Jeudi 13 novembre 2008 4 13 /11 /Nov /2008 16:26
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Retour aux Canaries (suite)

 

 

































    

        

El Hierro


De toutes les îles Canaries, El Hierro est la plus au sud, donc facile à atteindre avec les vents dominants de nord mais aussi difficile à quitter si l’on retourne vers le nord parce qu’il faut alors remonter contre le vent. Pour cette raison elle est délaissée par les plaisanciers, même par ceux qui descendent vers les îles du Cap Vert car elle n’est pas équipée pour réaliser un grand avitaillement et faire le plein de gasoil.

Après La Graciosa, Lanzarote, Fuerteventura, Gran Canaria, Tenerife, La Gomera et La Palma, il n’y a plus qu’El Hierro que nous ne connaissons pas. La visite s’impose. Nous partons le vendredi 7 novembre 2008 de Valle del Gran Rey sur la Gomera vers El Hierro pour une navigation de 35 milles sans histoires et sans vent, au moteur, avec une houle de 2m. Elle nous amène à Puerto de La Estaca qu’on peut appeler aussi port de l’arnaque : pas de pontons, un quai alvéolé en béton nécessitant de sortir tous les pare battage pour ne pas frotter la coque du bateau contre le béton, pas d’électricité, pas d’eau, pas d’échelles en nombre suffisant pour monter sur le quai et le tout à 20€ par jour. Cela mérite d’être dit et colporté. D’ailleurs je ne me prive pas de le faire savoir à l’employé de la Policia locale qui est aussi chargé d’encaisser mon droit de passage. Mais ce n’est pas lui le décideur. Je peux simplement espérer qu’il le répète à son tour à ses chefs. Si vous venez un jour à El Hierro, ne passez pas par Puerto de La Estaca même si ce port est le plus important de l’île et le plus proche de la capitale Valverde.
Peu de plaisanciers passent par Puerto de La Estaca. Nous ne sommes que 4 bateaux le long du quai. Au bout de ce quai on trouve les bureaux des lignes de ferries et un bar. C’est tout. Le patron du bar, un petit bonhomme grassouillet, n’est même pas souriant avec les clients. Quand je lui commande 3 cerveza per favor, j’ai l’impression de le déranger dans la discussion qu’il a avec quelques autres autochtones, probablement les piliers de son bar. L’absence de sourire dans les magasins et dans les cafés est un phénomène fréquent aux Canaries. Les Espagnols sont peut être trop fiers pour daigner sourire aux étrangers ! Heureusement il y a des exceptions.


Il n’y a pas d’autres commerces et peu d’habitations à Puerto de La Estaca. Cet endroit sert seulement de port de débarquement pour les ferries et d’abri pour quelques barques de pêche. Nous rentrons vite au bateau pour déguster les petits poissons péchés la veille et le bon pain frais fabriqué par Edith. Ils réconfortent nos cœurs et nos estomacs.


 
















 

 

 

 





Dès le lendemain de notre arrivée nous partons pour La Restinga, un petit port à une dizaine de milles au sud de Puerto de La Estaca. Le trajet se fait par vent faible, au portant, en longeant la côte d’El Hierro. La Restinga est équipé de pontons mais sans eau ni électricité. Il y a peu de voiliers de passage. Plusieurs écoles de plongée sont installées dans le bourg. Les fonds sous marins sont réputés et la zone côtière est classée en site protégé.


Une petite ballade de reconnaissance autour de La Restinga nous permet de découvrir à nouveau d’immenses champs de lave qui se sont jetés dans la mer en créant des grottes et des arches de pierre grandioses.

 


 













































































Nos rencontrons les équipages de deux bateaux français et convenons avec eux de louer un véhicule ensemble. Il n’y a pas de loueur à La Restinga. Il faut se rendre à Valverde la capitale de Hierro et le trajet en bus dure 45mn. Ils se chargent d’aller chercher le véhicule et l’utiliseront le premier jour, nous, le second. Cela leur évitera de la ramener à Valverde le premier soir et à nous d’aller le chercher le lendemain matin.

Charles le contrevenant et la raie manta

Le jour suivant notre arrivée, Charles se lève de bonne heure. Pris par la passion de la pêche, il s’équipe et plonge dans le port avec mon fusil harpon à la recherche des gros poissons qu’il a aperçus. Il ne tarde pas à ramener un gros sar et un poisson perroquet.

Il retourne ensuite vers le milieu du port. La scène suivante se passe au moment où encore à moitié endormi, je passe la tête en dehors de la cabine. Je le vois tirer sur une raie manta d’au moins un mètre d’envergure. C’est un poisson magnifique qui donne l’impression de voler dans l’eau avec ses grandes ailes. Je n’aurais jamais osé tirer sur une telle bête. Je vois Charles se débattre avec elle. Les nageoires de la raie apparaissent parfois hors de l’eau. Charles semble avoir des soucis à maîtriser la raie qui se débat. Il demande de l’aide. J’enfile ma combinaison et plonge dans l’eau en allant à sa rencontre pour voir ce qui se passe. Charles est en surface le fusil à la main mais le fil qui le relie au harpon a cédé sous la force de traction de la raie manta. Elle est au fond de l’eau, six mètres plus bas, avec la flèche plantée dans son dos. Elle est à l’envers, montrant son ventre blanc et sa bouche. Elle fait des tours sur elle-même pour tenter de se libérer du harpon dont le fil cassé traîne au fond. Je plonge pour attraper l’extrémité du fil et l’enrouler autour de ma main. Je remonte ensuite vers la surface en tirant sur le fil, entraînant le harpon et la raie manta derrière. Elle résiste. Je palme fort vers la surface et le harpon finit par se décrocher de la bête qui se trouve libérée. Tant mieux. Je la vois se poser sur le fond. J’espère qu’elle va survivre.

Avec Charles nous regagnons Harmonie et remontons par l’arrière. Une autre surprise nous attend. Un fonctionnaire espagnol en uniforme, chargé de la protection du site de La Restinga, se tient près du bateau et commence à nous houspiller dans sa langue. Nous ne comprenons pas grand-chose de ce qu’il nous dit. Visiblement il n’est pas content du tout et semble même méchant. Je comprends que la pêche au fusil est interdite dans le port (mais autorisée avec une canne) Le gros bonhomme en colère, suant et soufflant veut saisir le fusil et prendre nos passeports. Heureusement il n’a pas vu les deux poissons péchés ni assisté à l’épisode de la raie Mata. Je lui dis qu’il n’est pas question de lui donner le fusil ni de nous dessaisir des passeports. Il n’ose cependant pas monter à bord pour nous forcer et parle d’appeler la police. J’essaie de parler en anglais avec lui pour le calmer mais il ne comprend rien ou fait semblant de ne pas me comprendre. Charles tente de s’excuser en utilisant un petit peu de vocabulaire espagnol et en disant qu’il ne savait pas que la chasse sous marine était interdite dans le port et qu’il n’y a aucun panneau d’interdiction visible. Il ne se calme pas et répond que c’est une loi qui s’applique dans tous les ports. Un autre fonctionnaire arrive à la rescousse. Ce dernier semble plus placide que le premier et tient un appareil photo à la main. Nous acceptons qu’il prenne une photo du fusil et qu’il note le numéro de la carte d’identité de Charles. Les deux fonctionnaires finissent par partir en demandant à Charles de passer à leur bureau. Je crains qu’ils ne lui collent une amende.

Les immigrants


Le lendemain, pendant que nous nous préparons les sacs pour faire le tour de l’île en voiture, nous voyons une agitation inhabituelle se produire dans le port. Des personnels de la Croix Rouge espagnols et des policiers arrivent sur la jetée pendant que le canot de sauvetage sort en mer. Il ne tarde pas à rentrer en tirant une immense barque chargée de dizaines d’immigrants africains. Les médecins de la Croix Rouge prennent en charge immédiatement les immigrants les plus mal en point en les soignant sur le quai près des ambulances. Edith constate que plusieurs immigrants sont mis directement dans des sacs à fermeture éclair. Cela signifie qu’ils sont morts. Le calme qui règne est impressionnant. Les immigrants restent très pacifiques et attendent patiemment dans la barque que les personnels de la Croix Rouge les sortent les uns après les autres. Ce sont de jeunes hommes et des adolescents. Les badauds regardent la scène en parlant entre eux à mi voix.

Un bateau de plongée emmenant ses clients en excursion pour visiter les fonds sous marins passe devant la grande barque africaine. Le contraste est saisissant entre les jeunes africains qui viennent à la recherche d’un nouveau destin et les jeunes plongeurs européens en vacances.


























































































































































Nous apprendrons le lendemain par le journal local que les immigrants étaient 123 sur la barque longue de 28m et large de 4m, qu’ils venaient de Guinée Conakry, qu’ils avaient navigué 20 jours. Deux d’entre eux étaient morts en cours de route, une vingtaine étaient mal en point à la suite de déshydratation et d’hypothermie, le pronostic vital était réservé pour trois d’entre eux. La barque a été complètement désorientée en haute mer pendant plus d’une semaine et il est miraculeux que les immigrants aient aperçu les côtes d’ El Hierro avant qu’une tragédie majeure ne se produise à bord. Les immigrants les plus mal en point ont été transportés par hélicoptère jusqu’à l’hôpital de Tenerife. Je ne sais pas ce que sont devenus les autres.

