vent tombe. Nous larguons les ris et avançons à petite vitesse jusqu’à quelques milles de Mogan puis nous finissons le trajet au moteur. La vitesse moyenne du parcours est de 6 noeuds.

Mogan est un port inséré dans un petit ensemble immobilier coquet aux couleurs vives avec des maisons basses très fleuries, des ruelles où n’entrent pas les voitures et des petits ponts qui enjambent les bassins. C’est un des rares cas d’intégration réussie d’une marina dans un programme immobilier.























Les quais sont animés : bars, restaurants. Un orchestre de jazz britannique donne un concert tous les soirs sur le kiosque de la place. Il est composé d’une clarinettiste et saxophoniste, d’un trompettiste et chanteur, d’un tromboniste, d’un bassiste, d’un pianiste, d’un batteur et d’un joueur de banjo. Cet orchestre est d’une très grande qualité, très professionnel. Je trouve étonnant qu’il joue tous les soirs à Mogan pour le petit public des touristes qui consomment aux terrasses des restaurants. Tant mieux pour eux et pour nous.

 


Nous restons 7 jours à Puerto Mogan. Les après midi sont consacrées à la pêche au fusil sous marin. Je ramène des poissons perroquets, des crénilables, un mulet et un rombou. La chair des perroquets est la meilleure. Nous passons nos soirées assis à la terrasse d’un restaurant pour écouter l’orchestre de jazz. J’invite Edith à danser les slows ! Dans son journal Edith écrit que nous ressemblons à deux adolescents !

De Puerto Mogan à Santa Cruz de Tenerife

Le vent a soufflé fort au cours des deux jours précédant notre départ et une houle résiduelle de nord ouest nous secoue dans le canal entre Gran Canaria et Tenerife. Malgré tout nous sommes content de reprendre la mer le samedi 11 octobre 2008. Une belle bonite ne tarde pas à mordre à ma ligne à maquereaux. Encore deux repas d’assurés. Après cette prise je ne remets pas la ligne à l’eau. Edith commence à se lasser des bonites. Elle préfère les poissons de roche que je chasse au fusil.
Les 47 milles qui séparent Mogan de Santa Cruz sont avalés rapidement, moitié à la voile, moitié au moteur. Il n’y a pas de bateaux sur l’eau. Nous ne rencontrons personne et croisons seulement une famille de grands dauphins qui avancent lentement en ondulant à la surface de l’eau.

 













L’île de Tenerife

 


La marina del Atlantico

Nous entrons dans la marina del Atlantico en fin d’après midi. Elle est insérée au milieu du port de commerce bruyant et pollué. La circulation automobile est dense sur la voie rapide qui longe la mer. Le changement est total par rapport à Mogan.

Nous retrouvons deux bateaux français vus à Las Palmas : Jomandy et Marie Alice. Ils sont en partance pour le Cap vert et nous donnent quelques informations sur les aspects vitaux d’un séjour à Santa Cruz : où se connecter à Internet, où se ravitailler en vivres frais, etc.

 

Santa Cruz de Tenerife


La ville de Santa Cruz a peu changé depuis mon dernier passage. Un grand jet d’eau et un bassin moderne ont été installés sur la place d’Espagne qui fait face à la marina. Le reste de la ville est toujours très moche et sale. Les immeubles en béton n’ont aucun style et sont disposés de façon anachronique. Les espagnols ne sont pas des bâtisseurs. Ils ne sont pas aussi doués pour la maçonnerie que les portugais. Les seuls endroits qui présentent un petit peu d’intérêt sont la rue piétonnière, la rue principale de la vielle ville et quelques placettes ombragées par d’immenses arbres caoutchouc.

Le lendemain de notre arrivée est jour de fête nationale. Nous assistons à un défilé folklorique plutôt minable par rapport à ceux que j’ai vu à Madère. Décidément la comparaison entre Madère et les Canaries est la plus part du temps en faveur de la première.

San Cristobal de la Laguna

Je loue une voiture pour faire le tour de l’île et surtout retourner au Teide, la plus haute montagne des Canaries et de toute l’Espagne qui culmine à 3718m.

Nous nous rendons dès le début de la matinée à San Cristobal de la Laguna, l’ancienne capitale de l’île. Cette ville a gardé de beaux immeubles du XVIIème et XVIIIème siècle. Quand nous pouvons entrer dans certains d’entre eux, nous découvrons de magnifiques jardins intérieurs avec des pièces d’eau, des balcons et des escaliers de bois. Il doit faire bon vivre ou travailler dans ces demeures. Les églises sont aussi richement décorées et bien entretenues.


 




















Le Teide

Après San Cristobal de la Laguna nous prenons la route du centre de l’île qui longe une ligne de crête et offre des points de vue magnifiques tout au long de l’approche du Teide. Nous traversons de belles forêts de pins et d’eucalyptus avant de déboucher sur les champs de lave désertiques qui entourent le volcan.

Il est midi et le restaurant qui se trouve à El Portillo au croisement des routes de Puerto de la Cruz et de la Laguna nous tend les bras. Des brochettes et un vino de la casa 13° nous mettent en forme pour escalader le Teide.

 

La route passe au pied du Teide à 2356m de hauteur. Nous garons la voiture au pied du téléphérique long de 2482m qui nous amène à 3555m d’altitude. Il reste encore à s’élever de 200m pour atteindre le sommet. L’ascension se fait par un petit chemin escarpé. Il est bordé de petits cratères d’où émanent des vapeurs de soufre brûlantes.

L’accès à la dernière partie de l’ascension est très réglementé. Il faut préalablement obtenir un permis de visite auprès de l’office du Parc National qui se trouve à Santa Cruz, 5 rue Emilio Calzadilla au 4ème étage. L’office n’est ouvert que de 9h à 14h, il faut apporter une copie de sa carte d’identité. Le jour et l’heure de la visite sont pré établis par un fonctionnaire selon le nombre de visiteurs programmés. La visite, ascension comprise, dure une heure maximum et il faut prévoir une attente d’une heure environ pour accéder au téléphérique. Ne me remerciez pas pour toutes ces précisions, c’est bien naturel !

 

Les efforts déployés pour obtenir le permis et grimper jusqu’au sommet sont récompensés par la vue magnifique qui s’offre aux visiteurs, sur toute l’île et sur les îles environnantes de la Gomera, de Hierro de La Palma … si la visibilité est bonne, si le sommet n’est pas envahi par les nuages.
En ce qui nous concerne quelques  petits nuages nous entourent mais ils se dissipent ce qui nous permet de profiter pleinement de la vue. 3718m, c’est très haut ! On a l’impression de voir le monde depuis un avion. Les couches de nuages qui stagnent dans les vallées semblent très en dessous de nous. Nous ne nous lassons pas de prendre des photos du panorama.


























Puis ensuite vient la descente. Comme toutes les descentes par des chemins raides elle est aussi fatigante que la montée.

Nous reprenons la voiture et nous dirigeons vers Los Roques de Garcia, un alignement de monolithes aux formes insolites qui dominent un champ de lave. 
























La route vers Vilaflor passe ensuite entre des rochers de coloration verte contenant des hydrates de fer. Elle très belle et escarpée. En arrivant dans la vallée nous traversons un zone vinicole importante puis une région couverte d’immenses serres abritant des bananeraies. Au fur et à mesure que nous nous rapprochons du bord de mer le paysage redevient plus banal avec des constructions laides.

Nous atteignons Las Galletas, un petit port de la côte sud pour nous renseigner sur les possibilités d’y séjourner avec Harmonie. La marina est peu développée et dispose de peu de commodités mais il y a de la place.

Nous rentrons à Santa Cruz par l’autoroute du sud et profitons de la voiture pour faire un ravitaillement important dans l’immense hypermarché Carrefour qui ouvre jusque 22h. Nous y achetons toutes sortes de victuailles qu’il est impossibles de trouver dans les autres îles des Canaries et notamment les fromages français : camembert, brie. Nous rentrons au bateau éreintés mais heureux.

Je me lève tôt le lendemain, c'est-à-dire à 8h, pour rentre la voiture de location à la société Cicar qui se trouve au deuxième étage de la « Estacion Maritima » située à 200m de la marina Atlantico. Je vous recommande ce loueur : ayant rendu le véhicule avec plus de gasoil dans le réservoir qu’au départ, j’ai la bonne surprise de me voir rembourser le prix de la différence. C’est une première !

La crise bancaire

Il est difficile d’obtenir des informations en provenance de France. Nous voyons la bourse chuter à chaque que nous pouvons nous connecter sur internet. Après la crise des subprimes de l’an passé, une grave crise bancaire mondiale semble se préparer. La faillite de plusieurs banques dans le monde fait craindre une crise bancaire généralisée. Les banques ne se prêtent plus d’argent entre elles et les Etats viennent à la rescousse. Des bruits circulent sur les pontons. On dit qu’en France les particuliers retirent leurs économies des banques, on parle de recalculer un montant minimum à rembourser aux particuliers  en cas de faillite générale du système. On reparle du scénario de la crise de 1929. Je suis inquiet. Heureusement une conversation téléphonique avec mon fils Thomas qui travaille pour la Société Générale à  NYC et d’autres conversations avec ma copine Micheyle, banquière en activité,  ainsi qu’avec son compagnon Vincent me rassurent sur la réalité économique de la crise. Malgré tout, la partie de mon patrimoine qui est en valeurs mobilières a bien fondu.

 

Las Galletas


La grande ville tapageuse de Santa Cruz avec son terminal pour containers finit par nous peser et nous décidons de rejoindre Las Galletas un petit port au sud de Tenerife. Nous sommes le vendredi 17 octobre 2008 et un vent de NE de 4 à 5 beaufort nous fait parcourir rapidement les 37 milles qui séparent le nord et le sud de l’île. Nous arrivons à la marina del Sur après avoir été secoués par la houle habituelle qui sévit aux Canaries.

Las Galletas présente peu d’intérêt. Les avions passent bruyamment au dessus de la marina. Nous avons remplacé le bruit des grues pour celui des jets.

Par ailleurs une tentative de pêche sous marine autour des rochers qui bordent la marina ne rapporte rien. Nous décidons de repartir très vite. Le seul bon souvenir, c’est un restaurant sympa qui cuisine ses poissons présentés à l’étalage et vendus au Kg. Nous avons choisi une lotte entière. Le chef nous la cuisine avec des pommes de terre des Canaries et nous sert un vin blanc de Tenerife appelé Flor de chasna. Un délice, un moment magique avec Edith.

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13 juin 2008 5 13 /06 /juin /2008 20:09

Le tour de l’île de Lanzarote en voiture de location

Ce tour de l’île nous réconcilie avec Lanzarote. Dès que l’on s’éloigne du bord de mer, les constructions touristiques disparaissent de la vue et sont remplacées par des paysages plus intéressants.

Yaiza et la vallée vinicole de la Geria


Nous commençons par sillonner la région de Yaiza et la vallée vinicole de la Geria. Cette vallée est désertique comme tout le reste de l’île, pourtant elle abrite les vignes si particulières de Lanzarote qui produisent le Malvoisie blanco et tinto. Chaque cep de vigne est planté au fond d’une cuvette creusée dans la terre de lave et un petit muret le protège du vent. Il s’agit d’une culture sans eau de pluie et sans arrosage. L’eau est seulement fournie par l’apport de rosée qui provient elle-même de la différence de température de l’air entre le jour et la nuit.














































Teguise

Nous rejoignons ensuite Teguise, ancienne capitale de l’île et retrouvons facilement le restaurant Acatife où nous avions si bien déjeuné il y a six ans. Il est installé dans une vieille bâtisse en face de l’église. Les autres restaurants du bourg ne semblant pas engageants, nous décidons de lui rester fidèle. Il nous sert deux plats bien cuisinés, des crevettes au safran pour Françoise et de l’agneau pour moi. En dessert je prends des figues marinées dans le vin et Françoise un très bon gâteau maison. Nous ne regrettons pas notre choix.
En sortant du restaurant nous déambulons dans les rues pour prendre quelques photos. Par rapport à la foule des touristes qui circulent en bord de mer, la ville de Teguise située au centre de l’île semble déserte. Tant mieux.



































 Les vielles bâtisses



 


































et l’église de Teguise.
                              



































Moment de repos à l’intérieur du  restaurant






















  


                                












































Les rues tranquilles de Teguise.
























L’intérieur du restaurant
























et l’intérieur de l’église. Deux havres de paix.



Maison musée de César Manrique à Tahiche

Nous commençons l’après midi par le but principal de notre journée : la visite de la maison musée de César Manrique, le célèbre peintre sculpteur architecte de Lanzarote disparu en 1992. Cette maison spectaculaire est située à Tahiche. Elle est complètement intégrée dans la démarche artistique du peintre : « Art-nature/nature-art ».  Elle est à moitié enfouie dans la lave et à moitié sortie de terre.