Le tour de l’île en voiture

Après cet épisode qui nous remue et nous donne matière à réflexion, nous entreprenons la visite de l’île. El Hierro offre des paysages magnifiques, des forêts de pins et quelques genévriers – on les appelle ici des sabines - aux formes extraordinaires, complètement tordues sous l’effet du vent. Le feuillage est penché sur le coté et touche le sol pour ne pas donner de prise au vent et éviter à l’arbre d’être déraciné.

Nous longeons la côte sud sur une belle route récente, mais sans parapet, étroite, en lacet et vertigineuse. La vue est constituée de cratères dans un univers sans âme de lave noire et déchiquetée. Nous visitons le centre archéologique d’ El Juan avant de prendre une piste qui nous mène jusqu’au mirador de Bascos qui nous offre un panorama superbe sur la région d’El Golfo, environ mille mètres plus bas.

 

 

 

 

 

















































Il est presque 13h et nous nous mettons à la recherche d’un restaurant. Ils sont rares dans cette région. Une pancarte à l’entrée de Frontera nous indique la présence d’une auberge, le Joya Belgara, au bout d’un petit chemin en contre bas. Nous empruntons le chemin et nous retrouvons devant une bâtisse fermée avec une très belle vue sur la mer en contrebas. Au moment de remonter dans la voiture, une porte du restaurant s’ouvre par laquelle un grand bonhomme d’une cinquantaine d’années me demande si je suis anglais, français ou allemand. Français réponds-je !

Il s’adresse alors à nous dans un français très correct et nous indique que son établissement ouvre à 13h donc dans 10mn.

Nous attendons et à l’heure dite il nous fait entrer dans sa gargote. Nous sommes les seuls clients. La décoration est à base de plantes vertes luxuriantes, d’instruments de cuisine, de tableaux et de diverses babioles. Elle est sympathique et kitsch. Elle masque des murs dont la peinture est à rafraîchir. Le patron nous conseille sa paella qu’il cuisine à la mode catalane. Nous suivons ses conseils. L’entrée de tomates aillées sur du pain est succulente, La paella est bonne sans être extraordinaire, le désert au flan caramélisé est savoureux. Et le vin ? Très bien aussi ! Un vin d’Espagne corsé ! Nous en dégustons deux bouteilles.

 

















Après ce bon moment où nous avons piqué quelques fous rires en nous moquant de la serveuse très gentille qui semble être la femme du patron, nous reprenons notre chemin vers les miradors du centre de l’île où la montagne culmine à 1500m environ.



















Nous grimpons allégrement la route en lacets, encore sous l’influence du bon repas que nous venons de prendre, sans craindre la maréchaussée qui ici est n’est pas planquée à l’affût dans les fourrés, pour verbaliser les conducteurs à propos de leur taux d’alcoolémie ou de leur vitesse supposée excessive.

Après les 2 bouteilles de vin d’Espagne que nous avons bu à trois, j’ai sûrement un taux d’alcoolémie répréhensible, mais je roule sans excès de vitesse, avec une grande attention pour les lacets de la route et pour mes passagers. Tous mes sens sont en éveil. Je ne conduis pas dangereusement. Et merde pour la police française si elle me lit !!!! Pendant que je suis aux Canaries, je reconstitue sans risques les quatre ou cinq points du permis de conduire qu’elle m’a ôtés les uns après les autres sous des prétextes fallacieux, dans le but unique de remplir les caisses de l’Etat français.

 

Nous nous arrêtons pour admirer les points de vue offerts par les miradors. Nous passons par San Andrés, El Mocanal, repassons par le bord de mer et remontons à Valverde que nous visitons rapidement. Seule l’église et sa place sont intéressants. Nous laissons la voiture de location près de la station de bus, les portes non verrouillées et les clés sur le pare soleil. Les locations de voiture ici sont « full option » pour 33€ par jour donc assurance comprise et il n’y a pas d’expertise au départ ni à l’arrivée. Le loueur se débrouille pour venir rechercher son automobile là où on lui a dit qu’on la laissait, en accord avec lui tout de même !



















Nous rentrons à La Restinga en autocar avec un chauffeur prudent dont j’admire la conduite sur les routes sinueuses. Il s’arrête de temps en temps en pleine campagne pour faire monter des paysans qui rentrent chez eux.

A notre retour au port il ne reste pratiquement rien du passage des immigrants. Seule la grande barque de 28m a été sortie de l’eau et déposée sur le quai.

 

Les équipages français nous avaient prévenus avant leur départ qu’un coup de vent était annoncé pour dans deux jours. Nous décidons de partir le soir même et de naviguer de nuit jusqu’à Tenerife. Nous prenons une dernière météo sur Internet dans notre restaurant favori, La Vieja Pandorga de La Restinga, en buvant une nouvelle bouteille de vin, d’Hierro cette fois ci. Le patron est toujours aussi sympathique, surtout vis-à-vis d’Edith.

Nous largons les amarres à 21h. C’est la première navigation de nuit pour Charles. En quittant le ponton il crie « Adios » à l’attention des fonctionnaires chargés de la protection du site qu’il n’a pas revus. A cette heure ci ceux-ci ne sont pas là pour répondre à son salut.

Nous l’astreignons à une veille d’une heure pour toute la nuit. Il s’en tire bien et peut dormir tranquillement le reste du temps. Avec Edith nous veillons la route et manoeuvrons le bateau. La lune est presque pleine et éclaire la mer. Edith s’amuse à identifier les étoiles. Le vent est pile dans le nez comme prévu. Nous tirons des bords pendant une à deux heures puis poursuivons au moteur en route directe vers Las Galletas que nous atteignons à 10h30 du matin contre un vent faible et une houle raisonnable. Après le déjeuner, sans encore avoir mis le pied à terre, nous optons pour une petite sieste mais nous ne nous réveillons qu’à la nuit tombée. Nous avons du sommeil en retard. Ce n’est que le lendemain que nous reprenons nos esprits et entamons les corvées de lavage du bateau, de nos habits et de nos personnes après 7 jours passés sans ravitaillement en eau et électricité. J’ai seulement utilisé le groupe électrogène pendant une heure au mouillage de  Valle Gran Rey pour recharger les batteries et permettre à Edith de faire du pain avec le four électrique 220v.

 

De Las Galletas à Mogan

Nous accueillons le samedi 15 novembre 2008 Nathalie, la sœur d’Edith et son compagnon Stéphane qui viennent passer une semaine avec nous.

Dès le lendemain nous filons tous les cinq vers Mogan sur l’île de Gran Canaria pour y passer la semaine. La traversée d’une cinquantaine de milles est un petit peu houleuse et ventée au départ.

Mes deux nouveaux équipiers vont rapidement s’étendre sur les couchettes pour échapper au mal de mer. La fin du trajet se fait au moteur et tout le monde retrouve la forme en même temps que le joli port de Mogan.

 

 

 

L’orchestre que nous avons tant aimé avec Edith est reparti et le kiosque à musique reste vide tous les soirs. Nous profitons cependant des bons petits restaurant de Mogan. Nathalie et Stéphane louent une chambre d’hôtel, plus confortable et plus intime que la cabine arrière du bateau.

 

 

En milieu de semaine nous faisons avec Harmonie une virée à Puerto Rico, distant de quelques milles de Mogan. Nous mouillons quelques heures devant l’entrée du port, en face de l’habitation d’un ermite qui a construit un cabanon à l’entrée d’une grotte en pleine falaise. Il vit là, nu.

Nous profitons du beau temps de la journée pour faire de la chasse sous marine et de la baignade avant de rentrer à Mogan en fin de soirée. La mer est plate sous le vent de l’île et la navigation est agréable.

 

 

 

 

 

 

Stéphane loue une voiture et nous refaisons le tour de Gran Canaria en passant par la route montagneuse de l’ouest qui offre les plus beaux paysages côtiers de l’île. Stéphane est au volant et se prend pour le champion du monde de Rallye Sébastien Loeb. Nous sommes bien ballottés dans les virages.

 

 

Nous nous arrêtons pour admirer les couleurs vertes, roses et orangées de la montagne. Nous dégustons des fruits locaux et un gâteau à la mangue dans une petite échoppe perdue au milieu de nulle part avant de reprendre la route vers le centre de l’île. Nous atteignons Cruz de Tejada où nous déjeunons chez Yolanda puis escaladons le Roque Nublo avant de retourner à Mogan.

 

 

A la fin de la semaine nous décidons de retourner à Tenerife. Avec Harmonie nous  avançons tranquillement sous le vent de l’île de Gran Canaria puis, arrivé dans le canal séparant les deux îles, nous filons franchement sur l’eau, à 8 nœuds, avec un bon vent de nord est. Mais peu à peu ce vent vire au nord à cause d’un gros nuage noir qui traverse notre zone. Nous nous retrouvons vent de face ce qui nous oblige à finir le trajet au moteur pour arriver à une heure décente. Nous tentons de nous amarrer dans le petit port de Radazul mais il n’y a plus de place. Nous repartons vers Santa Cruz situé cinq milles plus au nord et atteignons cette marina de nuit.

Le lendemain Nathalie et Stéphane reprennent l’avion vers la France où le froid les attend. Nous n’allons pas tarder à faire de même dès que j’aurai trouvé un endroit pour hiverner Harmonie quelques mois.

Nous retraversons à nouveau le canal entre Tenerife et Gran Canaria le dimanche 23 novembre pour nous rendre à Las Palmas. Il devrait y avoir de la place dans ce port après le départ des bateaux de l’ARC. Cette association regroupe plus d’une centaine de voiliers qui traversent l’Atlantique ensemble jusqu’à Sainte Lucie.
Nous arrivons quelques heures après le départ des bateaux et nous nous amarrons devant la capitainerie. Le maître de port nous installe le lendemain au ponton 9 sur pendilles.

Une grande semaine de nettoyage et d’hivernage d’Harmonie commence avant de prendre l’avion le premier décembre vers CDG via Madrid avec Europa pour 152€ la place.


La suite du voyage après quelques mois passés en France est racontée sur  :
 
http://sites.google.com/site/voyageharmonie/home

 

Par Denis STIRE - Publié dans : voyageharmonie2
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Samedi 8 novembre 2008 6 08 /11 /Nov /2008 20:19

Les tours de l’île en voiture se suivent et ne se ressemblent pas

Avec Charles et Edith nous refaisons le tour de l’île en voiture de location mais les nuages, la pluie, le froid nous empêchent d’admirer les paysages de Los Muchachos. De la neige est même tombée sur le sommet. Le changement de climat en quelques jours est spectaculaire.














Nous redescendons vite vers le sud de l’île où nous retrouvons le soleil. Nous longeons la côte ouest et visitons Tijarafe, une jolie petite bourgade avec sa place de l’église plantée de vieux dragonniers. Une maison musée nous fait découvrir l’habitat typique de La Palma : cette maison est organisée autour d’une cour centrale protégée des regards extérieurs et qui apporte la lumière dans toutes les pièces qui la bordent. La conservatrice de ce musée nous explique le fonctionnement ingénieux du système de récupération de l’eau de pluie et de sa filtration au travers d’une pierre de lave.

 

 

 




































Nous reprenons ensuite la route pour atteindre Tazacorte où nous déjeunons copieusement. Quelques kilomètres plus loin nous rapinons des figues de barbarie bien rouges mais malgré toutes les précautions prises nos doigts et nos bras sont piquetés par les épines microscopiques qui couvrent la peau de ces fruits. Charles trouve un moyen pour les déguster sans trop se piquer. Il gratte la peau des figues avec un couteau pour faire partir les épines avant de peler le fruit pour le manger. C’est un fruit délicieux quand il est mûr.

















La route suit ensuite les contreforts de la Cumbre Nueva et de la Cumbre Vieja d’où la vue sur la côte ouest et la mer est magnifique. En fin d’après midi nous grimpons sur le volcan de Teneguia dans un paysage désertique aux couleurs noire et rouge. La dernière éruption de ce cratère date de 1971 et nous suivons les traces de la coulée de lave qui s’est jetée dans la mer.

 

 
































La nuit tombant nous rentrons à Santa Cruz pour retrouver Harmonie et la houle du port qui nous remue. Nous avions après cette bonne journée plutôt envie de retrouver un havre calme. C’est raté. La Palma est à la fois l’île la plus jolie des Canaries, elle est surnommée « Isla Bonita » (l’île jolie) et celle qui nous offre le séjour au port le plus désagréable.

 

Pour fuir cette marina d’enfer nous décidons de retourner à La Gomera malgré une houle de 3m annoncée pour la journée. Nous faisons le trajet retour moitié à la voile et moitié au moteur dans un roulis et un tangage qui nous secouent bien. Charles est étonnant, il arrive à lire tranquillement dans le capharnaüm des vagues et de la houle qui passent sous le bateau et le soulèvent.

 

Retour à La Gomera

Nous retrouvons à San Sebastian tous les amis que nous avions laissés quelques jours auparavant et aussi la plupart des bateaux qui comme nous ont profité d’une fenêtre météo pour quitter la Palma et son port houleux.

Nous restons à nouveau quelques jours à San Sebastian et voyons un beau matin tous nos amis partir vers les îles du Cap Vert en profitant d’une météo favorable. Après les îles du Cap Vert, ils vont pointer vers des destinations lointaines : Sénégal, Brésil, Antilles. Nous sommes nostalgiques de ne pouvoir les suivre vers ces contrées. Notre programme est de renter en France en décembre et de laisser à nouveau Harmonie aux Canaries pour quelques mois. Pour ne pas rester cafardeux il nous faut naviguer nous aussi. Nous partons comme eux vers le sud mais seulement pour contourner la partie sud de la Gomera et mouiller à Valle Gran Rey. Le trajet est effectué rapidement, moitié à la voile moitié au moteur sur une mer plate protégée de la houle habituelle par la côte. A l’arrivée un travail de réparation de voile nous attend. Le taquet coinceur qui servait à bloquer le nerf de chute de la trinquette au niveau du ris, avant que je ne fasse installer cette trinquette sur enrouleur, est décousu. Il n’est plus retenu que par le nerf de chute. Il ne sert plus à rien aujourd’hui. Le voilier de Madère qui a fait le travail de transformation de la trinquette aurait du le retirer. Je décide de l’ôter moi-même plutôt que de le laisser pendre dans le vide. Pour cela il faut retirer le nerf de chute de sa gaine en utilisant un messager qui servira à le remettre en place. Une fois le taquet libéré, nous tentons de rentrer le nerf de chute dans sa gaine en tirant sur le messager. Comme cela arrive parfois, le messager casse et il faut patiemment repasser un autre messager dans la gaine, en la décousant en plusieurs endroits. Cela prend des heures. La soirée ne suffit pas. Nous abandonnons le travail à la tombée de la nuit pour le reprendre le lendemain. Merci à Charles et à Edith qui ont été patients et efficaces dans ce travail fastidieux.



































































Carnage à Valle Gran Rey

Harmonie est mouillé à une cinquantaine de mètres d’une grande falaise près de 4 ou 5 autres bateaux, tous français. La côte est rocheuse et de beaux poissons doivent certainement vivre dans ces parages. Charles que j’ai initié à la pêche au fusil à San Sebastian est impatient de capturer de vrais poissons mangeables. A San Sebastian il a pris un poisson que je n’ai pas pu identifier et qui vit fixé sur les rochers, donc pas compliqué à tirer. Au toucher ce poisson donne l’impression d’être en plastique, donc pas mangeable. Nous l’avons rejeté à la mer.

L’annexe est mise à l’eau, les combinaisons de plongée sont enfilées rapidement et nous partons en chasse. Nous mouillons l’ancre de l’annexe à une dizaine de mètre du bord. L’ancre est constituée d’un plomb de plongée d’un kilo que nous attachons sur un bout de 10m. Nous sautons à l’eau et apercevons aussitôt de nombreux poissons perroquet de bonne taille qui broutent à quelques mètres sous nous. Il suffit de quelques apnées de moins d’une minute pour les prendre assez facilement. Ils ne doivent pas avoir l’habitude d’être chassés. Les poissons commencent à s’accumuler dans le seau. Charles ramène 3 perroquets, ce qui est une belle réussite pour un débutant. J’attrape 7 perroquets près des rochers où ils vivent. C’est en faisant mon va et vient régulier entre les rochers et l’annexe que j’aperçois une sériole en pleine eau. Elle doit faire dans les 400g. Un morceau de choix. Je m’approche doucement en lui disant : « ma belle reste là, ne t’en va pas trop vite, tient toi devant moi en me présentant tout ton flanc argenté et rayé d’une belle bande jaune, comme si c’était pour une photo » Elle m’écoute mais à la place du flash, elle reçoit ma flèche qui la transperce. Sous le coup de l’émotion elle rejette trois petits poissons qu’elle venait d’avaler et qui font aussitôt le bonheur d’une bande de girelles. Elle a beau tourner comme une toupie autour de l’axe de ma flèche pendant que je la ramène à l’annexe, c’est fini pour elle, elle atterrit dans le seau avec les perroquets.

Je sens que si nous continuons à cette allure là, nous allons vider la côte de Valle GranRey de ses poissons. Il faut être raisonnable et ne prélever que ce que l’on peut manger. J’interromps la partie de chasse pour éviter le gâchis. 3 à 4 kilos de poissons suffisent pour faire le bonheur des jours à venir.

 

 

 






































10 perroquets et une sériole
               
      
Par Denis STIRE - Publié dans : voyageharmonie2
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Mardi 28 octobre 2008 2 28 /10 /Oct /2008 20:31

 
 

L’île de la Gomera

 

 

San Sebastian de La Gomera

Nous mettons le cap sur la Gomera le lundi 24 octobre 2008. Il n’y a que 23 milles entre Las Galletas et San Sebastian de la Gomera. Nous sortons de la marina en même temps que d’autres bateaux français en milieu de matinée. Eole est absent sous le vent de l’île de Tenerife et nous parcourons les premiers milles au moteur. Puis le vent arrive et forcit. Il monte à 23-24 nœuds. Nous naviguons au près. Le bateau gîte fortement. Edith se demande si c’est bien normal. Je remplace le solent par la trinquette et prends un ris. Harmonie se redresse. C’est un bateau performant sous cette allure et nous arrivons rapidement à La Gomera, sur un seul bord de près serré, en avançant à 7 – 8 nœuds de moyenne. Les autres bateaux français, plus petits, restent au moteur et peinent contre le vent qu’ils reçoivent dans le nez.