 

 

Manrique a utilisé des bulles volcaniques naturelles souterraines qu’il a reliées par des petits passages pour créer des pièces de vie. Le résultat est beau, contemporain et fonctionnel. Au rez-de-chaussée, d'autres pièces de vie sont aujourd’hui utilisées pour exposer quelques œuvres modernes de Manrique, des peintures en relief mélangeant le rouge, le noir et l’ocre qui rappellent les teintes volcaniques de Lanzarote. On peut aussi admirer les dessins de peintres qui ont été ses amis : Picasso, Miro.

La maison est percée de grandes baies vitrées qui donnent directement sur le champs de lave. Une des coulées basaltique se prolonge à l’intérieur de l’habitation et renforce le sentiment de proximité de la nature.
























Vue sur le champ de lave depuis le salon.























Bulle volcanique percée à sa surface pour laisser passer la lumière ainsi qu’un arbre.
























Autre bulle souterraine aménagée. Le blanc du sol se marie à la couleur naturelle du basalte.
























Piscine























Patio en sous sol


Nous passons ensuite à la visite du jardin. Il est  bordé par un grand mur blanc sur lequel Manrique a dessiné un motif moderne. L'ordonnancement du jardin répond lui aussi à l’appellation nature-art. Il intègre la végétation commune de Lanzarote, c'est-à-dire des cactus et quelques fleurs aux couleurs éclatantes.



 























En sortant de la maison nous arrivons devant un mobile et une sculpture crées par l’artiste, « l’énergie de la pyramide » et « Le triomphateur »:







































































D’autres mobiles sont exposés un peu plus loin, au carrefour qui mène à la maison.


Le Mirador del Rio

La suite logique de la promenade est la visite d'un promontoire au nord de l’île, le Miradouro del Rio, situé à une trentaine de kilomètres de la maison. Ce promontoire a été aménagé par Manrique dans son style reconnaissable : intégration de l’édifice à la nature de l’endroit, utilisation de cavités pour créer des pièces de vie, ici en l’occurrence, un bar restaurant. De ce promontoire haut de plusieurs centaines de mètres nous apercevons l’île de La Graciosa toute proche, avec son port Caleta de Sebo et ses plages épargnées par le tourisme de masse.

 



















































Le retour vers Puerto de Calero s’effectue par la côte est. Nous traversons Costa Teguise que l’on ne doit pas confondre avec la ville de Teguise. Costa Teguise est constituée d’un ensemble de parcs immobiliers situés en bord de mer et s’étendant à perte de vue. Plusieurs programmes importants de construction sont laissés à l’abandon, fautes de client. Les capacités du tourisme ne sont pas illimitées, trop c’est trop.


La région de Timanfaya 

 
Nous traversons ensuite la région de Timanfaya où a eu lieu le grand séisme du XVIII ème siècle. L’activité volcanique a duré 6 ans et a tout recouvert. Il reste un paysage de lave solidifiée où rien ne pousse.

 

















































Playa Blanca

Pour finir la journée nous passons par le sud de l’île et la ville de Playa Blanca pour faire quelques courses dans un supermarché en profitant de la voiture. Comme Costa Teguise, Playa Blanca est défigurée par ses programmes immobiliers. Il y a tellement de constructions en chantier que toutes ne pourront pas être vendues. La catastrophe immobilière est déjà perceptible.

 

 

 







































































Photos de Playa Blanca avec ses programmes immobiliers de vacances. Tout est démesuré. César Manrique a œuvré de son vivant pour transformer son île natale plutôt déshéritée en l'un des endroits les plus beaux du monde. Il a obtenu des autorités de l’époque de n'autoriser que les méthodes de construction traditionnelle, de renoncer aux bâtiments de plus de deux étages et même de supprimer tous les panneaux publicitaires situés sur les bords des routes. Aujourd’hui il doit se retourner dans sa tombe. Même si ses recommandations ont pu été suivies à la lettre, ce que je n’ai pas vérifié, l’esprit de son œuvre a disparu de Lanzarote, particulièrement au bord de mer.

Les colis n’arrivent pas

Je peste contre la poste espagnole. Le chargeur de batterie et le répartiteur de charge envoyés par Alliage sont bloqués quelque part en Espagne. Le suivi sur www.colisposte ne donne aucune information sur les raisons du blocage. Sont-ils perdus ? Sont-ils arrêtés suite à un problème de douane ? La poste espagnole est-elle fiable ? Le temps passe, nous sommes coincés à Puerto Calero et les journées deviennent monotones. La date de notre retour en France approche et nous ne pourrons pas aller sur l’île de La Graciosa comme prévu.

La fin du voyage

Le voyage se termine ici.

Nous ne ferons pas cet hiver le Rallye des Iles du soleil, c'est la décision de Françoise. Nous rentrons en France le 3 juillet 2008 en laissant le bateau à Lanzarote.

 

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13 juin 2008 5 13 /06 /juin /2008 16:44

Les Canaries  

Lanzarote

La traversée de Funchal à Lanzarote en 44 heures

Nous quittons Funchal le mardi 27 mai 2008 vers 10 heures du matin. Le vent est de nord ouest et il nous pousse sur la route directe des Canaries. Notre destination est Puerto Rubicon sur l’île de Lanzarote. Nous regardons l’île de Madère s’éloigner avec un petit pincement au cœur. Ce n’est pas facile de quitter un endroit aussi plaisant après y être resté six mois.

Le départ s’effectue à petite vitesse sur une mer plate protégée par les montagnes de Madère qui coupent le vent du nord mais après quelques milles le grand cirque commence. Une grande houle nous rejoint. Elle ne nous quittera plus jusqu’à la pointe Pechiguera au sud de Lanzarote.

 

 



















Le pilote automatique conduit le bateau pendant que nous veillons à tour de rôle. En fin de matinée Le vent monte et passe à force 4 puis à 5.  Harmonie se retrouve surtoilé et part en survitesse dans une rafale. Je reprends la barre pour calmer le jeu avant de réduire la grand-voile à 2 ris et d’envoyer la trinquette. Harmonie retrouve une vitesse plus confortable entre 7 et 8 nœuds avec des pointes à 10 noeuds. Malgré cela la houle de 2 mètres le rattrape, lui soulève le derrière puis le cabre en s’échappant par l’avant. On ne peut pas dire que cette navigation soit agréable. Nous avons l’impression d’escalader des montagnes russes.



L’heure de déjeuner arrive mais dans ces conditions de mer les repas ne s’éternisent pas. La table n’est pas dressée. Un bol de chili corn carne préparé à terre et réchauffé en mer fait l’affaire. En avalant mon bol, assis dans la descente du carré, j’ai l’impression de ressembler à un chien qui mange sa gamelle.

En prévision de faire de meilleurs repas à l’arrivée, je mets deux lignes de pêche à l’eau avec de beaux rapalas. Je me cale dans le cockpit en regardant vers l’arrière pour surveiller mes lignes et j’attends qu’un petit monstre marin surgisse et morde à mes leurres. Mais ce scénario n’arrive pas. Un autre scénario que je n’avais pas prévu se met en place : le vent passe au nord, la houle et les vagues deviennent croisées et les lignes s’emmêlent. Je remonte vite le matériel et remets à plus tard le démêlage des fils.

Il est déjà l’heure de dîner. Le restant de chili corne carne agrémenté d’une saucisse fait encore l’affaire.
Peu après la nuit tombe. L’obscurité entoure Harmonie. J’observe mon environnement, en veille sous l’abri du cockpit. Les feux de navigation apportent un halo vert et rouge à l’avant du bateau. A l’arrière, le plancton rend le sillage phosphorescent. Je ne vois rien au-delà de l’extrémité de la delphinière. Je perçois seulement des formes sur l’eau et en l’air, ce sont des vagues et des nuages, mais j’invente tout un monde autour de moi. Je croise les caravelles de Christophe Colomb – elles sont passées par là en partant à la découverte du Nouveau monde – et j’imagine la tête des marins apercevant un voilier de notre époque allant deux fois plus vite qu’eux. J’aperçois aussi l’USS Nimitz avec Kirk Douglas à la passerelle comme dans le film « Retour vers l’enfer » sortant de je ne sais quel orage magnétique après avoir remonté le temps. Il me salue et repart vers son destin.

Puis la lune apparaît et le spectacle de la nuit change d’apparence. Elle se lève en apportant une nouvelle clarté jusqu’à faire briller la surface de la mer.

Quand je suis sur terre et que je regarde la lune, je pense toujours à la mer. Je me dis que quelqu’un, quelque part en mer, la regarde aussi et rêve à ses chimères.

La lune en culminant fait disparaître les mirages nés avec l’obscurité. Elle rassure.

La deuxième journée de navigation est semblable à la première. La seule différence, vient des cuisses de poulet qui remplacent le chili corn carne.

Après 24 heures de mer je note la distance parcourue et la vitesse moyenne sur le livre de bord : 152 milles à 6,3 nœuds. C’est à peu près la même vitesse que lors de notre traversée précédente, il y a six ans, avec notre Alliage 38 de l’époque.
Je me dis que j’aurais pu renvoyer de la toile pour aller plus vite quand le vent a légèrement baissé pendant la nuit, mais j’avais à ce moment là plus tendance à piquer du nez qu’à me démener avec les bosses de ris.

Je remets une ligne de pêche à l’eau, une simple traîne et non pas deux cannes avec moulinet comme la veille.

Le résultat est toujours aussi désespérant. Nous allons trop vite et les poissons sont devenus rares et poussifs !

 En cours de route nous constatons que la batterie du groupe électrogène se met en alarme. Le contrôleur de batteries indique qu’elle est complètement vide alors qu’elle apparaissait encore chargée à 100% la veille. Cela veut dire que nous ne pouvons pas démarrer le groupe électrogène pour recharger le parc de batteries ni mettre en marche le dessalinisateur qui fonctionne sur 220v. Heureusement la traversée ne dure que deux jours et  le parc de batteries de 420 ampères est suffisant pour faire fonctionner les appareils de navigation, le pilote et le frigo. S’il le fallait, je pourrais mettre en marche le moteur pour recharger les batteries avec l’alternateur.
Par ailleurs notre réserve d’eau de 340L permet de tenir largement une semaine sans utiliser le dessalinisateur. Mais il ne faudrait pas qu’une telle panne surgisse en grande navigation pendant une traversée de l’Atlantique. Cela obligerait à mettre en place une politique de rationnement : obligation de barrer, éclairage à la lampe à huile, arrêt du frigo et utilisation parcimonieuse de l’eau.

En attendant nous reportons la recherche des causes du problème à l’arrivée.

Nous avons pour habitude avec Françoise de faire des quarts de nuit de deux heures mais ce sommeil en pointillé ne comble pas notre besoin de dormir ; c’est pourquoi nous passons aussi une partie de la journée à poursuivre les quarts et à somnoler entre deux veilles. La journée passe rapidement et la nuit revient vite. Avant qu’elle ne tombe, nous croisons deux cargos mais nous ne rencontrons aucun bateau de pêche.
La houle baisse un petit peu au fur et à mesure que nous nous rapprochons des Canaries. Nous apercevons au loin les lumières de Lanzarote. Nous virons le cap Pechiguera au petit matin du jeudi 29 mai. Il ne reste plus que quelques milles pour atteindre la marina de  Rubicon.

Puerto Rubicon

Cette marina récente n’existait pas au moment de notre précédent passage à Lanzarote. Elle est luxueuse et très bien équipée mais chère par rapport à Madère : 35€ par jour pour un 13m50 sans compter les extras comme la connexion Internet à 8 euros les 2 heures. Pas moyen de gruger le prix du séjour en sous estimant la longueur du bateau. Il est automatiquement mesuré lorsqu’on aborde le ponton d’attente. Des repères permettent aux marinéros d’évaluer la longueur en un seul coup d’œil !

La marina offre de grandes capacités d’accueil pour des bateaux de toutes les tailles. Sur son pourtour on trouve un chantier naval, un shipchandler, des bars, des restaurants, un supermarché et des boutiques de luxe.

Une fois arrivé au ponton je recherche les causes de la panne de batterie. Je constate que le chargeur 220V et l’alternateur du moteur semblent hors service. Ils ne débitent plus aucun ampère vers les batteries. Le problème n’est plus de ma compétence. Je fais venir un électricien. Il est Allemand et décide de prendre les problèmes les uns après les autres. Il me dit qu’il faut commencer par changer la batterie du groupe électrogène. Mais pour cela, il faut attendre lundi parce que tout est fermé à Lanzarote le vendredi 30 mai et qu’après c’est le WE ! Il ne me reste plus qu’à patienter.