San Sebastian est une jolie petite ville, calme et coquette avec des maisons anciennes et une place entourée de grands arbres centenaires. Nous apercevons de nombreux randonneurs qui rentrent en ville après avoir arpenté l’île à pied mais nous décidons, pour la visiter, de louer une voiture, un Fiat Punto pour 29 €. 

 

Nous partons par des routes qui mènent rapidement au centre montagneux de l’île, le parc national de Garajonay. Il est très vert, couvert d’une forêt de pins et de lauriers. La raison est simple. Les nuages stagnent au dessus des montagnes qui culminent à 1500m et arrosent tout le parc.

Les Gomériens sont fiers de leur forêt parce qu’elle est unique dans les Canaries. Nous faisons la montée en pente douce du pico de Garajonay à 1487m d’altitude sous le crachin et dans le brouillard. Nous ne voyons rien du panorama qui doit être magnifique par temps clair. Pourtant la ballade et bien venue après l’excellent repas pris dans un restaurant de la ville de Gran Rey située en bord de mer au bout d’un immense ravin. Ce restaurant où je me souviens être passé en 2001, le Chico del Conde, nous a servi du poulpe grillé et des calamars sauce roquefort accompagnés de morceaux d’ananas et de pêche. Ce fut nouveau un délice arrosé d’un petit vin blanc sympathique de la Gomera.



































Avant de rentrer a San Sebastian nous prenons la route en lacets qui mène au sud de l’île, à Playa Santiago, où une grande digue vient d’être construite. Elle protège quelques barques de pêche et le môle de départ d’un ferry. Le paysage du sud de l’île est aride, montagneux et grandiose.

 

L’île de La Palma

Après 4 jours passés à La Gomera nous décidons de mettre le cap sur la Palma. C’est une île que je ne connais pas. Il y a bien longtemps que je n’ai pas mis les pieds sur une île nouvelle pour moi. La dernière fois remonte à la découverte de Malte et de Corfou il y a 3 ou 4 ans avec mon ami Pierre Yves.

Je prépare le bateau en vue de la traversée. Mon étai de trinquette n’est pas très tendu et je le raidis ce qui m’oblige à monter au mât pour régler le chapeau multitop de l’enrouleur. Edith me hisse avec la drisse de grand voile qu’elle enroule sur le winch électrique. Un jeu d’enfant.




































La traversée vers La Palma

Nous quittons San Sebastian avec un vent de force 4 à 5 et une houle de 2 à 3 mètres le vendredi 24 octobre 2008.

 

J’ai gardé un ris dans la grand-voile et j’envoie la trinquette. Je remarque que son guindant fait une poche au niveau de l’entrée du guide de ralingue. Le temps d’arriver à l’avant du bateau pour tenter de remettre les choses en ordre et je vois tout le guindant de trinquette sortir de la gaine de l’enrouleur sous la force du vent. La voile n’est plus tenue que par l’émerillon en haut de l’étai et par la manille du tambour de l’enrouleur. Elle bat dangereusement dans le vide. Il faut vite l’affaler. Edith vient à l’avant me donner un coup de main pour la saisir et la descendre. Le pont est balayé par les vagues et nous sommes copieusement mouillés et salés. Le vent tire toujours sur la voile et l’émerillon descend le long de la gaine d’enrouleur en la cintrant. Je prie pour qu’elle résiste. Heureusement le matériel est solide. La trinquette est enfin maîtrisée et ficelée sur le pont. J’envoie à sa place le solent en gardant des tours. Son rendement n’est pas si bon que celui de la trinquette. Il a tendance à faseyer.






















Il nous faut tirer des bords pour contourner la Gomera et il n’est pas certain que nous pourrons ensuite atteindre La Palma sur un seul bord. Les 53 milles de distance en route directe risquent d’être multipliés par 2. Je demande à Edith si elle veut rentrer au port de La Gomera ou continuer. Dans mon esprit, je suis prêt à rentrer. Elle me dit qu’elle se sent bien sur le bateau même quand la mer n’est pas très sympa. Nous continuons.

Après avoir dépassé La Gomera le vent passe du nord au nordet et nous pouvons caper sur le port de Santa Cruz de La Palma en route directe de près serré. Harmonie escalade la houle et tape dans les vagues de temps à autre. L’ancre fixée sur la delphinière reçoit des coups de boutoir qui font résonner tout le bateau.

Nous sommes gîtés, à la limite de prendre un deuxième ris. Harmonie avance au près à la moyenne de 7- 8 nœuds et dépasse parfois 9 nœuds pendant plusieurs minutes. A cette allure l’arrivée à Santa Cruz de La Palma aura lieu plus tôt que prévue.

Edith me surprend beaucoup, elle est complètement à l’aise sur un bateau alors que ce n’est pas toujours évident pour une débutante ni même pour un vieux loup de mer comme moi qui a le mal de mer de temps en temps quand la houle et les vagues sont trop fortes. C’est le cas aujourd’hui. Edith n’a pas le mal de mer et aime la vie en bateau. Je la surnomme la fille de la mer !

La vitesse diminue ensuite à 6 nœuds à l’approche de la côte de La Palma. Nous arrivons à 18h. La navigation a duré 8 heures.

Les pontons de la marina de Santa Cruz sont récents et les équipements ne sont pas terminés. Un seul tuyau d’eau et un seul fil électrique alimentent tout le ponton, mais le plus embêtant, c’est la houle qui entre dans le port et secoue les bateaux. Les équipages de Xara et d’Austral qui sont là depuis plusieurs jours nous expliquent que la nuit précédente a été une nuit blanche pour eux. Les pontons gondolaient sous l’effet de la houle et les bateaux rompaient leurs amarres.

Nous constatons nous aussi que notre bateau bouge beaucoup. Nous l’attachons sur tribord et su bâbord pour éviter qu’il ne vienne taper sur son catway en permanence. De ce fait il est soumis à des coups de rappel qui tendent les cordages et rendent la vie et les déplacements à bord très pénibles. C’est dommage. J’ai l’impression que les marinas récentes des Canaries et de Madère ont été construites sans tenir compte de l’impact de la houle et des tempêtes. Le résultat est que la vie à bord des bateaux est pénible dans ces marinas par temps normal et qu’elles sont dangereuses en cas de mauvais temps.

Par contre le club nautique de La Palma auquel les plaisanciers ont accès est magnifique : piscine extérieure et piscine couverte avec sauna, restaurant de grande classe, salon Internet, salon de musculation, etc. Je n’ai jamais vu cela avant. Il faut cependant mettre un bémol. Plusieurs prestations offertes comme la piscine intérieure et le sauna sont payantes et par ailleurs certains membres permanents du club semblent désapprouver la présence des plaisanciers dans leurs installations.

Santa Cruz de La Palma


La petite ville de Santa Cruz est très jolie avec ses maisons anciennes. Elles sont ornées de balcons de bois, de fenêtres à guillotine et de grandes portes travaillées. Quand une porte ouverte nous permet d’apercevoir l’intérieur d’une belle maison, nous découvrons de grands patios, de beaux escaliers de bois qui mènent vers des pièces agréables, hautes de plafond et bien décorées. Ce sont des maisons très aristocratiques.
Santa Cruz est une ville où il est agréable de flâner dans les ruelles situées en arrière de l’avenue maritime et de déguster une bière dans un des nombreux bars animés.































































































Le tour de l’île en voiture

Le tour de l’île en voiture confirme notre bonne impression de l’île de La Palma. C’est la plus belle île des Canaries. Elle ressemble à Madère avec ses montagnes et sa végétation étagée : culture et bananeraies en bas, forêts de pins des Canaries à mi hauteur et paysage plus désertique sur les sommets. Les routes de montagne que nous empruntons au nord de La Palma (LP 111 et LP 113) nous font passer par des sites superbes d’où nous apercevons la mer. L’île est très verte.

Nous nous restaurons dans une petite auberge de la place de Santo Domingo avant de grimper vers l’observatoire international d’astrophysique et de continuer jusqu’au Roque de Los Muchachos, le sommet le plus haut de La Palma à 2426m. Il borde un cratère dont les parois sont vertigineuses. Nous sortons de la voiture pour une petite marche. Nous nous retrouvons au dessus des nuages qui ne tardent pas à arriver sur nous. Ils surgissent par l’est en remontant le flanc de la montagne et débouchent sur la crête où nous sommes. Il fait froid et les anoraks sont bien venus pour cheminer le long de cette crête qui mène à un groupe de rochers d’où la vue sur la côte ouest de La Palma est grandiose.

Nous poursuivons notre route vers le petit port de Tazacorte en nous arrêtant au mirador « El time » pour avaler un « cafe con leche » et admirer la vallée d’Aridane avec ses immenses bananeraies qui s’étendent à perte de vue.