Considérations en flânant le long des pontons

Je patiente donc en me baladant sur le port. C’est une habitude que j’ai de me dégourdir les jambes après une navigation, en faisant le tour des pontons pour observer les autres bateaux, voir s’il y en a de beaux ou d’originaux. J’aime m’attarder devant une belle machine moderne de course ou bien devant un bateau ancien avec de jolis bois vernis. Je suis souvent déçu. Les bateaux sont la plupart du temps tous en plastique et tous semblables, malgré les différences de longueur. Quand un architecte crée un dessin pour un grand constructeur comme Bénéteau ou Jeanneau ou un autre, il décline le modèle dans toutes les tailles. Et comme les dessins sont voisins d’un architecte à l’autre – il faut mettre les mêmes équipements standards sur tous les bateaux, cahier des charges oblige – cela donne l’impression en arpentant les pontons de se retrouver devant un alignement du même produit. Mais bon, l’important est que chacun trouve du bonheur à naviguer quelque soit le bateau. Moi aussi j’ai été propriétaire dans le passé de Bénéteau et de Jeanneau et de Delher qui m’ont donné beaucoup de plaisir.

Je me félicite pourtant d’avoir à présent un bateau unique. Il n’y a pas et il n’y aura pas d’autres Azzuro 42. Le chantier Alliage préfère aujourd’hui construire des bateaux plus grands qui normalement doivent lui rapporter plus.
L’Azzuro 42 est un bateau original. La ligne arrondie du pont que je trouve réussie n’a pas été reprise pour les voiliers plus grands dans la gamme, elle a demandé trop de travail de chaudronnerie.
Harmonie fait partie des bateaux que les navigateurs ou les badauds viennent souvent regarder dans les ports où il est amarré. Ils s’arrêtent et quelquefois lancent la conversation :

« Vous avez un beau bateau »

Je répond toujours : « Merci »
Ils poursuivent « Le pont est aussi en aluminium ? »
« oui bien sûr »

Souvent les promeneurs de ponton ne peuvent pas s’empêcher de toquer leur doigt contre la coque pour tester la résonance de l’aluminium. Si je suis à l’intérieur je sors alors la tête et je demande :

« C’est à quel sujet? »

« Oh excusez moi ! » et souvent une discussion sur les bateaux démarre à ce moment là. C’est parfois ainsi que se font les rencontres entre navigateurs.

Vers Puerto Calero

Nous ne restons qu’une journée à  Rubicon et rejoignons Puerto Calero situé à quelques milles sur la côte sud de Lanzarote. L’électricien préfère travailler à cet endroit.
La mer est plate, un bon vent nous emmène au près. J’avance sous grand-voile haute et trinquette. Quand je réussis à trouver comme aujourd’hui le bon réglage de voilure par rapport au vent et à la mer, le régal est total, je retrouve du plaisir à barrer. Le bateau taille sa route sans dévier, sans zigzaguer. Il fonce légèrement gîté, à 7 nœuds, droit devant. Dans ces moments là, le chuintement créé par les filets d’eau qui glissent sur la coque est plus agréable que n’importe quelle ritournelle provenant des CD du bord.

La longue escale à Puerto Calero

 























































































Puerto Calero est une belle marina récemment agrandie pour abriter de gros yachts.

Nous sommes accueillis sur le ponton d’attente par des gars à l’allure sympathique qui nous aident à nous amarrer. Ils font partie de la « Ericsson Racing Team » qui est installée sur le quai d’accueil sous de gros chapiteaux et qui s’entraîne sur deux VO 70 en vue de participer à la Volvo Ocean Race 2008-2009. Ce sont deux bateaux magnifiques. Les coques de ces 70 pieds et la hauteur des mats donnent une impression de puissance phénoménale. Les carènes sont plates avec deux dérives qui traversent le pont. La taille des winchs mis en mouvement par des moulins à café est très imposante.
Puerto Calero est un
port bien entretenu et passe pour être luxueux. Ce sont peut être  les bittes d’amarrage en laiton poli –elles semblent être en or – qui lui valent cette réputation. Des employés s’affairent à les astiquer régulièrement. Le prix du séjour est un peu moins cher qu’à Rubicon : 26,60€ par jour, Internet illimité compris.

Il y a facilement de la place comme à  Rubicon. L’accueil est aimable. Un supermarché permet de trouver l’essentiel et la ville de Puerto Carmen est à 6 Kms. Un chantier avec un travel lift de 90T est disponible pour réparer et entretenir les bateaux.

Pannes électriques


Je reprends contact avec l’électricien allemand rencontré à Puerto Rubicon. Il change la batterie du groupe électrogène et diagnostique que le chargeur de batteries ainsi que l’isolateur de batteries sont à changer.

Je me mets aussitôt en relation avec le chantier Alliage pour que ces matériels me soient envoyés rapidement et sous garantie. Alliage les fait partir sans délai. Merci Alliage.

La nouvelle batterie permet de faire démarrer le groupe électrogène Mastervolt mais celui-ci s’arrête au bout de 10 secondes en affichant un message d’anomalie. L’électricien m’oriente alors vers un autre réparateur, un français, Jean Michel qui travaille à Lanzarote depuis quinze ans et connaît les produits Mastervolt. Son diagnostic après de nombreuses vérifications est accablant : il faut changer les cartes électroniques du groupe électrogène. Pour les spécialistes, il s’agit de la commande déportée « black box » et du boîtier de contrôle « local control panel »

Je me mets aussitôt en relation téléphonique avec le responsable technique de Mastervolt France à Mandelieu qui m’apporte une aide efficace au téléphone. Il me demande de refaire une série de tests après quoi son diagnostic rejoint celui de Jean Michel : il faut changer les cartes électroniques, il me les envoie sous garantie.

Merci pour ce service rapide et gratuit.

Visites autour de Puerto Calero et considérations sur nos condisciples les touristes













































Etant bloqués à Puerto de Calero en attente des pièces qui sont parties de France, il nous faut reporter la navigation prévue vers la petite île de La Graciosa au nord de Lanzarote.
Pour passer le temps nous commençons une série de ballades autour du port.

Nous remarquons combien l’île de Lanzarote est différente de Madère. Madère, c’est les fleurs, les arbres, les bananeraies, les forêts, la luxuriance végétale, les maisons coquettes au toit de tuiles construites à flanc de montagne. Lanzarote, c’est l’île pelée, la terre ocre et la lave noire, le désert, la poussière soulevée par le vent. Tout est brûlé par le soleil. Il n'y a pas d'eau, pas de pluie, pas de rivière. On peut trouver une certaine beauté aux paysages désertiques et aux côtes rocheuses de Lanzarote, mais hélas, dès que l’on approche du bord de mer et des plages, tout devient moche. L’habitat à quelques rares exceptions près est bas de gamme. Les maisons blanches en forme de cube style casba sont construites grossièrement. Elles côtoient d’immenses hôtels, on les appelle ici les usines à bronzer, qui déversent sur la plage des hordes de vacanciers anglais et allemands. On les  voit errer sur le bord de mer et tomber dans les pièges à touristes. Je parle des innombrables boutiques à souvenirs, échoppes à bijoux fantaisies, baraques à jeux électroniques, commerces d’appareils photos, négoces de téléphones mobiles et étalages de sacs et valises. Je ne compte pas les restaurants dans les pièges à touristes – puisque j’y vais moi-même ! – pourtant il y en a des dizaines alignés les uns à coté des autres sur la route du bord de mer. 

C’est dans des endroits comme ceux là que le mot industrie touristique prend tout son sens.

 Les touristes les plus aventureux se lancent parfois dans des activités nautiques surprenantes. Ils louent des pédalos grotesques dont l’aire de manœuvre est limitée par une ligne de bouée à 50m de la plage ou bien ils s’inscrivent à des sorties en mer sur des barcasses les plus diverses.
























A Puerto del Carmen, les ronds dans l’eau consistent à rechercher d’hypothétiques baleines et dauphins à partir d’un grand catamaran modèle « Taïti » ou à tenter d’apercevoir des poissons exotiques et des coulées de lave sous la mer à travers le plancher d’une vedette glass bottom.
Il peut y avoir un coté intéressant dans ces activités mais c’est le coté sortie en troupeau qui me rebute toujours. Une citation me revient à l’esprit :

"Le tourisme est le moyen qui consiste à amener des gens qui seraient mieux chez eux dans des endroits qui seraient mieux sans eux." (Philippe Meyer)

J’essaie de faire en sorte qu’elle ne s’applique pas à moi !

Malgré cet à priori défavorable, nous nous rendons à plusieurs reprises à Puerto del Carmen. Au cours d’une des promenades, nous nous asseyons à la terrasse d’un restaurant avec une belle vue sur la mer et commandons le repas : sole grillée pour moi et pavé de viande pour Françoise accompagnés d’une sangria. Tout est excellent. Françoise dit même que cela la change de la cuisine sans relief de Madère. Vous avez sans doute remarqué que je suis un ardent défenseur de Madère mais je dois convenir que la cuisine de Madère est plutôt banale. Pendant notre séjour de six mois nous n’y avons pas repéré de restaurants exceptionnels. Ici à Lanzarote nous retrouvons plus de diversité dans les menus affichés. Pourtant les touristes en provenance des pays de l’Europe du nord qui sont attablés autour de nous  à la terrasse du même restaurant ne consomment que des sandwichs avec des frites et de la bière. Les habitudes alimentaires restent les habitudes alimentaires, même en vacances !

Arrecife




































Quelques jours après cette petite expédition à Puerto del Carmen, nous décidons de prendre un bus pour rejoindre la capitale de l’île, Arrecife. Le trajet est parcouru en 40 mn et nous redécouvrons une petite ville qui est restée, 6 ans après notre premier passage, laide et sans intérêt. Les rues sont banales, les maisons sont banales, les commerces sont banals. Quelques bateaux de passage sont ancrés près de la jetée d’Arrecife et semblent tranquilles, abrités du vent du nord par le relief de l’île, mais par houle et vent du sud le mouillage doit être intenable. Plus loin dans la ville, le port
de Naos est encombré de nombreux petits bateaux locaux ancrés eux aussi tandis que deux vieux pontons abritent des bateaux plus grands.
Seule nouveauté, la haute carcasse en béton d’un immeuble en bord de mer qui avait brûlé au début des années 90 et était resté quinze ans en l’état, est aujourd’hui réparée et transformée en hôtel.
Nous recherchons une auberge pour déjeuner mais ne trouvons rien de typiquement espagnol. Nous finissons par atterrir dans un restaurant chinois qui nous sert une nourriture trop grasse. Décidément, Arrecife ne nous réussit pas. Nous ne nous éternisons pas et quittons la ville pour retourner sur notre bateau. Le bus nous laisse à  Puerto Del Carmen et nous faisons le reste du trajet à pieds par un chemin poussiéreux qui longe le bord de mer.

 

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23 mai 2008 5 23 /05 /mai /2008 01:59
Printemps à Madère (suite)

 

La fête de la marine

Il y a chaque mois quelque chose d’intéressant à faire ou à voir à Madère. Après le carnaval, le mardi gras, la fête des fleurs c’est aujourd’hui la fête de la marine. Toute une armada de bateaux de guerre de la Marine portugaise arrive à Funchal et s’installe dans le port. Elle organise, pour ceux que cela intéresse, des promenades sur des bateaux amphibies, elle initie les jeunes à la plongée sous marine et à l’escalade et elle ouvre ses navires à la visite. Le Sagres II et le Creoula, deux navires école de la marine portugaise sont là aussi, ainsi qu’un sous marin.
Nous rencontrons José un sous officier intéressé par les bateaux de plaisance et nous lui faisons visiter Harmonie. En retour il nous invite à bord de la Cacine, le patrouilleur sur lequel il est responsable électricien. Nous sommes intéressés par l’histoire de ce vieux patrouilleur construit en 1968 et qui a servi sur les fleuves des anciennes colonies portugaises pour maintenir l’ordre. Depuis la décolonisation il patrouille le long des côtes portugaises et vient de temps en temps à Madère et aux îles Selvagem pour contrôler l’activité des pêcheurs.

 















Nous poursuivons l’après midi par la visite du Sagres II. Je vous recopie sa notice : C’est un trois-mâts barque lancé en 1937 aux chantiers Blohm & Voss à Hambourg. Son port d’attache est Lisbonne au Portugal. Il fait 89,50 m de longueur hors tout. Son tirant d’eau est de 5,50 m, sa voilure représente 1.935 m2. La hauteur de ses mâts atteint 45 m.

Au début de la deuxième guerre mondiale, le voilier s'est appelé "Albert Léo Schlageter" et a occupé une fonction de ravitailleur. Il a été endommagé par une mine en transportant des troupes dans la mer Baltique. A la fin de la guerre il a été saisi par les Américains et revendu au Brésil qui l'a recédé en 1962 au Portugal. Le Sagres II a pour mission de former les cadets de la marine et de représenter le Portugal dans ses déplacements. C’est un bateau que j’avais déjà admiré sous voile devant le Havre lors du passage de la grande Armada de Rouen (photo ci-dessous à droite)

























Je prends la barre du Sagres II et me mets à rêver que je suis en mer avec 2000m² de toile au dessus de moi. Depuis le poste de barre la vision du bateau est monstrueuse. Il est grand et haut comme un cathédrale. Il est tellement long qu’on n’aperçoit pas la mer à l’avant du bateau. Je comprends la nécessité d’un équipage important et coordonné pour le manœuvrer : 10 officiers, 19 sous officiers, 134 marins et 80 cadets. J’aimerais passer une journée en mer sur un tel navire.

Le bateau est dans un état excellent. Le Portugal est fier de son passé maritime est se donne les moyens d’entretenir une flotte de prestige. En comparaison la Marine française ne possède que la Belle Poule et l’Etoile qui avec leur 450m²de voile, sont des voiliers minuscules à coté du Sagres II.

 
 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 
















Le troisième bateau visité est le Creoula, une ancienne goélette de pêche (1937 à 1973) aujourd'hui reconvertie en navire école. Elle est également imposante avec ses 67 m de long et ses 1244 m² de voile. Elle est tellement bien restaurée et entretenue que l’on a peine à croire qu’elle a fait les campagnes de Terre Neuve.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 
























Nous finissons les visites de bateaux par le Barracuda, un sous-marin de la marine portugaise construit en France (Série Daphné comme le Flore qui est à Lorient sur la base de Kéroman)

Je me suis aussi procuré sa notice. La voila : C’est un sous-marin d'attaque long de  57,75 m. Son maître bau est de 6,74 m, son tirant d’eau de 5,25 m. Il fait 870 tonnes de déplacement en surface et 1043 tonnes en plongée. Il est propulsé par des moteurs diesel, son autonomie en plongée est de 12h, la profondeur maximum qu’il peut atteindre est de 300 m. Sa vitesse en surface atteint 12 nœuds (22,2 km/h) et 15 nœuds (28 km/h) en plongée.


 












































































J’ai déjà visité un sous marin de cette série à Rouen il y a des lustres. J’avais été frappé par la façon dont les couchettes étaient disposées, comme si on avait construit le sous-marin sans réfléchir au sujet du couchage pour ensuite installer les bannettes dans les quelques emplacements laissés libres. J’ai retrouvé cette exiguïté sur le Barracuda. Je n’imagine pas comment un équipage de plus de 50 hommes peut vivre dans un espace aussi restreint, sans possibilité de s’isoler. Pas question d’avoir son coin à soi, les couchettes sont utilisées par différentes personnes en fonction de l’heure du service. Il y a deux couchettes pour trois hommes. Si j’étais militaire, je ne choisirais certainement pas cette arme.

En visitant le sous-marin, je me pose la question de l’utilité d’entretenir encore ce type d’engin qui me semble obsolète, inadapté aux conflits d’aujourd’hui. J’imagine que pour bénéficier de la protection de l’OTAN, le Portugal se doit de mettre quelques navires à la disposition de l’organisation, même s’ils sont dépassés techniquement.

 

Autres photos sur http://picasaweb.google.fr/denis.stire/MadReFunchalFTeDeLaMarine 


L'enrouleur de trinquette


La trinquette est la deuxième voile d’avant que l’on utilise pour épargner le solent quand le vent forcit. Sur Harmonie, elle s’envoie en arrière du solent sur un étai volant. Il y a bientôt six mois, j’ai décidé de remplacer cet étai volant par un enrouleur. La modification a pris beaucoup de temps. Après avoir étudié la possibilité de faire venir le matériel du Portugal, j’ai préféré passer commande à Tonnerre Gréement de Lorient que je connaissais déjà. C’est l’entreprise qui a préparé le mât carbone et installé le haubanage d’origine d’Harmonie. Je lui ai commandé l’enrouleur à la mi février mais je n’ai été livré que début mai. Le retard est venu du temps passé à échanger de nombreux mails pour définir les cotes du nouvel étai, à rassembler le matériel en France, à le transporter par bateau jusqu’à Madère…. Puis à faire venir les pièces manquantes dans un deuxième envoi !















L’enrouleur et le nouvel étai sont installés par un maître voilier de Funchal qui se charge aussi de modifier la trinquette pour l’adapter à l’enrouleur.

Il ne reste plus qu’à faire les essais en mer. L’enrouleur de trinquette présente un avantage et un inconvénient. L’avantage, c’est la sécurité d’utilisation qu’il représente par mauvais temps. Il permet d’envoyer la trinquette depuis le cockpit sans se déplacer à l’avant du bateau sur un pont parfois balayé par les vagues. L’inconvénient est qu’il gêne le passage du solent dans les virements de bord. Pour remédier à ce désagrément, je suis obligé d’enrouler partiellement le solent avant de virer de bord.

En attente de départ pour les Canaries

Notre séjour à Madère arrive à sa fin. Nous sommes ici depuis novembre 2007, c'est-à-dire plus de six mois. Nous allons partir vers les Canaries, puis, après l’été que nous passerons en France nous naviguerons vers le Sénégal, les îles du Cap Vert, Le Brésil.

Jamais nous n’avons séjourné aussi longtemps dans un pays étranger. Mais ici, à vrai dire, nous ne nous sentons pas vraiment étranger. C’est plutôt le contraire. La vie à Madère nous rappelle la façon de vivre de notre enfance, sans problèmes, sans soucis.
J’ai écrit dans un chapitre du premier voyage d’Harmonie : « L
e voyage en bateau est un mode de vie. Les îles, la mer et le soleil en constituent le décor comme les papiers peints constituent celui d’une maison. Mais ici, le décor est mobile, il change continuellement au rythme du navire, selon l’envie que l’on a de rester ou de partir du dernier endroit où on est arrivé.

Cette envie de partir finit toujours par arriver. On sait qu’il y a toujours un peu plus loin, un port, un mouillage sympathique, une petite aventure à vivre, qui feront une anecdote à raconter ou pas »

Malgré ce que j’ai écrit là, je ne suis pas certain que mes escales futures m’enchanteront autant que celle de Madère. Je vais laisser ici un petit peu de moi-même. J’ai le sentiment de quitter un paradis terrestre.

 

J’ai rassemblé ci-dessous deux citations pour me motiver à reprendre la mer.

 

"Le voyage pour moi, ce n'est pas arriver, c'est partir. C'est l'imprévu de la prochaine escale, c'est le désir jamais comblé de connaître sans cesse autre chose, c'est demain, éternellement demain."
(Roland Dorgelès)

 

"L'important c'est de n'être que de passage"
(E. Dabit)

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9 avril 2008 3 09 /04 /avril /2008 18:00

Printemps à Madère


La fête des fleurs

La fête des fleurs de Funchal est renommée. La ville organise ce jour là un grand défilé de chars fleuris accompagnés de danseuses. Pas question de manquer cet événement. Nous louons une voiture, quelques jours à l’avance, pour faire le trajet de Calheta à Funchal et participer à la fête.
Le jour de la fête, à 9h30 nous sommes devant l’hôtel Calheta Beach où la voiture doit nous être livrée. 10h personne. 10h30, toujours personne. On est dimanche, l’agence de location est fermée, il n’y a pas de bus donc pas de solution de remplacement. Nous rentrons dépités au bateau. Pour couronner le tout il pleut comme vache qui pisse, jamais nous n’avons eu autant de pluie depuis que nous sommes à Calheta, c’est donc une journée enfermés à l’intérieur d’Harmonie qui nous attend.

Le lendemain je me rends à l’agence pour avoir une explication et le remboursement de la location. L’employée me dit: « C’est dommage que vous n’ayez pas trouvé la voiture, elle était garée au parking et les clés avaient été laissées à l’accueil de hôtel Calheta Beach à votre intention » Je réponds en français à cette employée qui ne pratique pas notre langue : « Bonne pomme, comment je pouvais le savoir ! » et j’ajoute dans un anglais qu’elle comprend : « Don’t worry, it was just a mistake and the weather was too bad for a drive»

Nous poursuivons la discussion et elle me demande si j’avais eu l’intention d’aller à la fête des fleurs avec la voiture. Je lui réponds que oui hélas. Elle réplique : « Don’t worry, The festivities were cancelled because of the bad weather, the parade will take place today at 4 PM, do you want the car for today?”

“Tu penses bien que oui” pensais-je en répondant “yes, it’s wonderful”

Nous nous rendons aussitôt à Funchal après avoir pris livraison de la fameuse voiture, une Toyota Yaris.
Pour nous mettre en train, nous déjeunons à Funchal à bord du Vagrant, l’ancien bateau des Beatles – dit-on – transformé en restaurant le long de l’avenue de la mer. C’est là que le défilé doit passer. On commande des brochettes, de viande pour Françoise et de poissons pour moi, accompagnées d’un vinho tinto du Portugal. La qualité du repas est correcte. Il ne fallait rien attendre de très extraordinaire dans cette zone à touristes.

 

 

 

 

 
















Le défilé arrive annoncé par de la musique. Il est magnifique. Chars fleuris, danseuses ravissantes, couleurs chatoyantes. Un enchantement pour les yeux.




 

 

 


































 






 

 

 

 




 







 



















 









 

 

 




























































Ici en compagnie de la reine du Festival, elle-même.
Et si vous voulez encore d’autres d’images : http://picasaweb.google.fr/denis.stire

Je vous passe les détails du retour vers Calheta qui fut un peu laborieux : panne de voiture, le loueur nous rapatrie à Calheta. La pluie qui a épargné la fête des fleurs pendant quelques heures se met à tomber et une tempête est annoncée pour le lendemain.

La tempête

Le lendemain du festival, nous nous retrouvons en pleine tempête à Calheta. Du jamais vu, ni pour nous, ni pour les employés du port qui travaillent ici depuis sa construction en 2004.

Imaginez une tempête sans le moindre souffle de vent ! Vous allez me dire que ce n’est pas possible.
Pourtant une dépression est en train de passer entre les Açores et Madère. Curieusement elle n’apporte pas encore de vent sur la zone. Par contre elle est précédée d’une immense houle avec des vagues annoncées par la météo comment étant hautes de cinq à six mètres. Ces vagues viennent se fracasser sur les enrochements du port. Elles explosent le long de la digue en produisant des gerbes d’eau plus hautes que les mâts des bateaux. Toute cette eau retombe dans le port et provoque un ressac s’ajoutant à celui de la houle qui passe entre les jetées. C‘est la panique dans la marina. Les pontons gondolent dangereusement. Heureusement Harmonie est amarré dans une zone abritée, juste derrière les  deux jetées qui bordent l’entrée. Nous bénéficions donc d’un double mur de protection. Ailleurs les bateaux sont secoués et cassent leurs amarres. Leurs propriétaires qui n’habitent pas loin arrivent rapidement pour renforcer les cordages ou déplacer les bateaux avec l’aide des employés du port. Nous accueillons un voilier à couple du notre.

Les gerbes d’eau qui retombent dans le port sont monstrueuses. Sur les pontons une grande partie du matériel d’équipement est détruit, Les poteaux métalliques qui supportent les bouées de sauvetage sont tordus par le poids des paquets d’eau qui s’abattent sur eux.
La passerelle qui lie notre ponton à la terre ferme est balayée par les vagues déferlant au-dessus d’elle au point d’en rendre le passage dangereux. La Policia Maritima en interdit l’accès. Je passe tout de même en visant entre deux vagues. Les policiers me sifflent, mais comment faire autrement, il n’y a pas d’autres passages !
A coté de la marina, la plage est complètement sinistrée. Des tonnes de galets et ,de déchets apportés par la mer recouvrent le sable. 

Les touristes de l’hôtel Calheta Beach sont venus au spectacle voir la mer déchaînée. « Oh my god ! Oh my god !» Ce sera pour eux une semaine sans plage ni baignade.

La tempête dure toute la journée et s’affaiblit en fin d’après midi au fur et à mesure que la marée descend.

Le gérant du magasin d’accastillage me raconte comment la marina de Luxar de Baixo située à quelques kilomètres de Calheta a été détruite. J’en ai parlé dans un chapitre précédent. Les conditions météorologiques étaient identiques à celles d’aujourd’hui, il n’y avait pas de vent, seulement de la houle poussant des vagues démesurées qui ont fini par ébranler la jetée de béton, la fissurer et démolir son extrémité.  A l’intérieur les vagues ont disloqué les pontons, heureusement presque vides car la marina était récente et venait juste d’être inaugurée !

J’espère que la marina de Calheta tiendra mieux que celle de Baixo !



 

                  














Les vagues déferlent dans le port par-dessus la jetée.



















Les vagues explosent sur la jetée et jaillissent à plus de 20m de haut.



 

 














La houle pénètre dans le port entre les jetées.



La tempête se renforce le deuxième jour avec l’arrivée du vent. La houle ravage le bord de mer pendant que la pluie qui ravine la montagne provoque des éboulements. Le journal local montre des photos du bord de mer sinistré, de zones inondées et de voitures écrasées. Même à Madère il ne fait pas bon quand la nature se fâche.