Nous rentrons ensuite à Santa Cruz en passant par le centre de l’île heureux de notre journée. Nous retrouvons hélas la houle qui entre dans le port et secoue Harmonie.

Le lendemain est jour de tempête et nous restons sur Harmonie à lire, écrire, faire la sieste et boire l‘apéro avec l’équipage de Xara.

Le jour suivant Charles, le fils d’Edith, arrive par avion après un périple Paris-Madrid-Tenerife-La Palma.





Par Denis STIRE - Publié dans : voyageharmonie2
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Dimanche 26 octobre 2008 7 26 /10 /Oct /2008 20:45

 

Le voyage de retour

Je prends le TGV à Lorient le 10 septembre 2008 en fin d’après midi. Edith me conduit à la gare. Je me retrouve quelques heures plus tard dans l’aérogare d’Orly Ouest où je passe la nuit en attendant mon avion pour Madrid qui doit partir à 6H50 du matin.

L’aérogare est vide, rien n’est ouvert. Je passe la nuit sur un banc près de la zone wifi, j’écris quelques lignes sur mon ordinateur avant de m’endormir.

Le lendemain, le départ de l’avion pour Madrid  est retardé, l’équipage qui doit le piloter n’est pas arrivé. Nous apprenons que les pilotes, les hôtesses de l’air et les stewards se sont rendus à Roissy au lieu d’Orly !!! Nous les voyons apparaître tout penauds.

L’avion décolle avec une heure de retard mais j’ai de la marge pour prendre ma correspondance pour Lanzarote. J’arrive à l’aéroport d’Arrecife en début d’après midi. Un taxi m’amène à Puerto Calero. Les retrouvailles avec Harmonie sont tristounettes. Il représente tant de rêves de grands voyages brisés ! Heureusement, je sais qu’Edith va me rejoindre dans deux jours. Ses SMS et ses appels téléphoniques me soutiennent.

 

L’île de Lanzarote

Puerto Calero


Harmonie est couvert d’une couche de saleté noire amenée par les vents du Sahara. Je passe l’après midi et la soirée à le nettoyer. Le lendemain il est sorti de l’eau au chantier Varadero pour refaire la peinture anti salissures. Le chargeur de batteries et l’isolateur que j’ai ramenés de Lorient sont réinstallés par les allemands de la société Waterline. Tout fonctionne à nouveau normalement sauf l’anémomètre qui n’indique plus la force du vent. Je fais appel à Jean Michel Alliot, le français de Puerto Calero qui est capable de réparer tout ce qui tombe en panne sur un bateau.

Mais il ne monte pas aux mâts pour cause de vertige. C’est donc moi qui suis chargé de démonter puis de réinstaller la girouette anémomètre en tête de mât.

Edith débarque comme prévu le samedi. Son voyage en avion a été encore plus galère que le mien : retard énorme au départ pour cause de panne d’avion, attente d’un avion de remplacement, correspondance à Madrid prise en catastrophe et bagages qui n’ont pas suivi. Après tous ces désagréments nos sommes heureux de nous retrouver.

Le chantier Varadero ne travaillant pas le WE ni les jours fériés, nous devons attendre le mardi 16 septembre pour remettre Harmonie à l’eau. Nous profitons de ces journées d’inactivité pour nous rendre à la plage de Puerto Calero et à celle de Puerto Del Carmen. Nous faisons la jolie promenade à pied qui borde la mer entre les deux villes.

Isla de Los Lobos et retour à Lanzarote 

Harmonie est remis à l’eau comme prévu le 16 septembre, jour de la sainte Edith et le lendemain nous faisons une petite croisière jusqu’à l’île de Los Lobos.
A l’aller le vent est parfait, entre 6 et 10 nœuds, la mer est plate ; les conditions sont réunies pour permettre à Edith de trouver très vite ses marques sur le bateau. Elle débute comme équipière chargée de manipuler les défenses et les aussières, de m’assister dans l’envoi des voiles et dans le maniement des écoutes au moment des virements de bord. Elle s’en tire très bien.




































Nous séjournons quelques heures, devant Los Lobos amarrés sur une des bouées réservées aux vedettes de promenade. Le fond de l’eau à 10 m de profondeur est jonché de tubas perdus par les touristes qui viennent faire trempette dans l’eau turquoise de l’île. Je plonge pour en ramener un que j’ajoute à ma collection.
 Au retour le vent est tombé et nous rentrons au moteur pour arriver avant la nuit.

 

Jean Michel trouve rapidement la panne de l’anémomètre. Le fil qui relie la girouette en tête de mât à l’écran d’affichage est abîmé. Il est entamé à l’endroit où sa gaine de protection a été découpée, au niveau de la boîte de connexion du pont. L’entame est certainement due à un geste précipité d’un électricien du chantier Alliage au moment du montage.

 

Le lendemain je loue une voiture de location pour faire visiter Lanzarote à Edith qui découvre les paysages volcaniques du parc national de Timanfaya, la route des volcans, les chameaux grotesques de l’echadero de los Camellos, le restaurant Acatife à Teguise, la maison musée de César Manrique à Tahiche, le Miradouro del Rio sur la pointe nord face à Graciosa et le béton des programmes immobiliers décevants de Playa Blanca et de Costa Teguise.




































L’île de Graciosa

Une navigation délicieuse

Cela fait maintenant longtemps qu’Harmonie séjourne à Lanzarote et il est temps de voguer vers d’autres îles.  Nous partons le samedi 20 septembre 2008 en direction de La Graciosa pour y passer quelques jours. La météo est favorable : petit temps, mer belle. Le bateau glisse bien avec sa peinture sous marine toute neuve. La navigation est un délice. Edith est enchantée. J’ai machinalement laissé traîner une mitraillette à maquereaux derrière Harmonie et une belle bonite vient ‘y prendre. Elle a la taille de deux repas pour deux personnes. Elle finira dans la poêle après un passage de 10 mn de dans une marinade d’huile d’olive parfumée aux herbes de Provence.
























Nous mouillons en fin d’après midi dans la baie del Salado à la sortie du petit port de Graciosa.

Palmes, masques, tubas nous permettent de constater que les fonds ne sont pas bien intéressants à cet endroit.

La visite de Graciosa ne dure pas plus d’une matinée et après deux jours au mouillage devant l’île nous reprenons la direction de Los Lobos en longeant la côte nord de Lanzarote. La mitraillette à maquereaux nous apporte deux nouvelles bonites. Nous la retirons de l’eau pour ne pas prendre plus de poissons que nous ne pouvons en manger.

A nouveau Los Lobos

Après une journée de navigation nous arrivons devant l’île de Los Lobos où nous étions venus quelques jours auparavant. Nous mouillons l’ancre. Le plan d’eau est un petit peu agité par la houle mais la nuit reste paisible jusqu’à ce que l’alarme de dérive du mouillage sonne au milieu de la nuit. Je me lève et vérifie que l’ancre n’a pas décroché. C’est simplement le vent qui a tourné et orienté Harmonie à 90° de sa position d’origine.

L’île de Fuerteventura

Un séjour peu onéreux

Nous partons le lendemain en direction de Gran Tarrajal sur la côte sud de Fuerteventura. La navigation est paisible. Nous laissons défiler la côte basse du nord de Fuerteventura puis la capitale Rosario et les falaises du sud de l’île avant d’atteindre Gran Tarrajal vers 17 h. Nous sommes le mardi 23 septembre 2008. Depuis mon précédent séjour en 2001 la protection du port a été renforcée et des pontons ont été installés. Il y a beaucoup de place et peu de bateaux de passage. Le capitaine du port est en vacances et le séjour s’en trouve gratuit.
Je rencontre un couple de plaisanciers français sur leur bateau Xara of Humble, un prototype de 50 pieds original. Nous sommes invités à visiter Xara.  Le lendemain, comme mon bateau est aussi un prototype original, nous faisons visiter Harmonie. Mais je crois que toutes ces visites ne sont que des prétextes pour boire l’apéro.

Nous restons 3 jours à Gran Tarrajal. Avec Edith nous apprécions un restaurant italien installé en bord de plage. Nous nous y rendons à plusieurs reprises. Il cuisine des pizzas excellentes. Cela nous change des bonites. Nous donnons une de nos deux  bonites à l’équipage de Xara.

Nous passons nos journées à visiter la ville, faire des courses, correspondre par Internet dans un cybercafé.


 Un après midi j’emmène Edith en annexe pour « snorkeler » près des rochers au sud du port. Nous nous équipons PMT et combinaison de plongée. L’eau est claire et plusieurs espèces de poissons vivent paisiblement à cet endroit. Mais mon arrivée change la tranquillité du site. Je sors mon fusil de chasse sous marine et commence à flinguer les bancs qui passent. Je ramène 3 perroquets et 2 saupes. Ils finiront eux aussi dans la poêle. Edith me dira qu’ils avaient le goût de la sole.