Enfin le troisième jour la tempête se calme, certainement parce qu’on est le 10 avril 2008 jour de mon anniversaire.


Une semaine avec Micheyle

Ma copine Micheyle débarque fin avril pour passer quelques jours avec nous et vérifier si tout ce que j'écris sur Madère est vrai. Je pioche aussitôt dans mon programme d'accueil et de visite déjà utilisé pour nos amis Le Buhan et Womcoco.

























Dimanche nous commençons par une petite marche de mise en appétit pour rejoindre le restaurant Convento das Vinhas. Micheyle peut constater que toutes les routes et les chemins d'ici sont pentus et donnent soif. Nous commandons immédiatement une grande bouteille d'eau. Le restaurant nous sert ensuite des poissons grillés : espada, perche du Nil, morue, accompagnés de vins blancs de Madère. Je mets vins au pluriel parce qu'il a fallu commander une seconde bouteille pour accompagner la fin du repas ! Mais il n'est pas question de se priver à Madère puisqu'on est au paradis. L'île paradis, l'île aux fleurs, le jardin de l'Atlantique sont en effet les surnoms de Madère.
En sortant du restaurant nous entamons une nouvelle ballade dans les rues abruptes de Calheta pour montrer à Micheyle les paysages montagneux si typiques de Madère avec leurs cultures en terrasses à cause de la déclivité du terrain. J'en ai déjà parlé. Depuis j'ai appris qu'on les appelle les poios. Ces terrasses sont parfois situées à des endroits tellement hauts qu'elles semblent inaccessibles.
Tout en marchant nous comparons la végétation d'ici avec celle de la France.  En bord de mer la végétation s'apparente à une végétation tropicale avec des bananiers, des palmiers, des manguiers, de la canne à sucre et aussi des fleurs qui décorent les jardins des maisons : arum, hibiscus, bougainvillées, strelitzia (oiseau de paradis)
Il y pousse aussi des agrumes : anones, maracujas, banana ananas (fruit d'une liane proche du philodendron, ici on les appelle banana ananas à cause de leur goût semblable à celui de ces fruits)
Un peu plus haut on trouve de la vigne. Plus haut encore les cultures laissent la place aux forêts d'eucalyptus et de pins.

    

 

 

 

 

 

 

   






Hibiscus
 
 

 

 

                                               










Bougainvillées





















Arum


















 


Strelitzia (oiseau de par
adis)


 
















Anone sur son arbre









                                   








Anones au marché



















Variété de maracujas



















Variété de maracujas


 
 
















Variété de maracujas




















Variété de maracujas




















Banane au début du mûrissement
    

    





















banana-ananas (faux philodendron) (Monstera deliciosa)


 

 












Banana-ananas au marché
(faux philodendron)
     



Notre dimanche se termine par une séance de natation entre les jetées de la plage de Calheta. Elle a été remise en état après la tempête pour l'arrivée de Micheyle qui coïncide avec la fête nationale portugaise. Les bulldozers ont travaillé une semaine entière pour déblayer les cailloux.
Les activités de ce premier jour avec Micheyle nous ont épuisés : extinction des feux à 22h.

Micheyle est impatiente de connaître les levadas. Cela tombe bien, mon programme du lundi prévoit de cheminer sur la levada Nova qui passe à Calheta. Nous prenons un taxi pour la rejoindre à hauteur de la centrale électrique de Calheta et marcher jusqu'au village de Prazères ce qui représente environ vingt kilomètres. Le parcours est facile, nous longeons la côte sur la courbe de niveau des 700m dans une forêt d'eucalyptus et de pins. Pendant le trajet Micheyle effectue des mesures précises de distance à l'aide de son podomètre et nous renseigne sur notre vitesse de marche : entre 4 et 6 km/h. De temps en temps elle annonce : « en ce moment on fait du 4km/h » Je dois comprendre qu'il faut accélérer le pas !  

Après la ballade sur la levada, le bus qui passe à 15h à Prazères nous ramène sur les hauteurs de Calheta. Il faut encore marcher un kilomètre ou deux avant d'arriver à la marina ce qui nous fait passer devant la rhumerie. C'est la première fois que nous la voyons en activité. La récolte de la canne à sucre s'accomplit de la mi-avril à la mi-mai. La rhumerie est opérationnelle pendant cette période uniquement. Nous entrons dans les bâtiments où des hommes s'activent autour de broyeuses entraînées par une antique machine à vapeur. Ils insèrent les morceaux de canne un à un. Nous sommes étonnés de pouvoir circuler librement autour des machines et des ouvriers qui travaillent.






















Video rhumerie Calheta:




Video rhumerie Calheta (suite):





Des camionnettes lourdement chargées de tiges de canne attendent dans la rue d'être pesées et déchargées. Une agréable odeur de sucre caramélisé flotte au dessus des alambics. Cela nous donne envie de rejoindre vite le bateau pour un apéro ti-punch au rhum de Madère.

Mardi, petit programme de navigation. Harmonie n'a pas bougé de son ponton depuis la visite des Womcoco. Nous décidons de rejoindre Funchal pour visiter la ville avec notre invitée. Un petit vent déclinant nous pousse à 6 nœuds, puis la vitesse tombe à cinq, puis quatre, puis trois, puis deux noeuds. C'est à ce moment que j'enseigne à Micheyle la signification de la risée Diesel.

A Funchal nous nous amarrons à couple du bateau français Viskoulenn, un Intégral 43, bateau en aluminium très original avec ses dérives latérales et son cockpit abrité d'où on peut effectuer la veille en navigation. Viskoulenn est sur le chemin du retour vers la France après plusieurs mois de navigation dans les îles Canaries. Nous avons rencontré son équipage la semaine précédente à Calheta et bu quelques apéros ensemble.

 

 



















Les formalités d'arrivée sont vite expédiées au bureau de police et à la capitainerie et nous redécouvrons Funchal, ses rues fleuries, ses magasins, ses églises, ses monuments et son inévitable et superbe marché.

Françoise et moi avons prévu de paresser sur Harmonie toute la journée de mercredi. Quant au programme de Micheyle, il comprend la visite du jardin botanique et du quartier Monte. Je l'accompagne jusqu'au téléphérique qui mène au jardin, je lui montre du doigt l'endroit où arrivent les télécabines, tout en haut de la ville et... elle décide de faire l'aller retour à pieds ! Une vraie folie. La même que de remonter une piste de ski sans utiliser le téléphérique ! Elle rentre épuisée. Extinction des feux à 22h pour elle et Françoise. Je m'échappe sur le bateau Viskoulenn qui organise un dernier apéro avant son départ vers l'Espagne et la France.

Jeudi et vendredi nous louons une voiture dans le but de faire le tour de l'île et de rejoindre des levadas que nous ne connaissons pas encore.

 



















Nous roulons jusqu’au pic d’Arieito situé à 1810m d’altitude. Il fait beau, la montagne est dégagée de ses nuages, elle nous offre un panorama superbe sur les pics alentours. Nous avançons à pieds jusqu’à un belvédère sur un chemin escarpé qui conduit à un autre pic, le Ruivo. De là nous observons les marcheurs bien équipés pour des courses en montagne qui nous précédent en colonnes sur le sentier. De loin ils ressemblent à de petites fourmis longeant des abîmes qui ne sont pas fait pour moi. Demi tour. Nous regagnons la voiture et poursuivons notre route en direction de la cote nord et d'un bel hôtel restaurant que j'ai repéré en bord de mer, près de Santana face à l'île de Porto Santo. Nous y déjeunons. A nouveau poisson et vin blanc pour tout le monde.

Après le déjeuner nous atteignons la levada Norte das Rabaças que j'ai déjà suivie sur plusieurs kilomètres avec mes amis Le Buhan et Womcoco mais où j'ai toujours fait demi tour à un endroit où le précipice devient trop vertigineux pour moi. Je prends la résolution d'aller plus loin cette fois-ci. J'arrive à franchir le passage difficile, tantôt en marchant sur la margelle de la levada, tantôt en marchant dans la levada avec de l'eau jusqu'aux genoux. Je me rends compte que mes sandalettes qui ne craignent pas l'eau et dans lesquelles je suis pieds nus me sont bien plus utiles que de grosses chaussures de montagne. Françoise et Micheyle n'étant pas soumises au vertige, passent sans problème et sans mouiller leurs chaussures. Peu de temps après nous arrivons à l'entrée d'un tunnel de 200m qui permet à la levada de changer de vallée. Le tunnel est un petit peu boueux et à sa sortie les chaussures des filles se retrouvent dans le même état que mes sandalettes. Je les entends pester derrière moi mais elles reprennent la marche en colonne. Nous arrivons devant un autre tunnel. La carte indique qu'il mesure plus d'un kilomètre de long. Nous sommes équipés de lampes et nous nous engageons dans le trou noir. La boue colle à nouveau aux chaussures à l'entrée du tunnel puis le terrain redevient sec après quelques dizaines de mètres. J'entends les filles derrière moi faire demi tour.

Je décide de continuer. Je suis attiré par une petite lumière qui indique au loin la sortie du tunnel. C'est comme si cette petite lumière me demandait de la rejoindre pour me faire voir de nouveaux paysages encore plus jolis. Au fur et à mesure de mon avancée j'entends le grondement d'une cascade. Après une demi heure de marche j'atteints la sortie et je découvre la cascade ainsi qu'une nouvelle vallée différente de la première avec une végétation plus dense. Je marche encore quelques dizaines de mètres sur la levada qui s'enfonce dans cette vallée en suivant impeccablement sa courbe de niveau. Ensuite, un petit peu à regret, je fais demi tour pour rejoindre Françoise et Micheyle qui m'attendent depuis une demi heure. Quand j'arriverai à leur niveau cela fera plus d'une heure qu'elles m'auront attendu. Je ne suis pas inquiet elles ont plein de choses à se raconter. Tout en marchant sur le chemin du retour, avec ma torche qui balaye le sol du tunnel, je me demande pourquoi elles ont renoncé à me suivre. Est-ce la boue sur les premiers mètres qui les a rebutées, ou la peur de l'obscurité, ou bien celle des chauves souris et des monstres qu'on peut rencontrer dans le noir ?

Je leur pose la question en arrivant auprès d'elles. Elles me répondent, presque en cœur : « Le paysage de l'autre coté du tunnel est certainement le même que de ce coté ci. Cela ne sert donc à rien de marcher dans ce souterrain chiant ! »

Logique féminine ! J'argumente sur le plaisir que j'ai eu de découvrir une vallée inconnue, sur le besoin de savoir ce qu'il y avait au bout d'un tunnel, sur le désir que j'ai de découvrir des choses nouvelles, elles ne veulent pas comprendre ma motivation. Elles restent dans la certitude que le franchissement du tunnel ne présentait pas d'intérêt. Plus j'argumente, plus elles se liguent contre moi !
Au fond de moi je pense qu'elles ont eu la trouille dans le noir !

 




























Sur le chemin du retour nous croisons un couple d'anglais. La femme marche sur la margelle et l'homme dans la levada avec de l'eau jusqu'aux genoux. « Vertigo » me dit-il. Micheyle ajoute : « un collègue à toi »

 

Nous reprenons la voiture pour rentrer à Funchal en passant par Calheta. Mes colis qui contiennent le matériel pour installer un enrouleur de trinquette ont enfin été livrés à la capitainerie. Ils ont voyagé par camion et cargo depuis Lorient et ont mis un mois pour arriver. Nous les chargeons dans la voiture, cela nous évitera de revenir les chercher en bateau à Calheta.

Nous passons la soirée autour d'un nouvel apéro. Le rhum de Madère rend l'ambiance encore plus joyeuse. Micheyle se souviendra sûrement de s'être exprimée en vers et d'avoir piqué une belle crise de fou rire.

 

Vendredi est le dernier jour de son séjour à Madère. Nous disposons toujours de la voiture de location. Le programme est de nous rendre à Porto Moniz au nord ouest de l'île pour marcher sur la levada de Janela que nous ne connaissons pas. La route entre Sao Vicente et Porto Moniz est aujourd'hui une route moderne qui passe sous des tunnels percés dans la montagne mais on peut encore emprunter des tronçons de l'ancienne route, très impressionnante, creusée dans la paroi verticale de la montagne. Cette route est souvent encombrée de cailloux qui se détachent de la paroi. Des cantonniers la balayent en permanence. Sa construction a représenté un véritable exploit.
La levada de Janela est bien balisée et serpente à une altitude de 400m environ dans une vallée encaissée qui s'enfonce jusqu'au milieu de l'île. Les panoramas sont toujours  superbes. Nous passons sous des cascades et même sous deux tunnels que Françoise et Micheyle franchissent sans rechigner. Nous suivons le Janela sur presque dix kilomètres avant d'arriver à l'entrée d'un troisième tunnel. Les filles font demi tour. Deux tunnels à traverser à l'aller et à retraverser au retour, c'est beaucoup pour elles. Moi, par acquis de conscience je traverse tout de même ce troisième tunnel, pour voir, comme la veille, ce qu'il y a de l'autre coté. On ne sait jamais, peut être qu'un jour je vais déboucher dans une vallée inconnue et merveilleuse habitée par de pacifiques dinosaures comme dans Jurassic park. Mais le nombre de kilomètres commence à peser sur mes jambes. Il en reste dix à parcourir dans l'autre sens. Je fais demi tour. Il est temps de rejoindre la voiture pour descendre au bord de mer et nous baigner dans la piscine d'eau de mer de Porto Moniz.
Nous atteignons la piscine une heure avant sa fermeture. Le bain est bien venu après la fatigue de la journée.
L'itinéraire du retour à Funchal nous fait passer par le plateau désertique du centre de l'île avant de replonger sur le versant sud par les corniches étroites et raides de la côte.

La soirée est consacrée au Fado, chez Marcellino. Spectacle grandiose avec un couple de chanteurs venus du Portugal. Je ne vous raconte pas, vous savez déjà l'émotion que cette musique nous apporte.

Micheyle s'envole le lendemain vers Paris, avec certainement le sentiment d'avoir vécu des journées bien remplies et le souvenir d'une belle île.

Bobby et Jacques

Nous venons de faire la connaissance de Bobby et Jacques, deux Belges qui vivent à Madère. Nous passons une journée avec eux. Ils connaissent bien l’île et nous font découvrir la fête du citron dans un petit village de montagne, Ilha, puis une roseraie exceptionnelle à Arco de Sao Jorge.  

(Photos sur http://picasaweb.google.fr/denis.stire/MadReRosesEtCitrons)

Au retour nous nous arrêtons dans une Poncha, sur la route entre Sao Vicente et Ribeira Brava. C’est un établissement fréquenté par la jeunesse de Madère qui se retrouve là pour boire la poncha, une boisson à base de rhum, de citrons et d’oranges pressés et de miel. C’est délicieux. Jacques nous fait remarquer que les jeunes qui ont passé ici une grande partie de l'après-midi à boire la poncha sont certainement alcoolisés, mais pas avinés. Tout le monde se tient bien.

Ensuite Bobby nous reçoit somptueusement dans son appartement à Ribeira Brava d’où on a une vue superbe sur la mer et la montagne. Nous lui rendons son invitation quelques jours après sur Harmonie. Françoise déploie tout son savoir faire derrière ses fourneaux.

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16 mars 2008 7 16 /03 /mars /2008 01:17

Fin d'hiver à Madère

 

 

La semaine avec les Womcoco

Fin février nous accueillons nos amis du bateau Womcoco : Patrick, Isabelle et Maelys. Ils viennent passer une semaine sur Harmonie. Le programme pour les invités est maintenant rodé. Visite de Funchal avec  ses rues typiques et son marché, ses parcs bien entretenus, ballade jusqu’au quartier Monte auquel on accède par le téléphérique pour la visite optionnelle du jardin botanique, de l’église Nossa Senhora puis redescente dans les rues en forte pente en « carro de cesto » qui est une sorte de banquette en osier glissant sur des patins en bois et retenue par deux hommes habillés de blanc et portant un canotier. Sensations garanties dans les virages. Cette attraction touristique est issue d’une vielle pratique des habitants de Funchal qui redescendaient ainsi de Monte après y être parvenu dans un hamac tendu sur une perche portée par les mêmes hommes en blanc.  

 



 












 















 




 























 

 



 


















































Ensuite soirée Fado chez Marcellino ; les soirée du WE sont préférables à celle du milieu de semaine : plus de monde, plus de chanteurs, plus d’ambiance.

 

Après Funchal, navigation jusqu’à Calheta. Départ par petit temps et arrivée par force 6. Je m’inquiète en route de savoir si l’entrée étroite du port avec son virage à angle droit sera praticable avec ce vent qui retourne les branches des cocotiers comme les baleines d’un parapluie. Mais ça passe, la force du vent de nord ouest est affaiblie à l’approche du port par la présence de la montagne.

Suite du programme : location d’une voiture pour rejoindre la levada de Norte. Il fait beau à Calheta au bord de la mer mais comment sera le temps en montagne ?

La réponse arrive au fur et à mesure que nous avançons sur la route en lacet qui mène à Rabaçal : la vue est bouchée, le sommet de la montagne est dans les nuages. Demi tour donc pour rattraper une autre route menant sur le versant sud toujours plus ensoleillé. Nous retrouvons le beau temps à Ponta do Sol où nous faisons la découverte de nouvelles levadas. Nous laissons la voiture sur le bord de la route et empruntons la levada de Nova.

Au début la marche est facile mais après un ou deux kilomètres la levada côtoie des précipices tellement dangereux que je n’ose pas marcher sur le rebord en ciment. J’avance en traînant les pieds carrément dans le canal qui charrie heureusement peu d’eau à ce moment là. La honte pour moi, Françoise et les Womcoco marchent sur le rebord sans avoir le vertige ! 


 






















Arrivés au ruisseau qui alimente la levada Nova nous repassons sur une autre levada située une soixantaine de mètres plus bas, le Moinho qui nous ramène à Ponta do Sol. Il est équipé, lui, de rambardes de protection dans les passages difficiles. Il chemine jusqu’à la chapelle Esperito Santo devant laquelle nous pique niquons avant de reprendre la voiture pour faire le tour de l’île.

Nous rencontrons des paysages magnifiques, des routes vertigineuses qui nous mènent à Sao Vicente, Porto Moniz, Jardim do mar avant de rentrer à Calheta.

Les jours suivants, nous faisons encore quelques ballades à pied autour de Calheta et visitons sa rhumerie. Je suis devenu amateur du rhum de Madère et les apéros ti-punch se succèdent à bord.

Nous louons à nouveau une voiture pour poursuivre la visite de l'île. Cette fois la montagne est dégagée et nous livre ses panoramas à couper le souffle. Nous pique niquons sur la levada Norte, visitons Santana, faisons un bout de chemin sur la levada de Caniçal avant de rentrer à Calheta.


La semaine se termine déjà. Les Womcoco nous quittent pour rentrer à Rennes.


rhumerie.JPG












Rhumerie de Calheta
































Location voiture environ 30€/jour

Vie paisible à Calheta

Nous reprenons nos habitudes paisibles bien que sportives : ballades autour de Calheta, promenade sur la levada Nova (section de Calheta à Prazère) que nous rejoignons en taxi, le retour se faisant en bus. Une autre fois nous grimpons la montagne à pied pour atteindre la levada à hauteur d’Arco de Calheta. Cela représente environ 5 Kms de côtes et 700m de dénivelé depuis le bord de mer. Nous suivons ensuite la levada sur une dizaine de kilomètres de marche à plat avant de la quitter pour redescendre sur Calheta ce qui représente 4 Kms supplémentaires. Une ballade comme celle là occupe toute l’après midi. 
Nous relisons aussi les écrits des navigateurs qui nous ont précédé à Madère.
Nous battons le record de durée d’escale. En général les équipages des bateaux restent peu de temps ici. Il passent vite, leur objectif étant d’arriver rapidement de l’autre coté de l’Atlantique. C'est dommage. 

Sur la plage de Calheta la température de l’eau est de plus en plus agréable et je me baigne de plus en plus souvent. Je longe la jetée de la plage avec masque et tuba pour apercevoir les poissons qui vivent là. Il y en a peu, surtout des mulets et des saupes. Quand je passe près d’eux je mime de les viser avec un fusil harpon mais je n’ose pas amener le mien ici, je ne sais pas si c’est autorisé, personne ne le fait.

Le bus

Un après midi nous décidons de faire une visite en bus à Funchal pour voir un peu de monde et rompre avec la tranquillité de Calheta. L’aller est assez rapide : une heure mais le retour est terrible : le bus passe par tous les petits villages de montagne qui bordent la côte. Le chauffeur est sans doute pressé de finir sa journée. Il roule à fond sur les routes étroites qui bordent les précipices. Il accélère dans les descentes. Le moindre pépin technique ou une voiture qui vient en face et c’est le ravin à pic de plusieurs centaines de mètres qui nous attend. Je me dis en me cramponnant au siège que si on bascule, on aura largement le temps de faire ses prières et de revoir le film de sa vie avant de s’écrabouiller en bas !
J’ai à nouveau l’impression, comme il y a quelques années au Cap Vert, que la partie la plus dangereuse de notre voyage se situe dans ces moments là.

Le Web

A Calheta nous vivons au rythme de la qualité de la liaison wifi, tantôt la liaison est bonne entre le bateau et la borne gratuite du port, tantôt elle s’interrompt.

Quand elle marche, cela veut dire pour nous, Web disponible depuis Harmonie donc surf sur le net, accès aux sites d’infos, aux forums bateau, aux messageries, au téléphone Skype presque gratuit pour joindre le monde entier et aussi écoute des radios françaises. Toutes les infos du monde nous parviennent ainsi directement. Seule la télévision ne passe pas mais elle ne nous manque pas du tout. Avec la radio nous sommes entraînés dans les sujets médiatiques qui occupent la France – Les élections municipales – Le boycotte ou pas des jeux olympiques à Pékin  - etc…

Quand la liaison ne marche pas nous passons à la lecture. Nous nous retrouvons  alors coupés du monde, sans infos, mais on vit ainsi très bien dans le petit monde privilégié qui nous entoure ici à Calheta, sans crises, sans violence.

Ambiance années cinquante et soixante

A Calheta je ressens parfois des ambiances qui viennent de mon enfance, celle des années cinquante et soixante dans les villages de France. Quand je marche le long des petites parcelles de terre cultivées à la bêche ou quand je croise des paysans la serpe en équilibre sur l’épaule j’ai l’impression de revenir de nombreuses années en arrière et de revoir mon grand père qui était cultivateur et qui travaillait aussi sur des terrains en pente peu accessibles. A Madère il n’y a pas de tracteurs ni de motoculteurs, tout est en trop forte déclivité, l’agriculture reste très manuelle.

Je retrouve aussi l’atmosphère des dimanches de ma jeunesse, celle de l’époque où la journée commençait par la grand messe. La pratique religieuse est restée forte à Madère. Les gens s’habillent « en dimanche » pour aller à l’église et la dévotion concerne encore toutes les générations comme je l’ai dit plus haut. Les curés sont encore nombreux. A Calheta j’en ai vu deux sortant d’un office qu’ils venaient de célébrer en duo. En France cela serait du luxe. Dans les villages français le curé ne vient que tous les 5 ou 6 dimanches en fonction du nombre des paroisses qu’il gère.
Pour Pâques le chemin qui mène à l’église était décoré, jonché de végétaux et de pétales de fleurs. Je n’avais pas vu cela depuis longtemps. L’église elle-même est parfaitement entretenue, le parquet est ciré. Pas un brin de poussière !

J’ai l’impression que la morale religieuse a encore une grande influence sur les gens autour de nous. Le respect d’autrui et la gentillesse semblent toujours être des valeurs fortes.

Comme par ailleurs il n’y a jamais eu ni esclavage ni aucune immigration à Madère, exceptée celle des touristes anglais et allemands, il n’existe pas ici de banlieues défavorisées et aigries. Il n’y a pas de tension entre les gens dans les rues, pas de crainte d’agression, pas de risque de vol sur les bateaux. On va en ballade sans prendre le soin de cadenasser les hublots d’Harmonie.
Un Madérien avec qui je discutais récemment m’a posé au bout de quelques minutes des questions sur la France et m’a avoué son grand étonnement sur ce qu’il a vu l’an passé à la télévision portugaise : des images de voitures brûlées en France, de jeunes révoltés, haineux envers la société.  Il en a été épouvanté. Cela dépasse sa compréhension. J’ai essayé de lui dire que le phénomène était limité mais je crains que ces images qui ont fait le tour du monde ne collent encore longtemps à la peau des français. Il a conclu avec humour en disant qu’il espérait que cette mode des jeunes qu’il a vu a la télé et qui portent leur casquette à l’envers n’arriverait pas jusqu’à Madère. J’ai rigolé.

Rencontre en cours de route

Un jour alors que nous rentrons d’une ballade à pied sur une petite route de montagne, une camionnette s’arrête à ma hauteur. Le chauffeur ouvre sa vitre. Je me dis « Qu’est-ce qu’il peut bien vouloir ? » Il me pose la question suivante : « English or Deutch ? » Je répond « French » et alors commence au milieu de la route une conversation moitié en anglais moitié en français. Il me raconte sa vie. Son frère a vécu en France longtemps et lui-même y est venu pour faire les vendanges. Il a travaillé un peu partout et maintenant il est rentré à Madère. Il me parle de son île. Il me dit que Madère vis-à-vis du Portugal, c’est comme la Corse vis-à-vis de France, c’est une île et ce sont les madériens qui y font la loi, pas les décideurs de Lisbonne ! Il est aussi très content de l’Europe qui a apporté plein de sous.