Navigation de nuit vers Gran Canaria

A la demande d’Edith, nous entreprenons une navigation de nuit pour rejoindre Las Palmas sur Gran Canaria. C’est une première pour elle et elle veut connaître les joies des quarts de veille quand on est seul sur le pont pendant que l’autre dort.
Le départ de Gran tarrajal le soir du vendredi 26 septembre 2008 se fait au moteur puis le vent s’établit et Harmonie fonce dans la nuit, au près, à une vitesse entre 7 et 8 nœuds. Il marche bien, gîte un peu,  Edith me demande si c’est normal. Je la rassure. Je pars dormir dans le carré, enroulé dans ma toile anti roulis pendant qu’Edith savoure les bonheurs des navigations de nuit. Le premier bonheur c’est la lutte contre le sommeil quand la tête tombe régulièrement en avant, ensuite viennent les bruits bizarres qu’on entend autour du bateau sans rien voir de ce qui se passe : Est-ce une baleine qui souffle par son évent ou une vaguelette qui déferle ?

Il y a aussi la nuit noire sans lune qui ne permet pas de distinguer l’horizon : Est-ce une armada de voiliers qui barre le passage ou bien les grues de Las Palmas qui se dressent devant l’étrave ?

Là encore Edith s’en tire très bien, elle gère le croisement de notre route avec celle d’un paquebot tout illuminé dont les feux de route sont difficiles à distinguer.

Nous avons de la chance, le vent reste établi toute la nuit et nous faisons presque tout le trajet à la voile. Les 78 milles sont avalés à une moyenne de 5,6 nœuds. Nous arrivons en milieu de matinée à Las Palmas.








































L’île de Gran Canaria


Le marinero moustachu de la capitainerie


En entrant dans la marina, je n’aperçois pas sur la gauche le ponton d’attente destiné aux nouveaux arrivants et je m’amarre directement au ponton des  visiteurs à droite du chenal d’entrée. L’amarrage se fait sur pendilles à l’avant et sur amarres au ponton. Après une bonne demi heure passée à régler les aussières je vois apparaître un marinero à petite moustache qui m’explique en Français que les places ne sont attribuées qu’après passage à la capitainerie, que je ne suis pas passé à la capitainerie et qu’il faut donc que je passe à la capitainerie AVEC MON BATEAU pour attribution d’une place. Je lui explique qu’après une nuit passée en mer et une demi heure passée à amarrer le bateau, je n’ai pas envie de déplacer mon bateau. Il me répond qu’on est en Espagne et pas dans un pays sous développé, qu’il y a des règlements et qu’il est chargé de les appliquer et que je n’ai plus qu’à venir le retrouver et à garer mon bateau sur le ponton d’attente en face de sa capitainerie.

Devant tant d’autorité je décide d’obéir. Je vais le retrouver dans sa capitainerie qui est de l’autre coté du chenal, avec mon bateau comme il me l’a demandé, mais pas avec Harmonie que je laisse au ponton visiteur, avec l’annexe.

J’emmène Edith qui est plus diplomate que moi et possède aussi d’autres moyens de conviction.

Quand il s’aperçoit que je suis venu en annexe, il a un petit sourire en coin qui veut dire en parlant de moi: « ce mec se fout de ma gueule ». Je crains le pire. Il nous refait la leçon sur l’application des lois et des règlements mais Edith sauve la situation en demandant si la place où on est amarré est libre ou occupée. Il est bien obligé de reconnaître qu’elle est libre. A partir de là il n’y a plus qu’à remplir les papiers. Edith le remercie de sa mansuétude. Il s’amadoue. A la fin de l’entretien il devient même tout gentil, il nous donne tous les renseignements sur le fonctionnement de la marina et nous offre un plan de la ville.

 


















Le soir nous voyons Xara arriver et s’amarrer à proximité d’Harmonie. Il a quitté Gran Tarrajal le matin mais a fait la traversée au moteur, contre le vent.

Las Palmas de Gran Canaria


Il faut beaucoup marcher pour sortir de la marina. La ville de Las Palmas que nous découvrons est plutôt moche sauf le quartier sud près de la cathédrale où on trouve de vieilles maisons ornées de balcons, de belles portes et de belles fenêtres en bois.

C’est dans une d’entre elles aujourd’hui transformée en musée que Christophe Colomb a séjourné lors de ses passages à Las Palmas.























Après plusieurs heures de promenade nous nous arrêtons dans un bar britannique pour boire une Guinness. Il est situé sur une grande rue piétonne parallèle à la mer, la calle Triana. Depuis la terrasse du bar nous observons la vie de la rue. Les bancs installés de chaque coté de la voie sont occupés par des personnes âgées qui papotent. Elles sont attendrissantes et nous les prenons en photo sans qu’elles s’en aperçoivent.


 







































Le soir nous décidons de louer une voiture pour le lendemain avec Christian et Martine, l’équipage de Xara, afin de visiter l’île.

Le tour de Gran Canaria en voiture

Un français, le skipper de Jomandy, que nous rencontrons sur le ponton visiteur nous donne un bon plan pour louer une voiture à bon marché. Il parle espagnol et obtient au téléphone la réservation d’une Mégane Renault. Son plan est en effet bon marché. Nous obtenons une Mégane en bon état avec la climatisation pour 25€ la journée, assurances comprises. Mais il faut monter toute une expédition pour aller la chercher et pour la rendre le soir ou le lendemain : 30mn de marche depuis la marina jusqu’à la station des bus, puis 25mn de bus jusqu’à l’aéroport, et enfin 5mn de taxi (remboursées par le loueur) pour atteindre l’entreprise « Record go ». Une fois là tout se passe bien, les gens de l’alquiler de coches sont sympathiques.

 


















Nous nous dirigeons dès le matin le matin vers le centre montagneux de l’île. Les routes sont sinueuses et les paysages magnifiques. Nous visitons Vega de San Mateo avec sa jolie place, ses maisons typiques et son église dont les statues des saintes sont habillées de vêtements richement ornés. Le soin apporté à donner une image réelle à ces statues va jusqu’à couvrir leur tête d’une perruque. Ensuite nous atteignons Cruz de Tejeda où nous  déjeunons dans le restaurant Yolanda en face du Parador qui n’est pas accessible. Le repas est exceptionnel : agneau cuit au four dans une sauce sucrée au miel accompagné d’un vin excellent de Gran Canaria. Le service est impeccable et la serveuse très accueillante. Elle essaie de nous parler en français et se signe à chaque fois qu’elle fait une faute en disant « Santa Maria ! »

Nous roulons ensuite jusqu’au pico de las Nieves avant d’arriver au roque Nublo – le rocher des nuages – un monolithe basaltique qui est le plus haut du monde, dit-on. Pour faciliter la digestion nous faisons la promenade à pied vers le roque Nublo. La ballade un peu sportive me permet de distancer certaines fumeuses. Christian de Xara abandonne l’ascension en cours de montée et attend tranquillement notre retour près de la voiture. Avec sa femme Martine et Edith, nous mitraillons le monolithe et les paysages environnant avec nos appareils photos.























Après le centre de l’île nous atteignons le sud, visitons Puerto Mogan, un petit port de pêche et de plaisance très coquet avec ses maisons blanches aux arrêtes peintes de couleurs vives.

Je me renseigne à la capitainerie sur les tarifs de séjour. Il y a de la place. Mogan sera probablement la prochaine étape d’Harmonie.

Nous reprenons la voiture et longeons le bord de mer sur la côte ouest en passant par San Nicolas de Talentino qui se trouve au fond d’une cuvette volcanique dont les pentes sont couvertes d’hectares de serres en plastique. On y cultive la tomate intensivement.

La nuit tombe mais nous décidons cependant de poursuivre vers la côte nord. Le parcours est grandiose, la route sinueuse surplombe des falaises vertigineuses. Christian décide de vaincre son vertige et de conduire. Il a encore plus peur de laisser le volant à un autre. Nous roulons à 30 Km/h et laissons tous les véhicules nous doubler. Il sue à grosses gouttes mais nous conduit à bon port, c’est l’essentiel. Nous passons par Agaete et Galdar sans nous arrêter avant d’atteindre l’autoroute qui nous ramène à Las Palmas. Ce tour de l’île a été un enchantement bien que nous soyons partis trop tard. Quelques heures de plus nous auraient fait mieux profiter des beautés de la côte ouest et de la côte nord que nous avons traversées de nuit sans nous arrêter.

Nous restons en tout une semaine à Las Palmas avant de reprendre la mer vers Puerto Mogan au sud de Gran Canaria.

Puerto Mogan


Quarante cinq milles environ séparent Las Palmas de Puerto Mogan. Il s’agit de contourner la moitié de l’île qui est ronde en partant du nord-est de Gran Canaria pour aller vers le sud-ouest. Nous saluons nos amis Martine et Christian avant de quitter le ponton des visiteurs le samedi 4 octobre 2008. Nous y étions amarrés depuis une semaine. Nous sommes heureux de reprendre la mer. On fini par s’encroûter en restant trop longtemps au même endroit !

Un bon vent force 4 nous pousse vers le sud. Harmonie avance bien en escaladant une houle de un à deux mètres qui arrive par le travers. Edith installe la toile anti roulis du carré pour s’allonger et contrer un début de mal de mer. La côte que nous avons empruntée en voiture et en bus défile sous nos yeux : la partie sud de Las Palmas, les caps de Melenara et Gando, l’aéroport. Je ne me lasse pas de regarder les avions qui décollent et qui atterrissent. En arrivant dans la zone des plages du sud, le vent passe à force 6. Je maintien la grand voile haute et prend quelques tours dans le solent. Harmonie avance alors à 9 – 10 nœuds. L’allure de vent arrière semble paisible mais je prends la barre par précaution pour éviter un empannage intempestif qui ne manquerait pas de faire des dégâts à cette allure. Je me résout enfin à prendre un ris puis un deuxième ris pour avancer plus tranquillement. Peu de temps après nous dépassons la pointe de Maspalonas qui est la plus au sud de l’île pour entamer la remontée de la côte ouest de l’île. C’est à ce moment là que le vent tombe. Nous larguons les ris et avançons à petite vitesse jusqu’à quelques milles de Mogan puis nous finissons le trajet au moteur. La vitesse moyenne du parcours est de 6 noeuds.

Mogan est un port inséré dans un petit ensemble immobilier coquet aux couleurs vives avec des maisons basses très fleuries, des ruelles où n’entrent pas les voitures et des petits ponts qui enjambent les bassins. C’est un des rares cas d’intégration réussie d’une marina dans un programme immobilier.























Les quais sont animés : bars, restaurants. Un orchestre de jazz britannique donne un concert tous les soirs sur le kiosque de la place. Il est composé d’une clarinettiste et saxophoniste, d’un trompettiste et chanteur, d’un tromboniste, d’un bassiste, d’un pianiste, d’un batteur et d’un joueur de banjo. Cet orchestre est d’une très grande qualité, très professionnel. Je trouve étonnant qu’il joue tous les soirs à Mogan pour le petit public des touristes qui consomment aux terrasses des restaurants. Tant mieux pour eux et pour nous.

 


Nous restons 7 jours à Puerto Mogan. Les après midi sont consacrées à la pêche au fusil sous marin. Je ramène des poissons perroquets, des crénilables, un mulet et un rombou. La chair des perroquets est la meilleure. Nous passons nos soirées assis à la terrasse d’un restaurant pour écouter l’orchestre de jazz. J’invite Edith à danser les slows ! Dans son journal Edith écrit que nous ressemblons à deux adolescents !

De Puerto Mogan à Santa Cruz de Tenerife

Le vent a soufflé fort au cours des deux jours précédant notre départ et une houle résiduelle de nord ouest nous secoue dans le canal entre Gran Canaria et Tenerife. Malgré tout nous sommes content de reprendre la mer le samedi 11 octobre 2008. Une belle bonite ne tarde pas à mordre à ma ligne à maquereaux. Encore deux repas d’assurés. Après cette prise je ne remets pas la ligne à l’eau. Edith commence à se lasser des bonites. Elle préfère les poissons de roche que je chasse au fusil.
Les 47 milles qui séparent Mogan de Santa Cruz sont avalés rapidement, moitié à la voile, moitié au moteur. Il n’y a pas de bateaux sur l’eau. Nous ne rencontrons personne et croisons seulement une famille de grands dauphins qui avancent lentement en ondulant à la surface de l’eau.

 













L’île de Tenerife

 


La marina del Atlantico

Nous entrons dans la marina del Atlantico en fin d’après midi. Elle est insérée au milieu du port de commerce bruyant et pollué. La circulation automobile est dense sur la voie rapide qui longe la mer. Le changement est total par rapport à Mogan.

Nous retrouvons deux bateaux français vus à Las Palmas : Jomandy et Marie Alice. Ils sont en partance pour le Cap vert et nous donnent quelques informations sur les aspects vitaux d’un séjour à Santa Cruz : où se connecter à Internet, où se ravitailler en vivres frais, etc.

 

Santa Cruz de Tenerife


La ville de Santa Cruz a peu changé depuis mon dernier passage. Un grand jet d’eau et un bassin moderne ont été installés sur la place d’Espagne qui fait face à la marina. Le reste de la ville est toujours très moche et sale. Les immeubles en béton n’ont aucun style et sont disposés de façon anachronique. Les espagnols ne sont pas des bâtisseurs. Ils ne sont pas aussi doués pour la maçonnerie que les portugais. Les seuls endroits qui présentent un petit peu d’intérêt sont la rue piétonnière, la rue principale de la vielle ville et quelques placettes ombragées par d’immenses arbres caoutchouc.

Le lendemain de notre arrivée est jour de fête nationale. Nous assistons à un défilé folklorique plutôt minable par rapport à ceux que j’ai vu à Madère. Décidément la comparaison entre Madère et les Canaries est la plus part du temps en faveur de la première.

San Cristobal de la Laguna

Je loue une voiture pour faire le tour de l’île et surtout retourner au Teide, la plus haute montagne des Canaries et de toute l’Espagne qui culmine à 3718m.

Nous nous rendons dès le début de la matinée à San Cristobal de la Laguna, l’ancienne capitale de l’île. Cette ville a gardé de beaux immeubles du XVIIème et XVIIIème siècle. Quand nous pouvons entrer dans certains d’entre eux, nous découvrons de magnifiques jardins intérieurs avec des pièces d’eau, des balcons et des escaliers de bois. Il doit faire bon vivre ou travailler dans ces demeures. Les églises sont aussi richement décorées et bien entretenues.


 




















Le Teide

Après San Cristobal de la Laguna nous prenons la route du centre de l’île qui longe une ligne de crête et offre des points de vue magnifiques tout au long de l’approche du Teide. Nous traversons de belles forêts de pins et d’eucalyptus avant de déboucher sur les champs de lave désertiques qui entourent le volcan.

Il est midi et le restaurant qui se trouve à El Portillo au croisement des routes de Puerto de la Cruz et de la Laguna nous tend les bras. Des brochettes et un vino de la casa 13° nous mettent en forme pour escalader le Teide.

 

La route passe au pied du Teide à 2356m de hauteur. Nous garons la voiture au pied du téléphérique long de 2482m qui nous amène à 3555m d’altitude. Il reste encore à s’élever de 200m pour atteindre le sommet. L’ascension se fait par un petit chemin escarpé. Il est bordé de petits cratères d’où émanent des vapeurs de soufre brûlantes.

L’accès à la dernière partie de l’ascension est très réglementé. Il faut préalablement obtenir un permis de visite auprès de l’office du Parc National qui se trouve à Santa Cruz, 5 rue Emilio Calzadilla au 4ème étage. L’office n’est ouvert que de 9h à 14h, il faut apporter une copie de sa carte d’identité. Le jour et l’heure de la visite sont pré établis par un fonctionnaire selon le nombre de visiteurs programmés. La visite, ascension comprise, dure une heure maximum et il faut prévoir une attente d’une heure environ pour accéder au téléphérique. Ne me remerciez pas pour toutes ces précisions, c’est bien naturel !

 

Les efforts déployés pour obtenir le permis et grimper jusqu’au sommet sont récompensés par la vue magnifique qui s’offre aux visiteurs, sur toute l’île et sur les îles environnantes de la Gomera, de Hierro de La Palma … si la visibilité est bonne, si le sommet n’est pas envahi par les nuages.
En ce qui nous concerne quelques  petits nuages nous entourent mais ils se dissipent ce qui nous permet de profiter pleinement de la vue. 3718m, c’est très haut ! On a l’impression de voir le monde depuis un avion. Les couches de nuages qui stagnent dans les vallées semblent très en dessous de nous. Nous ne nous lassons pas de prendre des photos du panorama.


























Puis ensuite vient la descente. Comme toutes les descentes par des chemins raides elle est aussi fatigante que la montée.

Nous reprenons la voiture et nous dirigeons vers Los Roques de Garcia, un alignement de monolithes aux formes insolites qui dominent un champ de lave. 
























La route vers Vilaflor passe ensuite entre des rochers de coloration verte contenant des hydrates de fer. Elle très belle et escarpée. En arrivant dans la vallée nous traversons un zone vinicole importante puis une région couverte d’immenses serres abritant des bananeraies. Au fur et à mesure que nous nous rapprochons du bord de mer le paysage redevient plus banal avec des constructions laides.

Nous atteignons Las Galletas, un petit port de la côte sud pour nous renseigner sur les possibilités d’y séjourner avec Harmonie. La marina est peu développée et dispose de peu de commodités mais il y a de la place.

Nous rentrons à Santa Cruz par l’autoroute du sud et profitons de la voiture pour faire un ravitaillement important dans l’immense hypermarché Carrefour qui ouvre jusque 22h. Nous y achetons toutes sortes de victuailles qu’il est impossibles de trouver dans les autres îles des Canaries et notamment les fromages français : camembert, brie. Nous rentrons au bateau éreintés mais heureux.

Je me lève tôt le lendemain, c'est-à-dire à 8h, pour rentre la voiture de location à la société Cicar qui se trouve au deuxième étage de la « Estacion Maritima » située à 200m de la marina Atlantico. Je vous recommande ce loueur : ayant rendu le véhicule avec plus de gasoil dans le réservoir qu’au départ, j’ai la bonne surprise de me voir rembourser le prix de la différence. C’est une première !