De mon coté je lui dis que j’aime beaucoup son île, qu’elle est très belle mais que je ne suis que de passage. Je ne pourrais jamais vivre sur une île. Je trouve cela trop petit. A long terme j’aurais l’impression de manquer d’espace. Il me demande où j’habite. Je ne sais pas trop quoi lui répondre et je finis par dire « sur mon bateau ». Et en France tu habites où ? Je lui indique que j’ai habité longtemps en île de France mais que ce n’est pas une île. Il le savait. Il aime bien la France, la campagne plus que les villes. Je lui réponds que la campagne manque de bleu, qu’elle est supportable seulement quand elle possède un bord de mer.
Et puis au bout de cinq minutes il reprend sa route. Il s’est arrêté seulement pour le plaisir de faire la conversation. On ne se connaît pas et on ne se reverra pas, pourtant on s’est dit des choses personnelles. Etonnant.

Quelques lignes sur les pêcheurs professionnels

Bon d’accord, ces gens là font un métier très dur et parfois dangereux. Ils vont sur la mer pour gagner leur vie et non pas pour se promener contrairement à nous les plaisanciers. Ils affrontent le mauvais temps, ils travaillent au milieu des odeurs de gasoil et de poisson dans un environnement toujours en mouvement. Leur vie professionnelle n’est pas toujours drôle.

Coté positif, il leur arrive de sauver de la noyade des plaisanciers ou des coureurs au large qui ont fait naufrage. Il faut les remercier pour cela.

Ce n’est pas une raison pour qu’ils se croient seuls sur la mer et ne tiennent pas compte des bateaux qui circulent autour d’eux. Quand ils sont en pêche ils ne s’occupent plus que de leur filet. Je pense qu’ils lâchent souvent la barre pour la confier à un pilote automatique et ne reviennent au poste de pilotage que pendant de courts  instants pour manœuvrer par rapport au chalut qu’ils traînent. Ils accélèrent, stoppent, tournent sans préavis et sans regarder autour d’eux. La conduite  de leur bateau de pêche se trouve ainsi souvent sans surveillance, elle devient erratique, incompréhensible pour le navigateur qui se trouve en face. Les règles de priorité deviennent inapplicables. La seule conduite à tenir face à un bateau en pêche et de changer de cap pour s’éloigner. C’est assez facile à faire par un bateau de plaisance, bien que cela oblige à manœuvrer quelquefois en catastrophe, mais pas par un cargo. Je ne suis donc pas étonné du nombre de collisions qui existent entre les bateaux de pêche et les cargos. Quand une telle collision se produit et que le bateau de pêche fait naufrage, il faut plaindre les pêcheurs mais pas forcément donner tort à l’équipage du cargo. 
























Tous les pêcheurs du monde se ressemblent. Pas seulement dans la conduite de leur bateau mais aussi dans la façon de polluer autour d’eux. Ici à Calheta, je fais les mêmes constatations qu’à Nazaré. Près du ponton qui leur est réservé, on peut voir flotter toutes sortes de détritus au milieu d’une nappe de gasoil. On les voit balancer leurs saloperies dans le port alors que nous, sur un ponton situé à 50m du leur, on met les nôtres en sac et on les porte à la poubelle.

Enfin et surtout, le reproche principal que je leur fais, c’est de vider les fonds marins plus rapidement que ceux-ci ne peuvent se reconstituer. Les poissons sont pêchés bien trop massivement, non seulement pour être consommés mais aussi pour être transformés en nourriture pour animaux et en engrais. Si la tendance ne s’inverse pas il n’y aura bientôt plus de possibilité de pêche pour personne.

Voila, c’était mon billet d’humeur.

Le prédateur

Depuis que nous sommes entrés dans le mois d’avril, je me baigne de plus en plus souvent. La température de l’eau de mer est devenue agréable, autour de 17°.
En longeant en snorkeling la jetée de la plage j’aperçois toujours les mulets et les saupes qui broutent l’herbe des rochers. Ils ont l’air peu farouches et font semblant de m’ignorer. Je leur dit : « Ah mes cocos, prochainement je vais vous faire une belle surprise ! »

De retour au bateau, je sors de son sac le matériel de chasse qui n’avait plus été déballé depuis notre retour des Antilles en 2002. Le vieux fusil de chasse sous marine est toujours opérationnel,  la combinaison shorty commence à être un peu juste à la taille mais je rentre dedans, la ceinture de plombs ferme toujours. Les palmes vont encore. C’est décidé, demain je chasse.

Le lendemain je m’équipe rapidement sur la plage et je me jette à l’eau. J’avance silencieusement le long des rochers, le fusil en avant prêt à tirer sur toute bête à écailles qui semblerait consommable. Je laisse de coté les poissons multicolores d’aquarium, trop petits, trop beaux. Je recherche les mulets. Ils sont là mais dès que j’apparais, c’est la débandade. Ils foncent dans toutes les directions. Ils se sont sans doute aperçus que j’avais l’œil mauvais. J’en poursuis un qui va se cacher dans les rochers, puis un autre qui nage en zigzag exprès pour m’empêcher de viser. Je tire une flèche mais elle va se planter dans le sable. Ma technique n’est pas très au point.

Je refais un tour pour laisser au troupeau le temps de se rassembler et de recommencer à brouter. J’approche à nouveau doucement. J’ai dans ces moments là un instinct de tueur. Je tire et ce coup-ci, j’en transperce un. Il se débat et gigote au bout de ma flèche qui lui traverse le ventre. J’ai semé la panique parmi ses petits copains et c’est le seul mulet que je ramène au bateau. Il est écaillé, vidé et cuit immédiatement à la poêle pour me rendre compte de son goût. Pas mauvais du tout. Un poisson est toujours meilleur quand on l’a pêché soi même.
Il y a dans le port beaucoup de mulets qui vivent là et qui viennent se promener sous Harmonie, mais je n’ai pas envie de les pourchasser. La nourriture qu’ils trouvent dans le port ne m’inspire pas confiance. Par contre ceux qui vivent près de la jetée de la plage me semblent bénéficier d’une nourriture saine et tout à fait équilibrée avec ce qui faut de protides et de lipides ! Je retourne donc les voir le jour suivant. Je retrouve facilement les congénères de celui que j’ai pêché. Ils ont l’air de l’avoir complètement oublié. J’en ramène trois au bout de mes flèches dont un de taille convenable.
Je me dis que mourir transpercé d’une flèche est une mort atroce. Elle est lente. Je dois ressortir la flèche du ventre du poisson alors qu’il est toujours vivant, puis je le laisse crever dans un sac. Je n’ai pas d’outils pour l’assommer. Il saute encore quelques minutes avant de rendre le dernier soupir. J’allais écrire rendre l’âme mais je crois qu’il a été prouvé dans des études sérieuses que les poissons n’ont pas d’âme ! Ne croyez pas que je m’apitoie sur les poissons que je chasse. Ce que j’ai sous les yeux au bout de mon fusil n’est jamais un gentil poisson mais seulement une friture potentielle. A l’opposé, quand je suis en ballade entre les rochers, sans fusil, avec simplement les palmes, le masque et le tuba, je regarde évoluer tout ce petit monde sous marin, j’admire les formes et les couleurs des poissons, je cherche à les identifier, j’observe leur mode de vie, la manière dont ils se déplacent à l’intérieur du banc où la façon dont ils se nourrissent. Je les trouve attendrissant. Mais quand j’ai un fusil à la main je deviens un autre homme, un prédateur. Je deviens barbare !


La cambuse

 

 





























Je ne vous parle pas souvent de la cambuse, c’est le domaine de Françoise. Mais aujourd’hui le pain sentait tellement bon en cuisant dans le four que l’ai pris en photo à la sortie.

D’une manière générale notre nourriture est confectionnée à bord. Elle est meilleure plus saine et moins chère que dans le commerce. Françoise n’utilise pas de conservateurs et elle n’achète que des produits de base de qualité. Je peux citer parmi les plats qu’elle fabrique régulièrement à bord, le pain, les yaourts et le fromage blanc, la confiture - à la banane, à la mangue, à la figue - les pâtés, les gâteaux de toutes sortes - moelleux au chocolat, au pommes, cakes, pain d’épices, tartes - et aussi les quiches, la tourte aux pommes de terre, les plats exotiques - poulet à la noix de coco, chili con carne, curry d’agneau, de porc, etc…

Si un jour vous montez à bord, vous pourrez goûter tout cela.

En cadeau, voici quelques lignes écrites par Françoise. Elle explique comment elle confectionne son pain :

Le pain (550g)

Quoi de plus agréable que de manger un bon pain fait maison. Il m’a fallu un certain temps avant d’obtenir un pain toujours réussi et qui fait l’unanimité. Il est très facile à faire en 30 mn environ.  Je vous donne la recette. Vous avez toutes les chances de faire plaisir autour de vous en confectionnant ce pain.

Ingrédients :
300g de farine type 55

25cl d’eau  environ

1 cuillère à café de sel
1 sachet de levure de boulangerie lyophilisée

Mettre la farine dans un récipient, creuser le centre et ajouter le sel, joindre la levure avec 25 cl d’eau chaude. Mélanger. Il est important de bien mélanger jusqu’à obtenir une pâte ferme.
Fariner le moule et le bloc de pâte obtenu, déposer la pâte dans le moule. J’utilise un moule flexible Tupperware 23x13cm.

Le point technique important est de procéder ensuite en deux temps : levage de la pâte puis cuisson.
Lever la pâte au micro ondes 2 minutes à la puissance de 90W.
Quand la pâte est levée, c'est-à-dire quand elle est montée jusqu’au rebord du moule, vous pouvez passer à la cuisson proprement dite.
Sortir donc le moule du micro ondes et le mettre au four. Faire cuire à 250°, environ 30 mn selon la puissance de votre four. Démouler et laisser refroidir. Le pain ne rassît pas. Conservation : 5 à 6 jours. Déguster, c’est comme du gâteau.

 

                       























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12 février 2008 2 12 /02 /février /2008 20:19

Entre France et Madère

 
Nous prenons nos quartiers d’hiver
La vie au ponton
Nous sommes tellement bien arrimés au ponton B de Calheta depuis que nous y sommes arrivés le mercredi 21 novembre 2007 que l’idée de larguer les amarres pour faire un petit tour en mer ne nous vient même pas à l’esprit. D’ailleurs il y a peu de bateau qui naviguent le long des côtes de Madère à cette époque de l’année.
Les journées passent vite, un petit peu d’Internet le matin, deux trois courses à la supérette Pingo Doce, quelques ballades autour de Calheta l’après midi, une sieste, un soupçon d’entretien du bateau et la journée est déjà finie. La vie s’écoule tranquillement sous le ciel bleu de Madère. Un Madérien à qui je demande comment évolue le climat en hiver me répond : « je porte une chemisette toute l’année, je ne mets jamais de pull, ni de veste, ni de blouson sauf quand je vais en montagne ou en mer ! »



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Notre projet est de participer au rallye des Îles du Soleil qui partira de la marina Quinta do Lorde à Madère et nous emmènera dans une aventure de six mois, d’octobre 2008 à avril 2009, vers les Canaries, le Sénégal, les îles du Cap Vert avant de traverser l’Atlantique pour rejoindre le Brésil à Salvador de Bahia où nous assisterons au carnaval. Nous longerons ensuite les côtes brésiliennes jusqu’à l’embouchure de l’Amazone et remonterons ce fleuve, qui est le plus puissant du monde, sur plus de 1000 Kms.
Mais pour participer à ce rallye, il faut s’inscrire – le coût de l’inscription est important, plus de 6000€ - et amasser une quantité de renseignements nécessaires à la préparation du bateau et de l’équipage.
Nous décidons donc de rentrer en France par avion avec trois objectifs :
- Visiter le salon nautique pour y rencontrer les organisateurs du rallye des Îles du soleil et nous inscrire.
- Faire réopérer mon doigt qui n'est plus très mobile depuis que je l'ai coincé dans le mécanisme de quille de mon bateau en début d'année.
- Passer les fêtes de fin d’année en famille. 
Un mois en France
La première semaine se passe à Paris. Le temps maussade du début du mois de décembre nous oblige à remettre les pulls, chaussettes, blousons que nous avions abandonnés depuis longtemps.
Nous établissons notre camp de base chez nos amis Alain et Sabine, qui nous accueillent superbement. Ils nous hébergent pendant une semaine dans leur appartement ce qui nous permet de nous rendre au salon nautique plusieurs jours de suite. Alain pendant ses loisirs est moniteur de plongée et aussi grand collectionneur de cartels sujet sur lequel il est intarissable.
Au salon de la navigation nous rencontrons le nouvel organisateur du rallye des Îles du soleil. C’est un homme de poids, dans les deux sens du terme comme dit ma copine Micheyle. Il dirige le rallye en cours – édition 2007/2008 – tout en s’occupant de trouver des clients, comme moi, pour l’édition suivante. Après une soirée Ti-punch passée sur son stand en compagnie de plaisanciers qui ont déjà participé à cette aventure dans les années précédentes, nous confirmons notre inscription.
La suite de la visite du salon est consacrée au repérage des matériels obligatoires pour participer au rallye : une balise de détresse émettrice 406 Mhz avec système de localisation par satellite et une VHF portable qui viendra s’ajouter à la VHF fixe déjà présente sur Harmonie. Il sera ainsi possible d’établir des liaisons faciles terre bateau lorsque l’un d’entre nous descend à terre et que l’autre reste sur le bateau.