La crise bancaire

Il est difficile d’obtenir des informations en provenance de France. Nous voyons la bourse chuter à chaque que nous pouvons nous connecter sur internet. Après la crise des subprimes de l’an passé, une grave crise bancaire mondiale semble se préparer. La faillite de plusieurs banques dans le monde fait craindre une crise bancaire généralisée. Les banques ne se prêtent plus d’argent entre elles et les Etats viennent à la rescousse. Des bruits circulent sur les pontons. On dit qu’en France les particuliers retirent leurs économies des banques, on parle de recalculer un montant minimum à rembourser aux particuliers  en cas de faillite générale du système. On reparle du scénario de la crise de 1929. Je suis inquiet. Heureusement une conversation téléphonique avec mon fils Thomas qui travaille pour la Société Générale à  NYC et d’autres conversations avec ma copine Micheyle, banquière en activité,  ainsi qu’avec son compagnon Vincent me rassurent sur la réalité économique de la crise. Malgré tout, la partie de mon patrimoine qui est en valeurs mobilières a bien fondu.

 

Las Galletas


La grande ville tapageuse de Santa Cruz avec son terminal pour containers finit par nous peser et nous décidons de rejoindre Las Galletas un petit port au sud de Tenerife. Nous sommes le vendredi 17 octobre 2008 et un vent de NE de 4 à 5 beaufort nous fait parcourir rapidement les 37 milles qui séparent le nord et le sud de l’île. Nous arrivons à la marina del Sur après avoir été secoués par la houle habituelle qui sévit aux Canaries.

Las Galletas présente peu d’intérêt. Les avions passent bruyamment au dessus de la marina. Nous avons remplacé le bruit des grues pour celui des jets.

Par ailleurs une tentative de pêche sous marine autour des rochers qui bordent la marina ne rapporte rien. Nous décidons de repartir très vite. Le seul bon souvenir, c’est un restaurant sympa qui cuisine ses poissons présentés à l’étalage et vendus au Kg. Nous avons choisi une lotte entière. Le chef nous la cuisine avec des pommes de terre des Canaries et nous sert un vin blanc de Tenerife appelé Flor de chasna. Un délice, un moment magique avec Edith.

Par Denis STIRE - Publié dans : voyageharmonie2
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Vendredi 13 juin 2008 5 13 /06 /Juin /2008 20:09

Le tour de l’île de Lanzarote en voiture de location

Ce tour de l’île nous réconcilie avec Lanzarote. Dès que l’on s’éloigne du bord de mer, les constructions touristiques disparaissent de la vue et sont remplacées par des paysages plus intéressants.

Yaiza et la vallée vinicole de la Geria


Nous commençons par sillonner la région de Yaiza et la vallée vinicole de la Geria. Cette vallée est désertique comme tout le reste de l’île, pourtant elle abrite les vignes si particulières de Lanzarote qui produisent le Malvoisie blanco et tinto. Chaque cep de vigne est planté au fond d’une cuvette creusée dans la terre de lave et un petit muret le protège du vent. Il s’agit d’une culture sans eau de pluie et sans arrosage. L’eau est seulement fournie par l’apport de rosée qui provient elle-même de la différence de température de l’air entre le jour et la nuit.














































Teguise

Nous rejoignons ensuite Teguise, ancienne capitale de l’île et retrouvons facilement le restaurant Acatife où nous avions si bien déjeuné il y a six ans. Il est installé dans une vieille bâtisse en face de l’église. Les autres restaurants du bourg ne semblant pas engageants, nous décidons de lui rester fidèle. Il nous sert deux plats bien cuisinés, des crevettes au safran pour Françoise et de l’agneau pour moi. En dessert je prends des figues marinées dans le vin et Françoise un très bon gâteau maison. Nous ne regrettons pas notre choix.
En sortant du restaurant nous déambulons dans les rues pour prendre quelques photos. Par rapport à la foule des touristes qui circulent en bord de mer, la ville de Teguise située au centre de l’île semble déserte. Tant mieux.



































 Les vielles bâtisses



 


































et l’église de Teguise.
                              



































Moment de repos à l’intérieur du  restaurant






















  


                                












































Les rues tranquilles de Teguise.
























L’intérieur du restaurant
























et l’intérieur de l’église. Deux havres de paix.



Maison musée de César Manrique à Tahiche

Nous commençons l’après midi par le but principal de notre journée : la visite de la maison musée de César Manrique, le célèbre peintre sculpteur architecte de Lanzarote disparu en 1992. Cette maison spectaculaire est située à Tahiche. Elle est complètement intégrée dans la démarche artistique du peintre : « Art-nature/nature-art ».  Elle est à moitié enfouie dans la lave et à moitié sortie de terre.

 

 

Manrique a utilisé des bulles volcaniques naturelles souterraines qu’il a reliées par des petits passages pour créer des pièces de vie. Le résultat est beau, contemporain et fonctionnel. Au rez-de-chaussée, d'autres pièces de vie sont aujourd’hui utilisées pour exposer quelques œuvres modernes de Manrique, des peintures en relief mélangeant le rouge, le noir et l’ocre qui rappellent les teintes volcaniques de Lanzarote. On peut aussi admirer les dessins de peintres qui ont été ses amis : Picasso, Miro.

La maison est percée de grandes baies vitrées qui donnent directement sur le champs de lave. Une des coulées basaltique se prolonge à l’intérieur de l’habitation et renforce le sentiment de proximité de la nature.
























Vue sur le champ de lave depuis le salon.























Bulle volcanique percée à sa surface pour laisser passer la lumière ainsi qu’un arbre.
























Autre bulle souterraine aménagée. Le blanc du sol se marie à la couleur naturelle du basalte.
























Piscine























Patio en sous sol


Nous passons ensuite à la visite du jardin. Il est  bordé par un grand mur blanc sur lequel Manrique a dessiné un motif moderne. L'ordonnancement du jardin répond lui aussi à l’appellation nature-art. Il intègre la végétation commune de Lanzarote, c'est-à-dire des cactus et quelques fleurs aux couleurs éclatantes.



 























En sortant de la maison nous arrivons devant un mobile et une sculpture crées par l’artiste, « l’énergie de la pyramide » et « Le triomphateur »:







































































D’autres mobiles sont exposés un peu plus loin, au carrefour qui mène à la maison.


Le Mirador del Rio

La suite logique de la promenade est la visite d'un promontoire au nord de l’île, le Miradouro del Rio, situé à une trentaine de kilomètres de la maison. Ce promontoire a été aménagé par Manrique dans son style reconnaissable : intégration de l’édifice à la nature de l’endroit, utilisation de cavités pour créer des pièces de vie, ici en l’occurrence, un bar restaurant. De ce promontoire haut de plusieurs centaines de mètres nous apercevons l’île de La Graciosa toute proche, avec son port Caleta de Sebo et ses plages épargnées par le tourisme de masse.

 



















































Le retour vers Puerto de Calero s’effectue par la côte est. Nous traversons Costa Teguise que l’on ne doit pas confondre avec la ville de Teguise. Costa Teguise est constituée d’un ensemble de parcs immobiliers situés en bord de mer et s’étendant à perte de vue. Plusieurs programmes importants de construction sont laissés à l’abandon, fautes de client. Les capacités du tourisme ne sont pas illimitées, trop c’est trop.


La région de Timanfaya 

 
Nous traversons ensuite la région de Timanfaya où a eu lieu le grand séisme du XVIII ème siècle. L’activité volcanique a duré 6 ans et a tout recouvert. Il reste un paysage de lave solidifiée où rien ne pousse.

 

















































Playa Blanca

Pour finir la journée nous passons par le sud de l’île et la ville de Playa Blanca pour faire quelques courses dans un supermarché en profitant de la voiture. Comme Costa Teguise, Playa Blanca est défigurée par ses programmes immobiliers. Il y a tellement de constructions en chantier que toutes ne pourront pas être vendues. La catastrophe immobilière est déjà perceptible.

 

 

 







































































Photos de Playa Blanca avec ses programmes immobiliers de vacances. Tout est démesuré. César Manrique a œuvré de son vivant pour transformer son île natale plutôt déshéritée en l'un des endroits les plus beaux du monde. Il a obtenu des autorités de l’époque de n'autoriser que les méthodes de construction traditionnelle, de renoncer aux bâtiments de plus de deux étages et même de supprimer tous les panneaux publicitaires situés sur les bords des routes. Aujourd’hui il doit se retourner dans sa tombe. Même si ses recommandations ont pu été suivies à la lettre, ce que je n’ai pas vérifié, l’esprit de son œuvre a disparu de Lanzarote, particulièrement au bord de mer.

Les colis n’arrivent pas

Je peste contre la poste espagnole. Le chargeur de batterie et le répartiteur de charge envoyés par Alliage sont bloqués quelque part en Espagne. Le suivi sur www.colisposte ne donne aucune information sur les raisons du blocage. Sont-ils perdus ? Sont-ils arrêtés suite à un problème de douane ? La poste espagnole est-elle fiable ? Le temps passe, nous sommes coincés à Puerto Calero et les journées deviennent monotones. La date de notre retour en France approche et nous ne pourrons pas aller sur l’île de La Graciosa comme prévu.

La fin du voyage

Le voyage se termine ici.

Nous ne ferons pas cet hiver le Rallye des Iles du soleil, c'est la décision de Françoise. Nous rentrons en France le 3 juillet 2008 en laissant le bateau à Lanzarote.

 

Par Denis STIRE - Publié dans : voyageharmonie2
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