Pendant notre séjour parisien nous retrouvons avec plaisir quelques uns de nos amis autour de bonnes tables. En premier lieu Pierre Yves et Annie dans un restaurant Pakistanais. Nous parlons avec eux de leur nouveau bateau, de leurs navigations en Méditerranée et un petit peu de notre passé professionnel qui s’est déroulé dans la même entreprise. 
Puis nous rencontrons Micheyle et Vincent dans un restaurant de la rue Cambon qui, entre autres, sert des huîtres à volonté. J’en commande une douzaine avant de déguster le plat principal, un excellent châteaubriant accompagné d’un bon vin que Vincent a choisi en connaisseur. Micheyle commande des huîtres à titre de plat principal et unique. Le serveur lui apporte un immense plateau avec une expression du visage ayant l’air de dire « voila ma petite dame, avec cela vous allez en avoir pour un moment, je parie que vous n’arriverez pas au bout ! ». Vincent compte les huîtres sur le plateau, il y en a soixante. Nous discutons agréablement de nos projets tout en déjeunant. Le sujet de la conversation tourne autour du rallye des Îles du Soleil et de la remontée de l’Amazone. Micheyle et Vincent nous accompagneront dans cette partie du programme. Tout en discutant tranquillement, Micheyle déguste son plateau d’huîtres. Je savais qu’elle faisait une grande consommation de ces mollusques bivalves mais je ne l’avais pas encore vu à l’œuvre. Je ne vous décris pas la tête du serveur quand elle lui a demandé d’apporter un second plateau identique ! Il devait se demander si c’était une blague, un concours Guinness ou  une folle!
Le second plateau de soixante huîtres est arrivé et a été avalé au même rythme que le premier.
Vincent nous a expliqué que Micheyle consomme en moyenne 2500 huîtres par an.
 
Ensuite Jean Pierre et Simone nous reçoivent chez eux. Je me souviendrai longtemps de l’excellente tagine que Simone nous a préparée. Jean Pierre est aussi un ancien collègue ainsi qu’un navigateur avec qui nous avons fait une croisière remarquable aux Antilles il y a bien longtemps, celle qu m’a révélé le goût pour les navigations sous les tropiques. Nous convenons de nous revoir à Madère prochainement.
 
La seconde partie du séjour est moins réjouissante : opération du médius de la main gauche pour lui redonner plus de mobilité après l’accident de janvier 2007. J’espère que cette opération aura servi à quelque chose. Je n’en suis pas certain, la motricité de mon doigt ne semble guère améliorée pour l’instant. Peut être est-ce affaire de patience et d’exercices réguliers ?
 
Troisième partie du programme : les fêtes de fin d’année en famille, dans l’Eure pour Noël et en Lorraine pour le nouvel an. Accueil chaleureux qui compense la froideur du climat de ces régions. Nous enregistrons des -8°. Le foie gras à répétition, les filets de bœuf succulents, les huîtres, les bûches de Noël, le champagne à flot et le gris de Toul (le vin de mon adolescence) nous apportent non seulement les calories nécessaires pour tenir le coup pendant la durée de notre séjour, mais aussi celles superflues que nous allons ramener à Madère. C’est donc avec de nouveaux kilos en trop et un programme de footing que je reprends la direction de Funchal via Lisbonne. 
Nous avons retrouvé beaucoup de visages amis pendant tout ce mois passé en France. Nous espérons revoir certains d’entre eux sur notre bateau dans les semaines qui viennent. 
Retour à Calheta
Après un vol sans histoires nous atterrissons à Funchal et prenons un taxi pour Calheta. C’est un moyen onéreux mais indispensable pour transporter nos sacs lourds de tout le matériel acheté en France. Nous approchons de la marina avec une certaine appréhension après un mois d’absence. Il y a toujours le risque que quelque chose soit arrivé au bateau.
Ce n’est pas tant le vol que nous craignons. A Madère nous n’avons constaté aucune forme de délinquance ni d’incivilité, comme on dit. Les petits larcins, les dégradations de matériel publiques, les tags ne font pas partie du paysage. Ce que nous craignons c’est la houle qui a pu secouer durement notre bateau pendant notre absence.
En débarquant du taxi nous constatons que le bateau n’est pas à sa place. Bigre ! Un rapide coup d’œil circulaire et je l’aperçois au bout d’un autre ponton. Il a été déplacé. Je m’avance rapidement pour voir si tout est en ordre. Il est mal amarré. Un cordage est en lambeaux, sur le point de céder. Les tuyaux de protection des amarres que j’avais installé n’ont pas été remis en place. Tous les cordages qui retiennent Harmonie ont frotté durement sur les taquets et sont élimés. Heureusement la coque n’a pas cogné.
Je me rends aussitôt au bureau du port pour avoir une explication. La jeune préposée de la réception m’accueille toute contente que je sois revenu. Elle me dit tout sourire : « Vous êtes le propriétaire d’Harmonie. Votre bateau a bien été surveillé pendant votre absence. Le taquet sur lequel il était amarré a cédé sous la houle et les employés de la marina ont aussitôt déplacé votre bateau pour le mettre en sécurité »
Devant tant de candeur je ne lui dis pas que ces employés ont bâclé l’amarrage de mon bateau. 
Décorations de Noël, ciel bleu, 25°
Janvier ici ressemble au printemps de la France ou plutôt au printemps du sud-est de la France. L’air est pur et le soleil réchauffe bien. Le temps est propice aux grandes ballades.
Les décorations de Noël sont toujours en place. Devant la plage de Calheta une magnifique crèche grandeur nature a été installée. Des personnages richement habillés, la Sainte Vierge les Rois Mages, veillent Jésus. Des chants de Noël sont diffusés par un haut parleur. Tout cela est offert aux yeux du public jour et nuit sans surveillance particulière.

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Je prends contact avec le petit shipchandler de Calheta pour avoir un devis d’installation d’un enrouleur de trinquette. Il m’oriente vers la société ANB qui est concessionnaire Yamaha à Funchal. Les contacts avec son représentant, Gonçalo Olim sont cordiaux. Il est très serviable. J’espère que sa compétence sera à la hauteur.
 
Pour varier le rythme des journées à Calheta nous louons une voiture pour nous rendre au départ de la lévada do Risco et de la levada das 25 fontes. Elles mènent à des chutes d’eau spectaculaires. Les levadas sont plates comme je l’ai dit précédemment mais pour les atteindre, il faut passer par des sentiers pentus. Après 3 heures de marche nous sommes de retour, exténués, au parking où nous avons laissé la voiture. Nous finissons l’après midi à Funchal. Sur le port nous redécouvrons la trace de notre passage en 2001, un simple drapeau français peint sur le mur de la jetée sur lequel nous avions inscrit nos noms en compagnie de ceux de nos amis des bateaux Sirius II et Océane.
Trois bateaux sont amarrés au ponton visiteur et parmi eux un bateau belge, Pirlouit. Nous nous approchons et aussitôt nous sommes invités à bord par Alain et Anne Moerenhout qui en sont à leur deuxième tour de l’Atlantique. Ils ont la particularité de posséder trois bateaux. Celui sur lequel ils naviguent sera bientôt en vente. Ils rejoignent le Cap Vert où est amarré le dernier bateau qu’ils ont acheté, une goélette de 18m construite en 1981. Ils nous expliquent qu’ils fuient le temps gris et la vie trop stressante de la Belgique mais qu’ils trouvent le coût de la vie à Madère très élevé. Alain vient d’acheter quelques fruits pour plus cher qu’un cornet de frites, me dit-il !
Une semaine avec nos amis Jean Pierre et Simone
La semaine qui suit est agrémentée par la visite de nos amis Jean Pierre et Simone LBH qui viennent passer quelques jours sur notre bateau. Leur arrivée coïncide avec la période du carnaval de Funchal. Nous admirons le défilé sous une pluie battante, la première depuis des semaines. C’est dommage pour toutes les jeunes filles de Madère qui défilent en tenue légère. Nous rentrons nous aussi trempés à Calheta.

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Le lendemain nous nous visitons le centre de l’île avec une voiture de location. Nous empruntons des routes escarpées. Les précipices sont tellement profonds qu’ils me donnent le vertige. Je ne suis pas rassuré en conduisant et encore moins quand c’est un autre qui conduit !
Nous laissons la voiture pour nous promener à pied sur des levadas qui côtoient des paysages particulièrement magnifiques ; celle do Paul qui longe la côte sud de Madère et celle de Norte qui chemine dans la montagne.

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Nous finissons la journée par la visite du cap Girao, une falaise à pic haute de 500m. Je m’accroche de toutes mes forces à la rambarde de protection !

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Le jour suivant nous escaladons la montagne qui surplombe la baie de Calheta par un petit sentier sinueux qui se trouve à la sortie de la marina. Nous gagnons le haut du bourg pour retrouver la route en lacets qui nous redescend vers le centre ville. Nous longeons de toutes petites bananeraies cultivées à flanc de montagne où la terre est soutenue par des murets de pierres. Les bananiers sont plantés très serrés et irrigués par des canaux provenant des levadas. Eau et soleil, le rendement doit être très bon. La banane est la culture la plus importante de Madère.

 
Les maisons qui bordent la route sont construites sur des a pics invraisemblables. La route elle-même côtoie le précipice sans rambarde de protection. Je ne pourrais ni vivre dans ce type d’habitat au dessus du vide, ni conduire sur ces routes si dangereuses. Les habitants de Madère semblent s’y être bien habitués. Ils ont été obligés au fil des siècles de composer avec les caractéristiques de leur île montagneuse où il n’y a pas un are de surface plane, que ce soit pour bâtir leur maison, pour édifier leurs champs, pour construire les levadas et les routes.

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En route pour Funchal
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Après ces journées consacrées à la marche, nous décidons avec nos amis de faire une petite ballade en bateau de quinze milles qui nous mène de la marina de Calheta à celle de Funchal. Nous nous amarrons en face du drapeau bleu blanc rouge peint en 2001 sur la jetée et y ajoutons la trace de notre passage en 2008.

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La marina est toute proche du centre de Funchal. Nous sillonnons les rues à la recherche de tous les détails qui caractérisent la culture portugaise : les azulejos, les trottoirs pavés, les maisons en pierre de lave, les églises.



















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Nous prenons le téléphérique qui conduit au jardin botanique, écoutons du Fado en dégustant une sangria chez Marcelino et testons quelques bons restaurants.
La gentillesse des habitants est extraordinaire, que ce soit celle d’un chauffeur de bus qui prend le temps de bien nous renseigner, ou celle des commerçants qui font l’effort de nous parler en français.
Nous faisons des comparaisons entre la qualité de la vie qu’on peut mener à Funchal par rapport à celle des grandes villes françaises. Je vous invite à venir à Madère pour bâtir votre propre opinion.
 
Photos du jardin botanique
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Photos du marché de Funchal

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A la fin du séjour de nos amis nous louons une voiture pour terminer la visite de Madère. Nous empruntons les routes escarpées qui font le tour de l’île. Nous admirons les multiples curiosités de la côte : les petites maisons de Santana, les piscines naturelles de Porto Moniz, les levadas qui partent de Ribeiro Frio.

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Le passage de Tupa
Quelques jours après le départ de nos amis, le bateau brésilien Tupa qui était resté à la marina Quinta de Lorde depuis le mois de novembre vient s’amarrer à couple d’Harmonie. J’ai parlé de ce bateau dans le chapitre précédent. C’est une goélette qui a été construite artisanalement sur une plage au Brésil et a traversé l’Atlantique jusqu’au Havre dans le cadre de l’année du Brésil. Son propriétaire Cyril Peltier la reconduit par étapes au Brésil. Il nous fait lire un petit article paru dans Voiles et voiliers de février 2008 qui explique l’originalité de la construction de son bateau.
Nous passons avec lui et son équipage une bonne soirée sur Harmonie. Nous leur faisons connaître un rhum de Madère qui est d’excellente qualité et très parfumé, l’aguardente de cana, rum agricola da Madeira, Calheta, 50% vol.
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  • : Voyage en bateau, de ports en ports. "Le voyage pour moi, ce n'est pas arriver, c'est partir. C'est l'imprévu de la prochaine escale, c'est le désir jamais comblé de connaître sans cesse autre chose, c'est demain, éternellement demain." (Roland Dorgelès)
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